C’est un endroit à part. A 35 kilomètres de Paris se trouve Villiers-le-Bâcle, petit village qui n’a pas perdu de son charme avec les années. De la verdure à perte de vue et ici, se trouve la plus ancienne Ferme Pédagogique de France. En arrivant, on ne peut qu’être plongé dans la vie d’un fermier. Le coq chante, les ânes braiment et les oies cacardent, un retour aux sources pour ceux qui souhaitent s’éloigner de l’agitation urbaine.

Dans la ferme pédagogique du Bel Air, tout semble hors du temps et pourtant bien ancré dans la société actuelle. Ce qui la fait vivre, c’est la pédagogie avant tout. Transmettre à des enfants mais aussi à des adultes, un savoir en y mettant les mains. Observer ? Vous le pourrez mais il faudra aussi nourrir les animaux, pétrir du pain ou caresser des poussins. « Ici, les enfants iront cueillir des pommes, les presser et les déguster. Ils feront tout du début à la fin, c’est très important » explique Ludovic, animateur à la ferme du Bel Air. Un projet pédagogique qui perdure depuis la création de cette ferme.

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La ferme du Bel Air est un lieu dédié à la nature (FB/EI)

La pédagogie avant tout

L’histoire commence en 1976 lorsque que la ferme voit le jour. A l’époque, le maire achète cette ferme pour la commune afin quelle soit propriété des citoyens. Dans les années 70, Villiers-le-Bâcle était encore un petit village composé de seulement 230 habitants dont plus de la moitié étaient agriculteurs. Puis quelques années après, il y a une forte modification sociologique due à la construction d’un lotissement. A partir de ce moment, ce sont ces habitants qui se sont fédérés afin d’organiser la vie de la commune. Et l’organisation de la ferme pédagogique se construit de plus en plus. « Ils ont mis sur un pied d’égalité les connaissances de la nature et la technique pour s’approprier les connaissances » poursuit Ludovic. Depuis, la ferme du Bel Air ne désemplit pas et s’adapte d’année en année pour que toutes les personnes qui viennent aient la possibilité de repartir avec un savoir nouveau et une expérience inédite. À noter que toutes les personnes travaillant ici sont des bénévoles. « C’est l’Association de la ferme du Bel Air qui gère cet endroit. Ça a toujours été des associations » affirme-t-il. Mais cela ne change en rien la motivation des personnes qui gèrent cet endroit.

Durant la semaine, des classes, de la maternelle au lycée, viennent pour y découvrir la journée d’un fermier et pour découvrir la nature, les animaux. « Le matin, on les accueille une classe à la fois avec deux animateurs. Cela permet à chaque fermier de trouver sa place » indique Ludovic. « Puis on explique le programme de la journée qu’on a organisé avec les professeurs ». En effet, chaque jour est différent et adapté en fonction des classes, mais aussi du projet pédagogique de l’enseignant. Ainsi, les animateurs établissent une liste d’animations pour mettre en pratique un projet personnalisé par l’enseignant en fonction de ce qu’il souhaite que ses élèves apprennent. « Ensuite on construit des règles de vie et on part en principe en 4 équipes. Chacun s’occupe d’un animal. Soit l’âne, les moutons, les oies ou des lapins » continue Ludovic. « Puis, les groupes dégustent une tisane avec des plantes aromatiques qu’ils ont ramassées ». L’après-midi, ce sont d’autres ateliers qui sont mis en place. Séparée en deux, la première moitié de la classe va apprendre à reconnaitre tous les animaux tandis que la seconde ira à l’atelier pain. « Ils vont alors réaliser leurs propres pains pour que le soir, ils repartent avec et le partagent en famille. Ils vont le mélanger, le pétrir, le signer et le cuire. C’est toute une démarche pédagogique afin qu’ils en apprennent le plus possible ».

Et c’est ainsi chaque jour. Les classes se succèdent. Qu’ils soient jeunes ou non, ils repartiront tous avec le sentiment d’avoir fait quelque chose de nouveau. « Et tous les jours, il y a le groupe d’éducation spécialisée pour que les adultes et enfants handicapés puissent venir. C’est vraiment ouvert à tous » affirme Ludovic.

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Copain, le cochon de la ferme (FB/EI)

Une ferme hors du temps

La ferme du Bel Air s’étend sur deux hectares de terrain et foisonne d’animaux. Les poussins sont bien au chaud dans leur couveuse et en sortant, on peut voir les poules et les coqs courant librement. Un âne se fait entendre dans son enclos, comme pour dire qu’il est bien présent et qu’on ne l’oublie pas. Des moutons courent sur le terrain quadrillé. De temps en temps, on peut même apercevoir un chien courant pour vérifier que tout va bien. Une ferme hors du temps. A chaque endroit dédié aux animaux, de grands panneaux expliquent chaque étape à réaliser lorsque l’on s’occupe d’un animal. Comment nourrir les poules, nettoyer ensuite, ranger… Tout pour que les enfants soient autonomes tout en étant accompagnés dans l’activité qu’ils accomplissent. Ici, chacun peut trouver sa place et s’occuper de différentes manières. « Tout est à hauteur d’enfant afin que ce soit plus facile pour eux » poursuit Ludovic. Tout est en place pour comprendre au mieux le travail de la ferme. A l’heure où la nature devient de plus en plus vitale pour retourner aux sources, la ferme du Bel Air a su mener sa mission au bout.

En parallèle, c’est un projet qui fonctionne. « On s’auto-finance à 80%. Il y a des adhérents au projet qui cotisent 25€ par an. Les 20% restant viennent du Conseil départemental, de la Communauté d’Agglomération de Saclay. On a aussi des partenaires » explique Ludovic. Bien que la semaine soit occupée par les classes venant de tous les coins de l’Essonne, voire de plus loin, le samedi est dédié aux adhérents avec des activités pour les familles avec, toujours, une pédagogie, certes moins didactique, mais plus sur le lien entre parents et enfants. Le dimanche, tout le monde pourra se voir accueillir pour participer aux activités qu’ils souhaitent. Adhérents ou non, c’est ouvert à tous et gratuit.

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La ferme du Bel Air est la plus ancienne de France (FB/EI)

De plus, pour fêter ses 40 ans, la ferme accueillera, samedi 17 septembre, toutes les personnes qui le souhaitent pour commémorer cet endroit chargé d’histoire. Des ateliers seront mis à disposition mais également une radio libre afin de repenser aux temps des radios pirates. Un évènement qui marquera une nouvelle année de prospérité pour ce lieu qui ne prend pas une ride. Une chose est certaine : la ferme Pédagogique du Bel Air a encore beaucoup à nous apprendre.