Aux alentours de dix-huit heures ce lundi 5 décembre, le quartier de la mairie d’Evry est au centre de toutes les attentions. Les agents de police quadrillent le secteur sous les yeux interrogatifs de certains Evryens. « Ah mais oui ! Ce soir, c’est son grand soir », lance alors l’un d’entre eux dans les rues attenantes à la cathédrale. « Son grand soir », comprenez la fameuse annonce du Premier ministre Manuel Valls concernant son avenir politique.

En effet, depuis l’allocution fracassante du président de la République jeudi dernier, nombreux sont ceux qui souhaitent incarner le rôle du « rassembleur de la Gauche ». Pressenti depuis quelques jours maintenant, le Premier ministre a choisi de se lancer dans le grand bain depuis son fief d’Evry. Ainsi, Manuel Valls vient inscrire son nom aux côtés de Marie-Noëlle Lienemann et de Benoît Hamon, deux ex-Essonniens respectivement ancienne maire d’Athis-Mons et ancien conseiller municipal de Brétigny, dans la course à la primaire de la gauche qui sera organisée en janvier.

Les voitures-relai des rédaction étaient nombreuses de la mairie (JL/EI)

Les voitures-relais des rédactions étaient nombreuses devant la mairie (JL/EI)

Pour relayer ce message, plusieurs dizaines de journalistes avaient répondu à l’invitation lancée par le chef du Gouvernement. Derrière la place des Droits de l’Homme et du Citoyen, sur le Cours Roméro, les camions de télévision et radio, facilement reconnaissables à leur parabole et leur logo, se succèdent. Chacun teste sa connexion avec les rédactions parisiennes pour voir si tout fonctionne correctement. Quelques mètres plus loin, postés devant la mairie, les journalistes des chaînes d’informations en continu tiennent déjà leur premier direct. Signe que l’annonce de Manuel Valls ouvrira la quasi-totalité des JT de France du soir, comme elle avait pu le faire plus tôt dans la journée. Effectivement, plusieurs télévisions nationales ont passé la journée sur les traces de Manuel Valls à Evry, allant interroger les habitants sur la place des Terrasses ou encore au niveau du Cours Blaise Pascal.

Les journalistes étaient presque aussi nombreux que les militants (JL/EI)

Les journalistes étaient presque aussi nombreux que les militants (JL/EI)

A l’intérieur de la mairie, c’est la cohue. D’un côté, les sympathisants et militants de Manuel Valls tentent de trouver une place au sein des différentes salles prévues, pendant que les journalistes jouent des coudes pour trouver un espace face au pupitre où se tiendra quelques instants plus tard le « champion local ». « Je suis habituée à venir aux vœux du maire chaque année, mais j’ai rarement vu autant de caméras », s’exprime alors une femme venue écouter le discours de l’ancien premier édile de la ville. « C’est sans doute notre prochain Président de la République », lui souffle alors comme réponse un homme assis derrière elle.

Outre cet attroupement de journalistes de France et de Navarre et même de plus loin sans doute, plusieurs dizaines de personnes se tiennent déjà dans la grande salle une demi-heure avant le début du discours. Et les places sont chères pour se tenir à quelques mètres du Premier ministre. Si bien qu’à vingt minutes du début de l’allocution, une partie du public est redirigé vers les salles où est projeté le discours. Seuls quelques élus et personnalités de gauche peuvent encore accéder à la grande salle déjà bien garnie.

Manuel Valls entouré de ses principaux soutiens comme Pacôme Adjourouvi, Ronan Fleury ou encore derrière lui Fadila Ben Doulat (JL/EI)

Manuel Valls entouré de ses principaux soutiens comme Pacôme Adjourouvi, Ronan Fleury ou encore derrière lui Fadila Ben Doulat (JL/EI)

Soudain, après une longue attente sous les projecteurs, les nombreux soutiens de Manuel Valls sont récompensés de leur attente. Ce dernier entre dans la salle sous les acclamations et les applaudissements. « Je suis dans ma ville de cœur, une ville attachante, intense, jeune et populaire dont j’ai eu le plaisir d’en être le maire pendant de longues années », lance alors le principal intéressé sous les crépitements incessants des flashes des photographes, présents par dizaines. « J’ai appris tellement de mes concitoyens, alors oui je suis candidat à la présidence de la République », a ainsi poursuivi Manuel Valls, levant le voile dès le début de son intervention sur ce qui était devenu un secret de Polichinelle.

Aux côtés de certains de ses fidèles, comme les maires adjoints d’Evry Pacôme Adjourouvi et Jacques Longuet, Fadila Ben Doulat (conseillère départementale remplaçante) ou encore de membres du milieu associatif local, le Premier ministre en a profité pour distiller ses premiers messages. François Fillon, fraichement vainqueur de la primaire de la droite en a pris pour son grade. « Son programme est une régression sociale », lance ainsi Manuel Valls avant d’en placer une sur l’un de ses anciens ministres, parti faire l’aventure en solitaire. « Moi, je n’ai jamais cédé à l’individualisme », a-t-il lâché à Emmanuel Macron. Manuel Valls s’est ensuite lancé dans un tout autre style de message. Un message de rassemblement. « La primaire qui s’ouvre est un outil formidable pour recréer l’unité », avant de lancer un appel « à tous les Français qui refusent l’extrême droite et la régression sociale », à « participer à la primaire » organisée par le Parti socialiste, les 22 et 29 janvier. Ainsi, l’ex-premier Ministre, remplacé ce jour dans ses fonctions par Bernard Cazeneuve entre dans une nouvelle phase de sa vie politique. Affranchi de ses obligations de ministre, l’ancien maire d’Evry va donc pouvoir se consacrer pleinement à cette courte campagne avant la primaire de la gauche.

Les directs ont commencé une fois l'allocution finie (JL/EI)

Les directs ont commencé une fois l’allocution finie (JL/EI)

Peu avant 19h, le discours de Manuel Valls prend fin. Il est maintenant temps pour chaque rédaction de filer devant la mairie pour enchaîner les premiers résumés en direct. Il faut dire que le 20h s’approche. Certains journalistes entament directement leurs analyses à chaud sous le regard de quelques badauds interrogatifs. Ces derniers sont d’ailleurs assaillis par certaines rédactions pour avoir une réaction suite à l’intervention de Manuel Valls. Une intervention que certains n’avaient d’ailleurs pas encore entendue. « Oui, bah c’est plutôt bien, oui », lâche l’un d’eux, histoire de dire quelque chose afin que la caméra s’éloigne de lui. Bref, l’espace de quelques minutes, ce curieux ballet s’est prolongé sur l’esplanade de la mairie. L’espace d’un soir, Evry était la capitale médiatique du pays.