Triple championne de France, Vice-championne d’Europe et médaillée de bronze aux Championnats du Monde de Boxe Thaï (-52kg) Khalissa Houicha, originaire de Viry-Châtillon, est vraisemblablement à un tournant de sa carrière. En pleine tourmente suite au décès de Nilar Win, son entraîneur de toujours, l’Essonnienne de 22 ans vient tout juste de reprendre l’entraînement. Malgré la tristesse, la pensionnaire de la Team Nilar entend bien poursuivre le travail qu’elle a commencé il y a 12 ans. Si son avenir proche est quelque peu couvert, la jeune championne sait parfaitement où elle souhaite aller. Elle nous raconte ses débuts, nous conte son état d’esprit, et nous fixe ses objectifs.

Essonne info (EI) : Ce n’est pas commun pour une jeune fille de faire de la Boxe Thaï, pourquoi ce sport ?

Khalissa Houicha (KH) : Mon père aimait beaucoup les sports de combat. Et moi j’étais vraiment un garçon manqué quand j’étais petite. Du coup il m’a fait faire un an de judo, puis trois ans de karaté de mes 7 ans à mes 10 ans. Et quand je faisais du karaté, j’avais une de mes sœurs qui faisait de la Boxe Thaï avec Nilar. C’était une championne, Nilar admirait beaucoup ma grande sœur. Et là j’ai dit à mon père que je voulais faire soit du foot, soit de la boxe. Il m’a dit : « le foot c’est trop masculin, tu ne peux pas faire ça. C’est impossible, tu ne vas pas réussir, tu ne vas pas percer. Mais la boxe, pourquoi pas ». C’était un petit mensonge qu’il me disait juste pour que je fasse de la boxe. Et moi j’ai voulu faire comme ma sœur donc j’ai choisi la boxe, et c’est là où tout à commencé.

Et là, tu rencontres Nilar, comment ça s’est passé ?

Je me rappelle, le premier jour où je suis arrivée, j’avais dix ans, et j’étais grave timide. J’étais petite mais j’entendais beaucoup parler de Nilar déjà. Et je me suis dit : « ah ouais, si un jour j’arrive à rendre fier un homme comme lui, pour moi ça sera une réussite ». Donc je me donnais toujours à fond, à fond, à l’entraînement. On était deux filles, du coup on était les deux chouchoutes. L’autre fille a abandonné en chemin et moi il ne m’a jamais lâchée.

Ton père ça lui plaisait que tu fasses de la boxe, mais ta mère, ton entourage, ils étaient d’accord ?

Le truc c’est que j’étais vraiment un garçon manqué. Quand je sortais en bas de chez moi, je discutais avec mes copines, mais sinon j’étais en train de jouer au foot avec les jeunes de mon quartier. Des fois on se faisait des petits ponts massacreurs, c’était vraiment des jeux de bonhommes. Mais j’ai jamais eu de problèmes avec ça. Mes copines m’ont toujours encouragée. J’ai toujours la même bande de copines depuis mon enfance. Elles ont toujours été derrière moi, pareil pour ma famille. Même ma mère. En fait elle était trop fière de moi. Elle me disait : « c’est bien ma fille, je suis fière de toi, c’est bien ce que tu fais ». Mais je sais que ça la rendait malade.

Une passion naissante pour la boxe donc, les résultats ont tout de suite été là ?

J’ai fait mes preuves dès la première année, mais c’est à seize ans que je suis vraiment montée. Avant seize ans c’était que des compétitions à la touche, avec des protections, et que avec des garçons. Je gagnais souvent. A la Fédération ils étaient étonnés par ma technique. A partir de seize ans, je me battais plus qu’avec des filles. Mon premier combat c’était contre Sarah Donghi, elle avait 34 ans. C’était au poids, pas à l’âge. J’avais perdu aux points, mais c’était l’un des meilleurs combats pour Nilar. Et à partir de 17 ans, j’ai commencé à être sélectionnée en Equipe de France et à faire mes premiers combats à l’étranger.

Tu as déjà bon nombre de combats à ton actif, si tu devais en sortir un du lot, ça serait lequel ?

C’est difficile, il y en a tellement. Mais je dirais les trois finales de Championnat de France. Ca l’a marqué, et ça m’a marqué aussi de le rendre fier. C’était une impression globale. Les combats étaient supers, et j’ai vraiment fait ce qu’il voulait que je fasse pour gagner la ceinture.

Et si tu devais choisir ton pire combat ?

Mon pire combat c’était en Angleterre en 2013. J’avais été mal accueillie. C’était ghetto. Et Nilar ne pouvait pas être là. Mon adversaire me provoquait sur le ring et l’arbitre ne réagissait même pas. Elle m’avait pincé avec son protège-dents. Je le montrais à l’arbitre mais il me disait de continuer. Elle me faisait des signes de mort. Et j’ai perdu le match aux points, deux semaines avant le championnat de France. Il faut que je prenne ma revanche. Mais moi je ne boxe pas en me disant je vais affronter telle ou telle adversaire. Souvent les nouvelles qui arrivent dans le monde de la boxe, elles sont contentes de dire qu’elles ont boxé contre telle ou telle boxeuse, même si elles n’étaient pas prête et qu’elles ont perdu. Moi je boxe vraiment pour gagner, pour rendre fiers les miens.

Tu n’as jamais pensé à arrêter ?

Non. On me demandait toujours : « quand est-ce que tu arrêtes la boxe Khalissa ? Ça y est tu grandis ». Moi ma réponse c’était : « le jour où je participerai aux Championnats du monde, ou au moins aux Championnats d’Europe, ce jour-là ça sera peut-être la fin ». Et bah non, à 17 ans j’étais en Equipe de France et tout s’est enchaîné très vite. Même moi je me disais : « c’est un truc de fou ce qui m’arrive ». Et aujourd’hui je ne peux pas m’arrêter comme ça, c’est impossible. Je suis tellement reconnaissante envers Nilar, c’est impossible que je m’arrête. Je dois être la personne qu’il a toujours voulu que je sois. Et je me dois de le faire. Je me fixe des objectifs, et si je les atteins, je continuerai encore. Tout dépendra de quand je les atteins. Mais je continuerai pour lui, pour ma famille. Et pour moi aussi, mais c’est eux qui me donnent la force donc je dis toujours pour eux avant.

 Ils rendent hommage à Nilar Win

Et qui va t’entraîner ?

Telle est la question. C’est compliqué. Moi-même je suis perdue. Je sais que les personnes du club resteront toujours à mes côtés. Après la personne dont j’ai toujours eu besoin depuis que je suis petite, c’est Samir. Quand il y avait Nilar, il fallait que lui aussi soit là pour me mettre en confiance. C’est comme mon frère. Maintenant Nilar c’était vraiment mon guide. J’avançais les yeux fermés avec lui. Je savais où il m’amenait. Je n’avais pas de questions à me poser. Je ne sais pas comment je vais faire. Réellement, je suis perdue. Pendant douze ans ça a toujours été lui. Je ne sais pas. Quand je suis revenu à l’entraînement, ils ont mis la photo de Nilar, ça m’a fait quelque chose. D’habitude j’entends sa voix : « Khalissa dépêche toi ». Et là je me dépêche. J’étais vraiment la personne aux côtés de Nilar. Des fois je tournais mon regard, voir s’il me regardait. Et dès qu’il me regardait, je me donnais à fond. Là je sais que je ne suis plus regardée, je ne sais pas quoi faire. Je suis déboussolée dans ma tête.

Tu es déjà triple Championne de France à seulement 22 ans, que vises-tu maintenant ?

L’objectif, comme Nilar l’a toujours dit, c’est que je sois première en Europe et au monde. D’enchaîner les combats. En 2013 j’étais la numéro un en France. J’aimerais avoir le même statut que j’avais et être une boxeuse à l’international. Genre Khalissa « Houicha », que le nom parle. Je veux vraiment être la meilleure, la Championne. Je veux devenir la personne que Nilar a toujours voulu que je sois. Et je vais tout faire pour devenir cette personne.

Ça te permet de vivre la Boxe Thaï ? Il y a quoi à côté de ça ?

La Thaï c’est un gagne pain. Je n’en vis pas. Tu peux vivre de la Thaï, mais faut être quelqu’un dans la boxe. Mais sinon tu dois avoir une roue de secours. Il y a 2% des personnes qui vivent de la boxe. Moi en 2013 je faisais du cinéma. J’étais actrice, je suis allée au Festival de Cannes. Aujourd’hui je suis animatrice, je vais passer mon diplôme pour être éducatrice sportive. A côté de ça je commence à monter mon association humanitaire. Je sollicite beaucoup les jeunes du quartier. Je profite un peu de ma notoriété pour mobiliser les jeunes. Pour après venir en aide aux personnes démunies dans la rue, pour vraiment leur faire ouvrir les yeux. Et bientôt je vais de nouveau participer à certains films. Mon objectif serait de réaliser mon histoire, en long ou en court-métrage.

Je remercie Nilar de m’avoir transmis tout ce qu’il m’a transmis. Ma famille qui m’a toujours accompagné dans mon parcours. La MJC Aimé Césaire de Viry-Châtillon, et toutes les personnes qui continuent de rendre hommage à Nilar.

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