L’ancien président RPR du Conseil général fait un retour remarqué sur la scène politique essonnienne, en se déclarant candidat pour les prochaines élections départementales à Corbeil-Essonnes, en visant la présidence. Mais si il emporte l’adhésion de soutiens locaux, son retour agace du côté des leaders de la droite en Essonne.

C’est dans un café situé dans le bas de la N7 que Xavier Dugoin donne rendez-vous à la presse ainsi qu’à ses principaux soutiens. C’est officiel depuis ce jeudi matin : l’ancien président de 1988 à 1998 du Conseil général (CG) de l’Essonne se porte à nouveau candidat pour les élections cantonales, devenues depuis élections départementales. Après 16 ans de gestion de gauche de l’instance départementale, il espère être celui qui ravira pour les couleurs de la droite le CG, en se positionnant sur le nouveau canton de Corbeil-Essonnes.

Ancien député, et sénateur de l’Essonne, celui qui a également occupé le poste de maire de Mennecy tente un retour sur la scène politique départementale. Il a conquis ses dernières années les présidences de deux syndicats intercommunaux, le Siarce (eau et assainissement) et le Siredom (ordures ménagères) et est désormais estampillé UDI. Il revient en piste après une série de déboires judiciaires qui l’auront rendu célèbre.

Pour partir à la bataille, il affiche ses colistiers ainsi que ses soutiens locaux. Candidat sur le canton de Corbeil-Essonnes, qui comprend également Echarcon, Lisses et Villabé, il revendique l’appui de ces trois maires. Sa colistière Anissa Leroy est ainsi adjointe à Villabé. Son suppléant Sylvain Dantu est lui l’adjoint du maire de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter. Ce dernier fera face à Xavier Dugoin dans ce scrutin départemental, comme le confirme Georges Tron : « Jean-Pierre Bechter est bien candidat sur le canton de Corbeil-Essonnes ». Ce qui n’empêche pas Sylvain Dantu, candidat en 2011 et responsable local de l’UDI de « miser sur des valeurs qui sont les [siennes] » en se rangeant derrière l’ancien président du CG. « Si le département bascule, il faudra à sa tête quelqu’un de compétent » ajoute l’adjoint aux travaux de Corbeil-Essonnes, qui souhaite que cette candidature « fédère » localement. De plus, « Jean-Pierre Bechter a déjà énormément de boulot avec la ville et l’agglo » justifie-t-il.

« Aucune opposition » avec la municipalité

Xavier Dugoin parle lui d’une démarche « complémentaire » à celle de la municipalité, et affirme qu’il n’y a « aucune opposition » entre Jean-Pierre Bechter et lui : « j’ai été compagnon de route de Serge Dassault ». Sur son positionnement à Corbeil-Essonnes, le candidat explique qu’il « a habité là » et qu’il a « un attachement à la ville ». Il affirme ainsi que son ambition politique « correspond bien à la mosaïque qu’est Corbeil-Essonnes » qui représente à ses yeux « la France de demain multi-ethnique ». Son retour au devant de la scène ne laisse en tout cas pas indifférents les pontes de la droite en Essonne. Responsables UDI et UMP du département réagissent de différentes manières à l’annonce de ce retour de Xavier Dugoin.

Président de la fédération UMP 91, Georges Tron ne voit pas d’un bon œil cette candidature, tout en ne voulant pas lui donner d’importance : « ce n’est une surprise pour personne, cela ne nous touche pas. L’homme ne me surprend pas, il a des immenses qualités, mais il est obsédé par le retour, et se fiche des moyens pour y parvenir ». Le maire de Draveil est en revanche remonté contre « ceux qui se sont laissés duper pour qu’il arrive à ses fins » et parle « des esprits faibles et des gens fragiles que Xavier Dugoin manipule ». Dans son viseur notamment, le maire UMP de Villabé et son adjointe, soutiens du candidat : « elle voulait être la binôme de Jean-Pierre Bechter sur ce canton il y a à peine dix jours ». Sur le scrutin à venir, Georges Tron pense que Xavier Dugoin « sera battu sur le canton de Corbeil » et qu’en cas de « miracle », l’ancien maire de Mennecy « ne sera pas élu président du CG ».

« il a pleins de qualités, mais aussi des défauts »

Même manque d’enthousiasme de la part d’Eric Mehlhorn, président du groupe UMP & apparentés au Département : « les méthodes de gouvernance et les compétences du Conseil général ont bien changé depuis 15 ans, je ne suis pas particulièrement favorable au fait qu’il veuille reprendre la présidence ». Celui qui est également maire de Savigny-sur-Orge se dit par ailleurs sceptique sur l’aboutissement de la candidature de Xavier Dugoin, « il a déjà fait le coup il y a six ans et n’était pas allé au bout ». Certains préfèrent ne pas se prononcer sur le retour de l’ancien président du CG jusqu’en 1998. « Aucun commentaire » pour le nouveau maire (UMP) de Palaiseau Grégoire de Lasteyrie. « Je ne réagis pas » lâche Marianne Duranton, conseillère générale UDI et co-listière de Xavier Dugoin lors des Sénatoriales 2011. Tout juste indique-t-elle qu’avant de briguer la présidence, « il faut 1 : être élu, 2 : que son camp gagne, et 3 : être majoritaire dans son propre camp ».

Du côté de l’UDI, on temporise, avec une réaction de Vincent Delahaye qui ne ferme pas totalement la porte à ce retour. « Chacun est libre de se présenter, Xavier Dugoin comme les autres » indique le président de l’UDI 91 et maire de Massy, qui précise : « nous n’avons pas encore donné d’investitures, il a pris une initiative personnelle, comme d’autres ailleurs ». Si le sujet est « en discussion » au sein du parti de centre-droit, il reconnaît que la personnalité divise : « il a plein de qualités, mais aussi des défauts ». Parmi les cadres de la fédération cependant, cette nouvelle n’enchante pas. Nicolas Roughol du Nouveau centre (membre de l’UDI) affirme qu’il « n’acceptera pas qu’il soit désigné chef de fil départemental ». Si il dit comprendre sa candidature, « connaissant le goût politique qui est le sien », le responsable centriste confie : « vu son parcours, ce n’est pas forcément ma tasse de thé ».

De son côté, Christian Schoettl, se dit carrément hostile à son retour. « Je préfère arrêter la vie politique plutôt que de cautionner cela » grimace le maire UDI de Janvry et candidat sur le canton de Dourdan. Se déclarant « consterné » par cette annonce, il s’intérroge : « qu’est ce que les gens vont penser? », en référence aux condamnations de l’ancien président du CG. Sévère, celui qui était son vice-président au Conseil général juge que Xavier Dugoin « n’a pas fait d’aggiornamento, il revient avec les mêmes, ceux qui se sont gavés, c’est une forme de nonchalance, ce n’est pas possible ».

« Les conseillers généraux décideront »

Le désormais candidat sur le canton de Corbeil-Essonnes ne se montre pour sa part pas inquiet des critiques émises à son encontre. « Je fais de la politique depuis longtemps, je n’ai pas d’ennemis, que des concurrents » sourit-il, appelant ses « amis » UMP et UDI à « sortir des schémas des partis politiques ». Selon lui, en cas d’élection de son binôme et de la victoire de la droite en Essonne, « les conseillers généraux décideront », espérant ainsi bousculer les appareils politiques départementaux. Il met pour cela en avant son « expérience », tout en jurant vouloir « servir à quelquechose. Je n’y vais pas pour les titres ». Xavier Dugoin juge ainsi que « le CG a beaucoup de sous, mal utilisés par la gauche » et critique le bilan de Jérôme Guedj : « il a manqué d’ambition pour l’Essonne ».

Cette déclaration de candidature est en tout cas révélatrice du manque d’un chef de file pour l’actuelle opposition départementale. La droite et le centre ne possèdent pas encore de leader affirmé pour la conquête du département. Le président du groupe UMPA Eric Mehlhorn indique par exemple n’avoir « aucune prétention pour la présidence ». Si plusieurs pontes se verraient bien à la tête de l’instance, personne ne sort encore du bois pour représenter la droite et le centre. « Cette décision sera prise de manière collective » signifie Georges Tron, pour qui « la question se posera en temps voulu ». Une situation bien comprise par Xavier Dugoin, qui comble d’une certaine manière un vide en se proposant d’assumer le leadership de l’actuelle opposition départementale.