La Maison Marianne a ouvert il y a tout juste une semaine au sein de la Grande Borne à Grigny. C’est sur la Place aux Herbes que se tient désormais ce qui sera une maison des services publics, mais aussi un lieu d’accueil d’associations et « une porte vers les institutions »« C’est un projet original, explique Vincent Léna (voir notre interview ci-dessous), qui a été nommé par le Gouvernement pour assurer un relais institutionnel sur la ville de Grigny. Beaucoup de monde s’investit, et il n’y a d’équivalent nulle part. » Le bureau de ce délégué de l’Etat sur place, magistrat de métier, est désormais installé là, « sur le terrain », dit-il, au cœur du quartier.

L’idée d’une maison d’accueil qui ferait office de « mini-préfecture » à la Grande Borne est née après le rapport interministériel sur Grigny publié en juillet dernier. Un constat est ressorti, et ce constat est ressenti depuis longtemps pas les habitants de la Grande Borne : l’Etat et les services publics sont loin, et il y a ce «  sentiment d’abandon » vis-à-vis des institutions et de la République, décrit Vincent Léna. « On a beaucoup réfléchi à un moyen de restaurer du lien entre les institutions et les citoyens. Il y a des associations, des pouvoirs publics qui jouent leur rôle. Il fallait le montrer. » Autre préconisation de ce rapport, la création d’une police municipale sur Grigny, finalement actée lors d’un conseil municipal extraordinaire (lire notre article).

Un relais entre associations et un réseau à disposition des habitants



Et même si « l’idée est simple », derrière, ce sont de multiples acteurs qui se joignent au projet de la Maison Marianne. Entre la mairie, l’agglo, les associations, les dispositifs d’aide à l’emploi, les acteurs de la santé… les bureaux de la Maison Marianne serviront surtout de guide, pour réorienter les habitants vers les bons services. Financée notamment par le contrat de ville dont bénéficie Grigny, cet espace est une porte d’entrée vers de nombreux contacts quand on ne sait pas où s’adresser. « En tant qu’asso, on a souvent l’impression d’être livrés à nous-mêmes, rebondit Sabrina Gamba, présidente de l’association Rev’Art, dont le local est situé un peu plus loin sur la place. Ce projet nous a parlé, on y a trouvé des interlocuteurs. »

Cynthia Guede, coordinatrice de la Fédération d’associations pour l’insertion professionnelle (FAIP), confirme : « Il était important pour nous de participer à ce lieu, car c’est fédérateur. On a désormais un point commun avec les autres associations et les institutions. L’arrivée de la Maison Marianne est déclencheur, c’est une manière d’améliorer les conditions de vie des habitants du mieux qu’on peut. » Les locaux de son association sont situés sur la même place, à deux pas de là.

La Maison Marianne sera animée par Milena Lunzitisa, qui a grandi à Grigny. La jeune femme connaît bien les enjeux de sa ville et du quartier : « Je tiens énormément à cette ville, qui est riche en talents, en compétences. Les gens ont tellement apporté. Mais ils sont un peu oubliés. Le local de la Maison Marianne apportera un réseautage, il conciliera les acteurs et orientera les porteurs de projet. »

« Tous ceux qui partagent cette philosophie sont les bienvenus, reprend Vincent Léna. Ce sera un outil, pas un but. L’idée, c’est que la République appartient à tout le monde. À chacun de la faire vivre et de la construire. » La Maison Marianne sera ouverte les après-midi de semaine tout le mois de décembre, puis tous les jours, avec des permanences d’associations. Sur place également, des ateliers de co-working avec un wi-fi accessible à tous, des expos et des débats sur différents thèmes : la santé, les projets éducatifs…Souvent par semaine thématique. Le premier événement attendu sera la semaine de la parentalité. « C’est un modèle qui en inspirera d’autres. Cela va vraiment dynamiser la place. C’est le début de quelque chose », conclut Sabrina Gamba.

Vincent Léna, à droite sur la photo, en visite à Grigny lors de l'inauguration de la Maison Marianne. (DR)

Vincent Léna, à droite sur la photo, en visite à Grigny lors de l’inauguration de la Maison Marianne. (DR)

« Grigny, c’est une énorme pression »

Qui est Vincent Léna, délégué du gouvernement nommé en juillet dernier à Grigny ? L’homme est magistrat, passionné par la politique de la Ville et voit donc installer son bureau au niveau de la Place aux Herbes, où sont aussi présents des locaux associatifs, l’amicale des locataires et le bailleur. Avec des objectifs : « faire décoller » Grigny, et recréer du lien entre les quartiers grignois et la République. Il répond à nos questions sur son rôle dans la ville.

Essonne Info : Vous êtes magistrat, conseiller à la Cour des comptes. Comment avez-vous atterri à Grigny ?

Vincent Léna : Je m’intéresse depuis toujours à la politique de la ville, un domaine dans lequel je suis très engagé et dont je peux dire que je suis un spécialiste. J’ai notamment été directeur de cabinet au ministère de la Ville, auprès de Claude Bartolone (ministre délégué à la Ville sous le gouvernement Jospin, ndlr). J’ai cette envie d’être utile sur le terrain et cette fonction nouvelle, importante, me l’a permis. Grigny, c’est une énorme pression. Ce qui m’a poussé, c’est son contexte exceptionnel : aujourd’hui, toutes les dispositions sont en place pour faire décoller tout ça. Bien sûr, c’est important que je maîtrise la « mécanique ». Mon poste est conseiller à la Cour des comptes. Mais c’est mon goût pour le terrain qui m’a conduit à être au cœur de la Grande Borne.

Votre fonction est assez inédite en France…

Effectivement, c’est quelque chose qui est très nouveau. Ma fonction a été préconisée en juillet, dans le rapport interministériel réalisé sur Grigny : il fallait un haut fonctionnaire d’État qui coordonne la ville, qui l’aide à retrouver toute sa souveraineté.

Est-ce qu’on appellerait pas ça une sorte de mise sous tutelle ?

Non, c’est même tout le contraire. C’est une fonction de coordination, pour recréer une vraie relation de confiance avec la ville. Comme un attelage entre la ville et l’État. Il nous faut agir en commun et dans la confiance, sinon on n’arrivera pas à sortir Grigny de l’ornière dans laquelle elle s’enfonce depuis des années. Avec l’éducation, la jeunesse… Le travail s’inscrira dans la durée. Sur le pacte financier « Grigny 2030 », par exemple, disons que j’en facilite l’accouchement.

« J’ai un rôle de passeur »

Avez-vous pu rencontrer les habitants ? Pensez-vous qu’ils vous ont identifié sur le terrain ?

Jusque-là, je me suis beaucoup concentré sur ce qu’il y a « sous le capot ». Mais je tiens absolument à être en contact avec la réalité du terrain. Avec la Maison Marianne, je suis en contact direct avec les associations, les acteurs de terrain. Tout le monde fait son travail, mais ça manque parfois de coordination. Je ne m’éloigne pas des habitants, j’ai un rôle de passeur. Je fais remonter des besoins aux administrations et ministères. C’est ce qui rend mon poste passionnant et original. Et puis je refermerai le capot, et j’embarquerai tout le monde.

Y a-t-il également un aspect « prévention et sécurité » à votre poste ?

Non, même si l’aspect « préfecture » peut faire penser le contraire. Mon rôle n’est pas celui-là. En revanche, j’aide à l’installation de la police municipale. Mais ça rentre dans mon rôle, qui est de coordonner et d’aider « la petite équipe » de la Maison Marianne à faire ses preuves.

Pour contacter la Maison Marianne : maison.marianne91@gmail.com