Ce lundi 9 octobre, les habitants du quartier de la Grande Borne de Grigny vivent une journée comme les autres. En cette fin d’après-midi, les parents vont chercher leurs enfants à l’école, tandis que d’autres rentrent de leur journée de travail. Tout semble « normal ». Pourtant, au détour d’une rue dans le quartier de la Peupleraie, deux bouquets de fleurs disposés au centre de l’une des nombreuses places contrastent avec les immeubles ternis par le temps. A proximité de ces gerbes, du sable appliqué sur le sol masque les quelques traces de sang encore visibles. Les passants comprennent alors que c’est là que le drame a eu lieu.

En effet, quelques jours auparavant, le jeudi 5 octobre, les riverains de cette place ont assisté à une scène que certains n’oublieront sans doute jamais. Sur les coups de 12h30, deux frères âgés de 28 et 26 ans habitants le quartier ont été pris pour cible par des tirs d’arme à feu. Touchés à la tête, les deux hommes ont été retrouvés « allongés sur le sol », comme le confirme le procureur d’Evry Eric Lallement. Pris en charge par les services de secours, ils ont été évacués vers des hôpitaux de la région parisienne, « leur pronostic vital étant alors très sérieusement engagé », commentait alors le procureur.

C’est alors que sur place, un groupe d’individus a pris à parti un jeune homme de 21 ans. Ces derniers lui portant « des coups au niveau du visage et sur le corps », rappelle Eric Lallement. Finalement extrait par les forces de l’ordre, celui-ci sera mis en garde à vue avec un autre jeune interpellé le lendemain. « Il y a eu une sorte d’émeute, relate une ancienne riveraine qui travaille encore sur place. Une centaine de personnes étaient dans le coup, mais cela n’a pas duré, tout est rentré dans l’ordre assez rapidement », se souvient cette dernière. Plus tard, ce même jeudi 5 octobre, nous apprendrons que les deux frères pris pour cible avaient succombé à leurs blessures dans la nuit. Les deux hommes étaient connu de la justice pour « recel, rébellion, outrages sur agents de la force publique, vol, détention de produits stupéfiants ou encore conduite sans permis ».

Une marche blanche a eu lieu dans le quartier de la Grande Borne (DR)

Une marche blanche a eu lieu dans le quartier de la Grande Borne (DR)

Ces faits ont soulevé un émoi au sein de la population grignoise qui a choisi de se réunir pour rendre un dernier hommage aux victimes et plus largement, dire « stop » à ces dérives. L’une des victimes jouant au football à l’US Grigny, ses camarades ont organisé une série d’hommages. Plusieurs centaines de personnes ont ainsi défilé dans de nombreuses rues de la commune dans le cadre d’une marche blanche, dans la soirée du dimanche 8 octobre. Certaines personnes ont fait part de leur ressenti dans un long discours poignant comme cette habitante du quartier. Dans le même temps, d’autres riverains témoignent : « C’est terrible d’en arriver là. J’habite la Grande Borne depuis la création du quartier, et je n’ai jamais vu un niveau de violence aussi fort », relate un septuagénaire.

Outre la marche blanche de dimanche dernier, des veillées sont régulièrement organisées dans le quartier non loin du lieu de la fusillade. Des instants de recueillement pour faire en sorte « de ne jamais revivre ça », commentent certains habitants sur les réseaux sociaux. « Cet événement dramatique a suscité une vive émotion parmi les habitants à laquelle s’associe la municipalité, a pour sa part annoncé Philippe Rio, le maire de la commune. Il faut maintenant laisser la police, la justice faire leur travail et l’enquête progresser. J’en appelle à la responsabilité de chacun et de chacune et, en particulier des adultes, pour maintenir le calme ». D’autres veillées pourraient être organisées dans la semaine.

Article réalisé en collaboration avec Shéhérazade Hamidi.