Dans le cadre des 70 ans de la Libération de l’Essonne, nous vous proposons de revivre ces instants cruciaux de notre Histoire. Peu avant leur arrivée dans le département, les Alliés vont entamer une série de raids aériens afin d’affaiblir les positions allemandes présentes en Essonne. De nombreuses villes seront bombardées, et des centaines de victimes seront à déplorer.

Durant le premier semestre 1944, la France se trouve sous le régime de l’Occupation (1/10 : L’Essonne plonge dans l’occupation). Toujours divisée en deux parties, elle est sous le joug hitlérien, bien que le IIIe Reich commence à chanceler. En effet, les Allemands perdent du terrain depuis plusieurs mois après des défaites cinglantes comme à Stalingrad à l’hiver 1943. Si sur le front de l’est, la Wehrmacht perd presque constamment du terrain sur les troupes de l’URSS de Joseph Staline, la face occidentale propose aux Allemands moins de fil à retordre. En plus des actes de la résistance, seule l’aviation britannique effectue quelques sorties, avec des bombardements dans certaines parties de la France occupée, dont la région parisienne.

La Royal Air Force (RAF) va multiplier les frappes durant les mois qui vont précéder le Débarquement. Plusieurs villes essonniennes seront durement touchées par ces attaques aériennes. Le premier assaut britannique semble être celui d’Argenteuil. L’ancienne commune de Seine-et-Oise, aujourd’hui située dans le département du Val-d’Oise a connu les bombes anglaises de près ce 30 mai 1942. Outre des dégâts matériels très importants, la ville affiche un lourd bilan humain, avec pas moins de 18 victimes.

L'Eglise Saint-Gilles d'Etampes, seule "survivante" du quartier (DR)

L’Eglise Saint-Gilles d’Etampes, seule « survivante » du quartier (DR)

2 000 à 3 000 bombes larguées sur Juvisy et Athis

Concernant l’Essonne géographique de nos jours, elle commence à être touchée régulièrement à partir de la mi-avril 1944. La cible phare des Britanniques : les grands axes de communication et de transport. Connue pour sa gare de triage, la commune de Juvisy-sur-Orge est ainsi bombardée dans la nuit du 18 au 19 avril. L’alerte a duré de 23h05 à 0h30. 1 heure 35 minutes sous le feu des alliés et 2 000 à 3 000 bombes lancées laissent une ville entièrement dévastée. Les principaux objectifs visés comme la gare de triage, le dépôt et les installations du réseau sont rasés de la carte. Le trafic ferroviaire est interrompu, une grande partie des bâtiments publics ont été touchés comme la caserne de gendarmerie, le collège Saint-Charles, l’hôpital, la mairie… La ville limitrophe, Athis-Mons a vu un de ses quartiers, le Val d’Athis, littéralement disparaître sous les bombes.

Les secours arrivent rapidement sur les lieux, seulement, en raison du nombre de bombes à retardement lancées par les anglais – près de 1 600 – les secouristes doivent attendre près de trois heures avant d’intervenir dans les décombres. Les bombes à retardement ont quant à elles continué à exploser toute la journée.

Comme on pouvait s’y attendre, le bilan est lourd. Les premières estimations parlent de 120 morts et 200 blessés pour Juvisy et de 221 morts et 150 blessés pour Athis-Mons. Une vraie tragédie pour ces communes qui comptent 4 000 sinistrés à la suite de ce drame.

Les destructions occasionnées par les bombardements (Longuet Jacques, Pascot Michel)

Les destructions occasionnées par les bombardements (Longuet Jacques, Pascot Michel)

« La nuit, j’entends encore le bruit des bombes »

Les gares de Brétigny, Étampes, Corbeil et les pistes d’Orly connaîtront cette pluie de fer et d’acier au cours des mois qui précéderont la Libération par les Alliés. Le 2 juin 1944, 200 bombes défigurent la gare de Massy-Palaiseau, causant la mort de 40 personnes et en en blessant 60.

Ces bombardements vont même perdurer alors que les troupes alliées ont débarqué en Normandie. La commune d’Étampes paiera un lourd tribut à son tour le 10 juin 1944, soit quatre ans après avoir connu le rude combat du régiment du colonel Chartier dans le sud-Essonne. Cette fois-ci, les avions alliés ont agi pendant la nuit. « Il y avait comme une guirlande de flamme autour d’Étampes, pour cibler la ville et favoriser le travail de recherche des avions », se remémore Solange, âgée de 9 ans au moment du bombardement. Ce soir-là, c’est le quartier Saint-Gilles qui part en fumée avec la gare. Près de 150 maisons de la rue Saint-Jacques sont détruites, et le bilan humain est terrible. 131 victimes, composées d’Étampois et d’Allemands. « La commune comptait beaucoup de soldats allemands pendant la guerre. Il y avait près de 10 000 hommes en poste dans les environs dont un état-major de la Luftwaffe », souligne Solange qui a perdu « de nombreux amis d’école » dans ce drame.

Malgré cet épisode tragique qui marqua à jamais sa vie, Solange explique avec beaucoup de lucidité et de gravité qu’il « fallait que les Anglais le fassent. Je n’ai pas de ressentiment, malgré les souvenirs effroyables que j’ai encore la nuit, 70 ans après les événements, j’entends encore les avions en piqué et les bombes. Je vois aussi la ville en flamme. Bref, il fallait le faire et je ne leur en veux pas ».

Étampes n’a pas le temps de panser ses plaies que les bombardements reprennent quelques jours après dans la région. L’aérodrome de Mondésir servira de cible les 14 et 22 juin, ainsi que les 1er, 3, 10 et 12 août. Ce dernier jour, ce sont 100 bombes qui vont tomber sur le camp d’aviation. D’autres bombardements toucheront les villes essonniennes, comme Corbeil le 13 août 1944…