L’élection à la présidence des Etats-Unis de Donald Trump, ce 8 novembre 2016, fait l’effet d’un tremblement de terre, à en croire les multiples réactions françaises et internationales. Une grande partie de la classe politique et des milieux économiques semblent désarçonnés par son accession au fauteuil du POTUS (President of The United States), alors que les enquêtes d’opinion plaçaient sa rivale Hillary Clinton comme favorite du scrutin. Chercheur à l’Ecole Polytechnique et enseignant à l’université Paris-Sud en Sciences de gestion, Fabien Gargam a travaillé durant plusieurs années entre la France et les Etats-Unis sur sa thèse.

Il vient de la soutenir ce lundi 7 novembre, soit la veille du vote américain. Convié à participer à notre débat organisé en live sur la Nuit américaine, il explique dans un entretien ce mercredi matin, en quoi cette victoire du candidat Trump peut se lire au regard du concept d’ »underdog » qu’il développe.

Essonne Info : En quoi consiste ce concept d’underdog ?

Fabien Gargam : Ce terme anglais d’origine américaine, qui n’a pas d’équivalent en français, peut être défini pour désigner un individu ou une entité qui n’est à la base pas pressenti pour réussir. A la différence des top dogs qui sont donnés gagnants, les underdogs ne sont pas censés y arriver car les marches à gravir sont beaucoup plus hautes pour eux. Une réussite en partant de nulle part est plus fortement appréciée dans la culture américaine en comparaison de la culture française*.

Pourquoi pour vous, dans ce cadre, la victoire de Donald Trum était prévisible ?

Sa victoire n’est pas du tout une surprise et je vous l’avais d’ailleurs annoncée avant le résultat des élections. Les Etats-Unis paraissent très proches de la France mais en réalité ces deux pays sont très différents. Cette société est basée entre autres sur la dichotomie underdog versus top dog. Les Américains vont par exemple adorer les histoires de ceux qui arrivent tout en haut en débutant avec un fort handicap initial comme Oprah Winfrey, Dr. Dre, Barack Obama et bien d’autres encore. Ils ont réussi à sortir de leur quartier, à s’émanciper. Là-bas c’est très bien vu alors qu’ici c’est beaucoup moins le cas, regardez par exemple le cas de Booba ou de certains footballeurs qui sont très souvent critiqués. Durant ces élections américaines, Donald Trump était l’underdog et Hillary Clinton était le top dog car le premier cité était un nouveau venu en politique. Il suffit d’observer la carte des votes, les côtes Est et Ouest sont démocrates, mais tout le centre du pays, cette Amérique profonde et d’ordinaire silencieuse a parlé et a voté en faveur de Donald Trump puisque cet homme incarne à leurs yeux à la fois une défiance et une certaine revanche vis-à-vis de l’establishment. En effet, les médias et les instituts de sondage pensaient à tort qu’Hillary Clinton avait déjà remporté les élections avant même le déroulement du vote.

En quoi ce résultat peut-il avoir une résonance particulière en France ?

En France, l’équivalent du terme underdog n’existe pas donc il ne fait pas partie de notre culture. Pourtant la comparaison avec les Etats-Unis reste essentielle en raison de sa forte influence sur la France. Ici aussi il y a les oubliés, beaucoup de gens disent qu’ils en ont ras-le-bol. Cette dichotomie existe aussi mais elle s’exprime différemment, les élites qui pensent versus les autres qui font. En France, lorsque vous avez un échec dans votre vie, vous êtes grillé alors qu’aux Etats-Unis après un échec on peut toujours rebondir parce que l’échec est toléré. L’underdog se comporte ainsi, même s’il perd, il se relève encore et encore. Donald Trump l’a démontré tout au long de sa campagne où il fut dénigré sans ménagement.

Que va changer selon vous sa présidence dans le monde d’aujourd’hui ?

Les Américains vont mener une politique complètement différente. Cela va se ressentir en terme géopolitique. Vladimir Poutine a par exemple été l’un des premiers à féliciter Donald Trump. Ce dernier a aussi été élu car les Etats-Unis ne sont plus hégémoniques comme auparavant et la plupart des Américains ont pleinement conscience que la Chine est devenue la première puissance mondiale. Beaucoup d’Américains espèrent ainsi que Donald Trump, à l’image de sa réussite florissante dans le business, sera capable de redresser le pays et recouvrer leur leadership.

* Le concept d’underdog est développé par Fabien Gargam dans un ouvrage collectif publié en 2016 : J. P. Denis, A. C. Martinet, A. Silem (Eds.), Lexique de gestion et de management: 616. Ninth Edition.Paris : Dunod