Tonnerre d’applaudissements à l’Opéra de Massy en ce deuxième week-end de décembre. Si, le jour de son seizième anniversaire, la Belle s’est endormie dans le château de ses parents, le roi Florestan XIV et sa femme, l’auditoire est quant à lui bien resté en éveil durant les trois heures de spectacle. Les 799 places que contient la grande salle de l’Opéra essonnien ont trouvé des occupants durant les trois représentations programmées ce week-end.

C’est bien en France que la troupe du Yacobson Ballet a posé ses valises. L’Opéra de Massy a eu l’honneur de présenter le ballet de « la Belle au bois dormant » les 9, 10 et 11 décembre. S’il avait déjà été joué les 28 et 29 octobre derniers à Saint-Pétersbourg, pour les deux premières dates après la création de la production, le public essonnien assistait aux premières représentations françaises du ballet. Pour sa première collaboration avec le Leonid Yacobson Theatre, le chorégraphe Jean-Guillaume Bart a choisi de mettre en scène le classique inspiré des contes de Perrault et des Frères Grimm. Ayant lui-même incarné le Prince Désiré à l’Opéra de Paris, ce qui lui a valu le titre de Danseur Etoile, le Français a choisi de redonner une cohérence à ce grand classique, un zeste de fraîcheur, tout en conservant les bases du ballet traditionnel de Marius Petipa : «  Il m’apparaît important de ‘réactualiser’ régulièrement ces œuvres du passé, afin de leur donner une légitimité auprès d’un public qui n’est plus le même qu’il y a 125 ans  », a-t-il déclaré. « Davaï, davaï ». Placés au dixième rang de la grande salle de l’Opéra de Massy, tous aussi vides les uns que les autres en cet après-midi de répétition générale, les deux maîtres de ballet font leurs derniers ajustements. Ils observent les danseurs répéter une dernière fois les divers tableaux, donnent les derniers conseils au micro. S’ils semblent stressés à quelques heures de la première représentation en France, le vendredi 9 décembre, c’est que celui que l’on nomme « Ballet des ballets », selon Noureev, se doit d’être parfait.

Un ballet classique modernisé

Quelques heures plus tard, plongé dans le noir, bien installé dans les confortables sièges avec assise rabattable rouges, le public a attendu avec excitation que le rideau se lève. Durant les trois heures et cinq minutes qui ont suivi le signal de départ, la troupe du Yacobson Ballet de Saint-Pétersbourg a livré une prestation somptueuse. Retraçant l’histoire de la Belle au bois dormant, inspirée des contes de Charles Perrault et des frères Grimm, les 50 danseurs ont rapidement plongé leur auditoire dans l’ambiance romantique et féerique attendue. Durant les deux entractes qui ont scindé le ballet en trois parties – comprenant le pré-prologue, le prologue et les trois actes – les réactions ont été assez majoritairement positives. Si certaines s’extasiaient devant les prestations de chacun des 50 danseurs en trépignant d’impatience quant au fait de voir le reste, d’autres se sont contentés de saluer la beauté du spectacle. La justesse du ballet se doit notamment à l’immense talent des danseurs présents, mais également au souci du détail. En effet, au fil des décors qui changent, le spectateur est entrainé dans l’histoire, mené à divers endroits. Les décors semblent être fastueux. Les costumes sont somptueux également, ajoutant à la réalité de l’histoire que la troupe conte durant trois heures. Olga Shaishmelashvili a pris grand soin de retranscrire la splendeur du ballet classique et l’aspect merveilleux du récit.

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Nul besoin de paroles pour conter cette histoire. Ici, la musique de l’illustre compositeur Piotr Illitch Tchaïkovski suffit à s’accorder avec la chorégraphie de Jean-Guillaume Bart. Si elle se base sur la chorégraphie originale de Marius Petipa, représentée pour la première fois en janvier 1890 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, les modifications apportées par Jean-Guillaume Bart font de cette mise en scène un tableau personnalisé, un spectacle unique. Selon Lidia Zernova, la directrice adjointe du ballet, « Jean-Guillaume Bart a changé de nombreuses choses sans pour autant détruire la version traditionnelle du ballet ». Dans la version de l’ancien danseur Etoile de l’Opéra de Paris, la fée Carabosse prend vie et danse alors qu’elle n’était que mimée dans le tableau original. Les personnages ont été d’autant plus travaillés, les pantomimes plus approfondies car « la beauté du ballet ne se construit pas qu’au travers de la force et la technique des artistes mais aussi grâce à leur interprétation ». Une autre nouveauté ajoutée par le danseur français, et pas des moindres, c’est également la présence d’un pré-prologue au début du spectacle. Alors que l’ancienne version démarre au prologue – c’est-à-dire au baptême d’Aurore organisé au château en présence du roi, de la reine, des fées et de la cour du royaume -, Jean-Guillaume Bart a choisi de prendre le temps d’expliquer la raison du conflit entre le roi et la fée Carabosse, qui s’avère être le fil conducteur du ballet. Le personnage du prince Désiré y est également plus élaboré, peut-être plus captivant car sciemment plus étudié. Toutes ces modifications font de ce ballet un show unique en son genre : « On l’appelle la Belle au bois dormant de Jean-Guillaume sur Petipa », une distinction qui fait toute la différence.

Une troupe indépendante de renommée internationale

Fondée en 1960, la troupe indépendante a connu des débuts florissants. Créée et dirigée par l’un des chorégraphes majeurs du XXe siècle, Leonid Yacobson, la compagnie s’inscrit parmi les événements clés dans l’histoire de la culture du ballet russe. C’est d’ailleurs son aspect indépendant qui le distingue des autres : le Yacobson Ballet est la première compagnie de ballet non-rattachée à un opéra, ce qui lui a valu le titre de « Compagnie miniature ». Au fil des sept années aux commandes de Leonid Yacobson, le collectif a vu passer de célèbres figures de la danse russe comme Natalia Makarova ou encore Mikhaïl Baryshnikov. Après le décès de son mentor, en 1976, la troupe change de cap. Alors qu’Askold Makarov, un ami et danseur favori du créateur, est nommé à la direction, le Yacobson Ballet redouble d’efforts et s’ouvre à la diversité : plus de vingt chorégraphes russes et étrangers travaillent en harmonie avec les danseurs, chacun amenant diverses techniques et méthodes qui ont finalement apporté une renommée internationale à la compagnie. L’actuel directeur artistique de la compagnie, Andrian Fadeev, tend à retourner aux fondamentaux et à perpétrer au mieux l’héritage de Leonid Yacobson.