La carrière de Xavier Dugoin est émaillée de succès politiques incontestables, comme en témoignent ses dix années passées à la présidence du Département. Ses soucis judiciaires l’auront néanmoins conduit à trois ans d’inéligibilité.

Un retour comme un « pavé dans la mare », c’est ce qui pourrait résumer l’annonce de Xavier Dugoin de se mettre en lice pour le prochain scrutin départemental, sur le canton de Corbeil-Essonnes. Une décision qui n’a pas manqué de faire réagir dans le microcosme politique essonnien. Il y a ceux qui approuvent ce lancement de campagne, certains élus qui préfèrent ne pas commenter la situation, et ceux qui se montrent carrément hostiles à cette candidature.

Car si l’homme est loin de faire l’unanimité, il conserve tout de même un fort réseau et des appuis locaux, acquis en plus de 30 ans de carrière politique en Essonne. Dès les années 80, il gravit un à un les différents échelons du pouvoir local. Il entre à l’Assemblée nationale en 1986, sur un scrutin proportionnel, puis est élu député de la deuxième circonscription de l’Essonne (sud du département) en 1988. Poste qu’il conservera jusqu’en 1995, année de son entrée au Sénat. Parallèlement, il prend la suite de Jean-Jacques Robert à Mennecy, d’abord en conquérant le siège de conseiller général du canton de Mennecy en 1988, puis en récupérant celui de maire en 1989.

L’affaire des « 1200 bouteilles de vin »

C’est avec son entrée à l’Assemblée départementale en 1988 que Xavier Dugoin devient l’homme fort de la droite en Essonne. Il reste 10 ans à la tête du département, qu’il marquera de son empreinte, notamment en tant que bâtisseur avec l’aboutissement de la piscine olympique de Mennecy, le stade départemental de Bondoufle ou encore le grand dôme de Villebon. Mais sa fin de mandat correspond surtout à une accumulation de poursuites judiciaires, qui l’obligeront à quitter ses fonctions. Il est d’abord mis en cause pour une affaire d’emplois fictifs au Conseil général, et l’achat par le CG d’un rapport sur la Francophonie à Xavière Tiberi pour un montant de 200 000 francs. Mis en examen pour des soupçons de fraudes aux marchés publics, son immunité parlementaire est partiellement levée en 1997. Il sera par la suite condamné pour abus de confiance, avec le vol de 1200 bouteilles de la cave du Conseil général, au moment de son départ.

C’est en 2000 que tout bascule définitivement : un arrêt de la Cour de cassation confirme ses condamnations. Il est déchu de son poste de sénateur, perd celui de maire dans la foulée, et passe trois mois à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Inéligible pendant trois ans, il va patiemment attendre pour se relancer. En 2005, Jean Hartz l’embauche comme directeur de cabinet au moment de sa présidence de l’agglomération d’Evry. En 2008, il brigue de nouveau la municipalité de Mennecy, et récupère son siège de maire à l’issue des élections. Il est ensuite élu à la tête du Siarce, syndicat de communes pour la gestion de la rivière Essonne et ses affluents. En 2011, il passe la main à son fils Jean-Philippe Dugoin-Clément, et se présente aux sénatoriales, sans réussir à être élu. Suite aux municipales de 2014, il obtient la présidence du Siredom, puissant syndicat des ordures ménagères, en se faisant élire par les maires essonniens face à Franck Marlin, maire UMP d’Etampes.

« L’eau a coulé sous les ponts »

Alors qu’il se lance aujourd’hui à la reconquête du département, ses adversaires ne manquent pas de rappeler le passé sulfureux du personnage. « J’ai effectivement été condamné » assume Xavier Dugoin, « mais j’ai payé ma dette ». Pour lui, « l’eau a coulé sous les ponts » depuis ces épisodes, et les peines d’inégibilité sont à ses yeux « une épreuve, ça m’a rendu plus fort ». Au départ de sa « 25ème campagne » sur le territoire essonnien, comme il aime à le souligner, il se veut déterminé à « aller jusqu’au bout » et plaide pour son rétablissement après une période de traversée du désert : « j’ai été confirmé par les électeurs, puis par mes pairs (ndlr : dans les syndicats inercommunaux) ».

Pour l’UDI Nicolas Roughol, cette nouvelle campagne « était presque un secret de polichinelle, après les syndicats, il n’allait pas s’arrêter en si bon chemin ». Il est ainsi considéré par beaucoup comme un « éternel candidat », tandis que plusieurs responsables politiques voient en ce retour le premier pas pour une future candidature aux sénatoriales. « Les sénatoriales ne m’intéressent pas » évacue net Xavier Dugoin. Georges Tron, le président de l’UMP 91 se veut lui plus catégorique : « il est candidat à tout, chaque fois qu’il dit qu’il ne sera plus autre chose, il refait le coup« .

L’éternel candidat

Pour l’intéressé, les présidences de syndicats ne sont « pas une astreinte comme pour un maire sur le terrain » et il ne voit ainsi « pas d’incompatibilité » avec sa volonté de briguer la présidence du Conseil général. « Il a un nombre d’obligés phénoménal » constate pour sa part Christian Schoettl, maire UDI de Janvry, qui veut pour preuve « les résultats des dernières sénatoriales » où l’ex-maire de Mennecy avait obtenu 199 voix des grands électeurs du département. Les alliances conclues pour obtenir la présidence du Siredom font dire à l’élu qu’il dispose encore de « beaucoup de soutiens » en Essonne.

Des soutiens qui n’osent pas forcément assumer leur attachement à l’élu, avec des menaces brandies par Georges Tron pour ceux qui appuieraient sa démarche. Un risque que prend Sylvain Dantu, adjoint au maire de Corbeil-Essonnes qui s’est déclaré suppléant de Xavier Dugoin, ce dernier promettant de « pousser Sylvain » pour les prochaines municipales dans la commune. Christian Schoettl reconnaît pour sa part que l’ancien président RPR du CG « est le plus grand expert du département que je connaisse » tout en glissant : « Al Capone aussi était un expert ».