A deux jours du premier tour des élections législatives, les partis et mouvements continuent de mener à bien leurs campagnes respectives. Si certains géants de la politique n’en finissent plus de faire parler d’eux, bien d’autres peinent à obtenir une couverture médiatique équitable. Qui sont-ils et quels sont les enjeux ?

Parmi la longue liste recensant les mouvements et partis avec des étiquettes originales et inédites, le plus médiatisé reste certainement le Parti Pirate. Fondé en 2009, ce sont des valeurs de liberté, de démocratie et de partage qui animent ce parti politique. Pour Sylvain Lacassagne, candidat pour la 1ere circonscription de l’Essonne, si le Parti Pirate « souffre de déficit médiatique », l’enjeu de ces élections législatives réside autant dans la course à la notoriété que dans la quête de subventions : « Il faudrait faire au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions de façon à obtenir des financements publics pour pouvoir grandir et obtenir plus de notoriété », explique-t-il. Regroupant plusieurs mouvements à l’échelle nationale, le Parti Pirate tend à se « réapproprier la vie politique », et à « susciter le débat public que notre société mérite ». Si l’avenir du mouvement reste incertain face aux géants du PS/LR/UDI et France insoumise, l’espoir demeure toujours : « Je crois que ce genre d’engouement citoyen a sa place dans le monde politique, ces élections peuvent être un déclencheur pour la suite », conclut-il.

Dans les petits partis on retrouve Farid Ghehioueche à la tête de « Cannabis sans frontières » qui s’est justement allié au Parti Pirate pour cette élection et qui se présente sur la 8ème circonscription. Parmi ses propositions phares on note la dépénalisation du cannabis. Le candidat est très bien accueilli sur le terrain : « J’ai l’impression d’être une vedette locale. Le problème, c’est que ces derniers sont souvent des abstentionnistes ». Défendre des idées, donner de la voix pour ce parti des « incompris », ces élections permettent de « mettre en place publique nos idées comme c’était le cas lors des régionales et des européennes ».

Le peuple au pouvoir est un nouveau parti et c’est sa première élection. À sa tête, Kilé-Olivier Yengé, candidat sur la 8ème circonscription. Son objectif est de rassembler les citoyens qui se sentent exclus de la politique, les déçus. Cette première campagne est l’occasion pour lui de se faire connaître « je compte m’en servir comme un point de départ. Ça me permettra de poser les bases et surtout d’informer les gens. Le but est de miser sur le long terme ».

Le Mouvement 100% a également beaucoup fait parler de lui. Si Francis Lalanne, placé en tête d’affiche du Parti, en est l’une des raisons, le mouvement se veut spécial et inédit. Collectif réunissant pas moins de 28 mouvements politiques aux idéaux écologistes et citoyens, le Mouvement 100% a d’entrée attaqué sa campagne dans l’espoir d’un renouveau attendu : « C’est un galop d’essai pour le mouvement 100%. On représente un vrai courant de pensée, qui est cette citoyenneté, cette émergence de la société civile qui ne se reconnaît dans les partis conventionnels et qui, par conséquent, va se reconnaître chez nous« , indique Marc Governatori, candidat dans 4e circonscription de l’Essonne. L’enjeu est simple : au-delà de la notoriété, qui semble déjà bien acquise, les membres du Mouvement 100% voient plus loin, allant même jusqu’à s’imaginer en « décideurs » pour ces élections significatives : « Il faudrait que l’on parvienne à faire ce que l’on a réussi avec l’Alliance Ecologiste – qui a créé le mouvement 100% -. Aux régionales 2015, l’Alliance Ecologiste était parvenue à arbitrer des seconds tours. Notre ambition aujourd’hui, c’est d’arbitrer le second tour des législatives, c’est-à-dire de faire un score moyen national suffisant pour faire gagner tel ou tel parti« . 

Reposant sur des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, l’Union des Démocrates Musulmans Français prône son attachement envers la République : « Nous souhaitons apporter une meilleure moralité en politique, valoriser le vivre-ensemble, le respect profond envers les autres communautés, l’importance de la famille, des personnes âgées, la solidarité, l’entraide, le combat contre les injustices« , explique Eric Berlingen, candidat pour la 1ère circonscription de l’Essonne. Créé il y a 5 ans, l’Union des Démocrates Musulmans Français tend à se faire une place dans le paysage politique. Satisfaits par les résultats « très encourageants » obtenus en 2015 lors des élections régionales, les membres du Parti espèrent bien réitérer l’expérience dans le cadre de ces élections législatives, jusqu’à en appeler aux électeurs de la 1ère circonscription essonnienne : « J’en appelle à ceux qui définissent la France comme le pays des droits de l’Homme, une France laïque par la protection des croyances et opinions et non qui exclut et divise les citoyens (…) à venir massivement s’exprimer le 11 juin afin de redonner du sens aux valeurs républicaines de notre pays« .

Les animaux, un enjeu majeur

Pour la 4ème fois consécutive, Paul-Henri Baure se lance à la conquête des législatives. L’étiquette sous laquelle il se présente est loin de laisser indifférent, en effet le nom de son parti « Le Trèfle » interroge. La nature, bien sûr, est au coeur du projet mais plus particulièrement les animaux. « L’enjeu c’est que les personnes âgées puissent emmener leur animal de compagnie en maison de retraite pour ne pas couper le contact » explique-t-il. Le Trèfle est né à Marseille et ils sont deux candidats à se présenter dans l’Essonne. Cette année, Paul-Henri Baure est rejoint par son épouse Marion Ferret, un combat qu’ils mènent à deux avec un affichage commun. Pour eux c’est une « candidature de témoignage », l’important est davantage de faire passer un message que d’être élu député.

Maéva Verborg quant à elle, se présente sous l’étiquette du Parti Animaliste sur la 6ème circonscription. Comme son nom l’indique, la question animale est au centre des projets. La candidate déplore que « la cause animale soit systématiquement diluée dans d’autres thématiques, voire complètement ignorée alors qu’elle est une préoccupation importante pour un nombre toujours croissant de français ». Représenté dans 147 circonscriptions en France (dont quatre en Essonne), le Parti Animaliste est très récent, en effet il a été fondé en novembre 2016 et vit sur des dons. Le but est simple : imposer la question animale dans le champ politique. « Nous devons nous interroger sur les droits qu’on octroie à autrui et sur les différents intérêts en présence » déclare Maéva Verborg. Malgré un budget restreint dû à l’indépendance du parti, l’entraide a été le maître-mot de la campagne pour l’affichage, le tractage, « aucune dépense futile n’a été faite afin que les dons soient alloués de la manière la plus efficiente possible, et nous sommes tous bénévoles au sein du parti » affirme-t-elle.

Créé en mars dernier, le Parti citoyen pour les animaux pointe vivement du doigt le manque d’implication des politiques quant à la protection des animaux au sein de la société actuelle : « Nous avons fait des propositions au gouvernement qui n’ont jamais abouties et c’est pour cela que nous avons créé le parti. C’est également dans le but de faire connaître le poids que représentent les gens qui veulent défendre les animaux« , explique Catherine Bompard, candidate pour la 7ème circonscription en Essonne et présidente du mouvement. L’objectif principal, c’est la diffusion d’information, l’ouverture des consciences publiques. Pour ce faire, le Parti citoyen pour les animaux s’est décidé à établir des comités locaux, à l’échelle nationale. Leur mission ? « Informer un maximum de personne, aussi bien au travers de réunions, de films sur tous les domaines et d’échange de points de vue de façon à ce que chaque citoyen soit bien au courant de ce qui se passe concernant la condition animale« . Si le Parti citoyen pour les animaux oeuvre en faveur de la condition animale, il applique grandement le citoyen en lui-même, parce que « cela nous concerne » : « Je suis végétalienne, mais parmi les gens qui m’entourent et qui mangent de la viande, beaucoup refusent que ce soit aux prix des supplices causés aux animaux« . En complément des comités locaux et des commissions spécialisées mis en place, le parti s’adonne à un « troisième travail« , c’est-à-dire « un travail de lobbying auprès des décideurs de notre société et en particulier des députés et sénateurs qui vont être élus. Nous allons faire un travail d’information auprès de toutes ces personnes-là« , finit-elle par conclure.

Ils sont plusieurs à militer en faveur de la protection animale. Pour le PACTE – Parti Antispéciste Citoyen pour la Transparence et l’Ethique – l’enjeu réside surtout dans le message que les membres du Parti souhaitent faire passer. A ce jour, l’antispécisme reste encore un terme très – voire trop – méconnu des consciences publiques : « L’antispécisme, c’est le respect de tout être vivant, que ce soit les êtres humains ou les animaux. On ne souhaite pas donner les mêmes droits que les êtres humains aux animaux mais simplement les droits dont ils ont besoin car chaque animal à le droit de vivre. L’idée, c’est de défendre la vie sous toutes ces formes« , indique Stéphanie Léone, candidate pour la 3ème circonscription de l’Essonne. Pour les membres du PACTE, la condition animale devrait compter et peser son poids dans le paysage politique actuel : « Le but c’est d’aller sur le terrain des Politiques pour rentrer en rapport de force avec eux« . Au point même de ne plus se placer en « demandeurs » mais bien en acteurs pour ainsi faire « évoluer la législation sur les animaux« . Quel objectif donc, pour ce mouvement novateur ? « Nous souhaitons amener les gens à vouloir vivre autrement, les éduquer à des valeurs plus saines. Nous aimerions faire comprendre qu’à chaque fois que l’on défend une cause animale, ça a des répercussions positives sur l’être humain« , déclare-t-elle.