En octobre dernier, l’Observatoire du loup estimait que « la présence de Canis lupus sur les départements des Yvelines et de l’Essonne ne fait plus aucun doute », ajoutant qu’ « il pourrait s’agir d’un individu isolé dispersant depuis l’hiver 2015/2016 depuis l’Yonne  ».
Le collectif, composé d’une quinzaine de bénévoles, a basé son travail sur des témoignages et des observations visuelles de chasseurs, éleveurs, particuliers, naturalistes et autres spécialistes : « Nous avons recoupé sept signalements entre juillet et septembre 2016 localisés entre Rambouillet et Limours, explique Jean-Luc Valérie, président de l’Observatoire du loup. Nous suivons leur itinéraire, y compris ceux des chiens sauvages. Mais la distance parcourue est trop importante pour qu’il s’agisse de simples chiens  ».
Le collectif, qui tient à jour une carte de France répertoriant la présence de l’animal par département, a donc placé les Yvelines, l’Essonne et la Seine-et-Marne en « surveillance rouge », pour « départements où le canidé disperse avant de s’établir définitivement ».

Pourtant, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), sous la tutelle des ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture, conteste ses résultats. Chargé d’étudier et sauvegarder la faune sauvage et ses habitats, il estime que les preuves apportées par le collectif ne sont pas assez solides. Eric Hansen, son délégué pour la région Ile-de-France nous explique pourquoi.

Essonne Info : L’ONCFS a tenu à prendre ses distances avec les conclusions de l’Observatoire du loup. Pourquoi ?
Eric Hansen : Leurs conclusions reposent sur des témoignages de personnes disant avoir vu un loup. Ce n’est pas suffisant car certains chiens sauvages peuvent posséder des gènes proches de ceux du loup et donc lui ressembler. Nous ne disposons d’aucune preuve probante qui pourrait attester de la présence de l’animal en Ile-de-France. Il y a quelques années, on a eu le droit à la rumeur du tigre de Seine-et-Marne qui n’en était pas un. Il faut donc rester prudent.

Pourtant, Jean-Luc Valérie, son président, a expliqué avoir croisé sept signalements concordants sur l’Essonne et les Yvelines entre juillet et septembre 2016. Des signalements provenant de chasseurs, d’éleveurs, de particuliers ou encore de naturalistes. Des gens pourtant sur le terrain…
A nos yeux, ce ne sont pas des preuves concrètes car elles demeurent basées sur des simples observations visuelles. En ce qui nous concerne, nous analysons les poils, les excréments, les empreintes… Nous réalisons des comparaisons génétiques pour réduire au maximum la marge d’erreur. Les éventuelles attaques de troupeau ou de gibier peuvent également être des signes car le loup a une technique d’attaque très particulière. Nous avons un spécialiste par département qui se déplace dès qu’il y a une suspicion. Pour le moment, nos équipes n’ont rien signalé.

Il est donc improbable d’envisager le retour du loup en région parisienne ?
Non. Le loup arrivera tôt ou tard en Ile-de-France car il colonise toutes les régions du pays. Il y a un siècle, il était d’ailleurs présent partout en France. Aujourd’hui, le loup italien, puisque c’est de lui qu’il s’agit, migre un peu partout mais la région la plus proche de l’Ile-de-France dans laquelle il a été aperçu reste la Marne. Au sud du bassin parisien, il n’est pas encore présent. Même pas en Sologne.

L’Observatoire du loup évoque « un individu isolé ». L’animal ne se déplace-t-il pas normalement en meute ?
Pas forcément. Il arrive d’observer des individus pionniers qui partent comme des explorateurs au-devant de la meute. Parfois, il s’agit aussi de loups qui ont quitté leurs congénères pour aller s’établir ailleurs. Mais de là à dire qu’un animal isolé va forcément s’établir, rien n’est moins sûr.

Dans l’imaginaire collectif, le loup fascine autant qu’il inquiète. Si sa présence venait à se confirmer en Ile-de-France et notamment en Essonne, quelles seraient les conséquences pour les habitants ?
Dans l’esprit des gens, le loup est assimilé au chaperon rouge, à la dangerosité. Mais il ne faut pas oublier qu’en Afrique de l’Est ou au Canada, la population vit avec sans problème. Bien sûr, les troupeaux, notamment les brebis, peuvent l’attirer. Il faut donc une bonne surveillance, notamment via des chiens adaptés, ce qui se fait de plus en plus. Quand il n’y a pas d’attaque, il n’y a pas de soucis.

Néanmoins, ces dernières années, il est arrivé de voir descendre des loups jusque dans des villages, notamment en Italie lors des derniers hivers rigoureux…
Oui mais c’est très occasionnel. Déjà parce qu’il ne neige pas abondamment tous les jours en France et en Ile-de-France. Ensuite parce que la faune sauvage francilienne se porte à merveille. Il n’y a donc pas de risque de pénurie. Comprenons-nous bien, c’est un animal craintif, il n’attaque pas l’homme comme ça. Il ne faut pas crier au loup trop vite.

Fin décembre 2016, l’Observatoire du loup et l’Alliance avec les loups, une autre association, apportaient de nouveaux éléments : après un pistage de 5 heures, des empreintes auraient été observées au sud-ouest d’Arpajon. Deux cadavres de chevreuils portant des marques caractéristiques d’une attaque de canidé auraient également été retrouvés dans la forêt de Rambouillet (Yvelines). Il y aurait trois trois loups en Ile-de-France : deux en forêt de Rambouillet et un dans la forêt de Fontainebleau. « L’ONCFS repousse au plus tard possible le jour où il devra officialiser le retour du loup en Ile-de-France, estime Jean-Luc Valérie de l’Observatoire du loup. Car cela contraindrait l’Etat à mobiliser des moyens financiers pour protéger les éleveurs et les exploitations des régions concernées ».
De son côté, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage reste sur sa position refusant toute confirmation sans preuve génétique.