« Vu comment c’est parti, ça risque d’être très compliqué ». Par ces mots, les différents syndicats qui prennent part aux élections professionnelles dans les TPE, comprenez les très petites entreprises, ne cachent pas leur regret et leur crainte. Car les chiffres de participation sont bien inférieurs à ceux qui avaient été envisagés. Et en Essonne, ce sont ainsi plus de 55 000 salariés qui sont concernés par ces élections sur les près de 18 000 structures que compte le département. À ce chiffre, il faut ajouter les quelques 24 000 employés du particulier employeur. Mais encore faut-il réussir à sensibiliser des salariés qui n’ont pas le droit d’avoir une organisation syndicale au sein de leur entreprise et qui n’ont pas la même culture des syndicats que les grosses structures.

Un taux de participation « très inquiétant »

Et c’est bien là que réside tout l’enjeu de cette élection. « Ce n’est vraiment pas évident d’aller chercher ces salariés, car ils sont partout à la fois, concède Ollivier Champetier, secrétaire de l’union départementale de la CGT. Ils peuvent travailler dans une petite entreprise comme chez eux ». « Il s’agit aussi des personnes qui ne sont pas forcément au fait des organisations syndicales. Cela donne l’impression qu’on a commencé les élections avant d’apporter les éléments de compréhension au public visé », renchérit Jean-Noël Lahoz, secrétaire général de l’union départementale FO. Voici déjà un premier signe qui montre que les taux de participation auront du mal à décoller. Déjà en 2012, lors de la première élection professionnelle des TPE, à peine plus de 10% des salariés s’étaient exprimés (8% en IDF). Cette année, le ministère du Travail misait sur l’optimiste barre des 20% de participation. Or, selon les premières estimations, on en est encore loin, voire même très loin. « Nous n’en sommes qu’à 1% de participation au niveau de l’Essonne et même de la région Île-de-France », annonçait vendredi dernier Ollivier Champetier. Ce lundi, la statistique n’a pas évolué. « On parle toujours de 1%, lâche Jean-Noël Lahoz. C’est très inquiétant ».

Comment expliquer ce désintérêt des salariés pour ce vote, outre le fait qu’il s’agisse d’un public peu sensibilisé ? « Nous avons fait des campagnes de courriers à plusieurs  salariés pour les sensibiliser à ce sujet », relate le membre de FO. Son homologue de la CFDT, Laurence Baudhuin, confirme pour sa part qu’une « équipe de téléconseillers passe des coups de fil et envoie des SMS » à ce sujet. Ollivier Champetier tente d’apporter des pistes. « Dans les différents syndicats, nous avons tous fait notre boulot. Il nous manque l’implication du gouvernement. Il y a quatre ans, nous avions des campagnes à la télévision et d’affichage dans les villes. Cette année, hormis un minimum d’affiches, il n’y a rien ».

Une période inadéquate ?

Mais pour ces organisations syndicales, cela pourrait tenir dans le choix de la période retenue pour l’organisation de ce vote. Initialement, celui-ci devait se dérouler du 28 novembre au 12 décembre 2016. Cependant, le scrutin a dû être reporté. En effet, au printemps dernier, la CFDT, la CFTC, la CGT et FO avaient saisi le tribunal d’instance afin d’obtenir l’annulation d’une décision de la Direction générale du travail (DGT) qui avait jugé recevable la candidature du STC (syndicat corse) aux élections dans les TPE. Elles trouvaient que cette organisation ne remplissait pas les critères pour pouvoir être considérée comme un syndicat professionnel, « au sens légal du terme ». Elles mettaient notamment en avant le fait que le STC milite pour la « “corsisation” des emplois », ce qui est contraire, selon les quatre centrales syndicales, « au principe d’égalité et de non-discrimination ». Afin de tenir compte de ce contentieux, ce scrutin a été décalé à une période située entre le 30 décembre et le 13 janvier. L’ensemble des programmes de chaque organisation syndicale affiche encore les dates initiales du vote. « Ce changement qui tombe non loin de la période des fêtes n’encourage pas forcément les gens à aller voter. Fin décembre ou début janvier, tout le monde n’a pas la tête à ça, lance Laurence Baudhuin. On ne sait jamais, sur les derniers jours, il peut y avoir un regain de participation », espère-t-elle sans trop y croire.

Quelle légitimité ?

Ainsi, les sigles – car on ne vote pas pour une liste de représentants – seront élus ce week-end. Mais avec un taux de participation extrêmement faible. Si bien que certains s’interrogent sur la validité d’un tel scrutin. C’est notamment le cas de Jean-Noël Lahoz (FO). « Si les chiffres de participation restent à ce niveau, on pourrait se demander s’il serait cohérent de valider les résultats de cette élection, tonne le secrétaire général de l’union départementale FO. On parle quand même de la représentation de plusieurs milliers de salariés essonniens et de près de 4,5 millions de Français ». Celui-ci va même plus loin dans son raisonnement. « Tout dépend l’ampleur que cela prendra, mais il est possible que ce scrutin fasse l’objet d’un recours à propos de sa légitimité ». Du côté des autres syndicats, les débats n’en sont pas encore là. « Cela n’augure rien de bon », souffle toutefois Ollivier Champetier. Difficile de croire en un sursaut de participation dans les prochains jours…