« On a de la chance, il fait beau ! » lance un visiteur. En effet, le temps est propice à l’observation du ciel ce mercredi 23 novembre. Une visite qui s’annonce bien pour le guide Francis Oger, administrateur de l’observatoire. « Nous allons voir le soleil et peut-être Vénus car c’est une des rares planète que nous pouvons observer de jour ! » déclare-t-il, sourire aux lèvres, la quinzaine de curieux déambule dans le bâtiment qui a été fondé en 1883. L’observatoire de Juvisy est également appelé l’observatoire Camille Flammarion. Si ce nom vous dit quelque chose ce n’est pas anodin, son frère Ernest est le fondateur des éditions Flammarion. Pour Camille en revanche, son centre d’intérêt s’est porté sur les sciences. Il a beaucoup travaillé à la vulgarisation scientifique à travers ses ouvrages. Il a même créé la SAF (société astronomique de France) en 1887.

L’observatoire pour sa part, est un ancien relai de poste qui avait été donné à Flammarion en 1882. Il est d’ailleurs classé monument historique depuis 2010. Et c’est bien justifié : une coupole, une tour et un parc immense.  de l’extérieur déjà il impressionne, et à l’intérieur, il intrigue ! Si la plupart du bâtiment est en mauvais état, la coupole et la tour ont été rénovées. Des travaux longs et coûteux : plus de 700 000 euros ont été nécessaires pour cette rénovation. Un financement de la ville de Juvisy, la DRAC et le département. « Pour remettre tout l’observatoire en état, il faudrait environ 5 millions d’euros » annonce Francis. Pour le moment, là n’est pas la question, le soleil tourne vite.

La lunette télescopique sous le dôme : les deux éléments rénovés. (JM/EI)

La lunette télescopique sous le dôme : les deux éléments rénovés. (JM/EI)

Du soleil plein les yeux

Trois étages plus haut, nous voici dans le dôme où trône une lunette télescopique de trois mètres de long au centre de la pièce. Il se compose de quatre parties de 500 kg chacune et son style rappelle celui de Gustave Eiffel. Ce n’est pas un hasard car Flammarion était ami avec le célèbre ingénieur. Le système est d’époque, le guide doit alors jongler entre deux échelles (dont une qui appartenait à Camille Flammarion) pour tourner la lunette vers le soleil. Un travail minutieux donc, d’autant plus qu’il faut ouvrir le dôme, qui a été crée en quatre parties. Le soleil est alors diffusé à travers la lentille sur le mur puis grâce à un écran, Francis montre en détail l’étoile qui nous chauffe.

Un style proche de Gustave Eiffel. (JM/EI)

Un style proche de Gustave Eiffel. (JM/EI)

« Il y a une tâche que l’on voit ici, il s’agit d’une zone où la température est plus froide, 4 000 degré au lieu de 5 000 » explique le guide. Outre le soleil, l’observatoire Camille Flammarion s’est penché sur la planète Mars. L’astronome était fasciné par cette planète qu’il considérait proche de la Terre et cherchait à savoir si cette planète abritait la vie. Ses observateurs permanents sur le site travaillaient sur le dossier de Mars et sur bien d’autres. L’un d’eux a même trouvé deux comètes depuis le site de Juvisy. Malheureusement, l’observatoire n’a pas toujours fonctionné. Après la mort de Camille, c’est Gabrielle sa femme qui reprend l’activité jusqu’en 1962, date où les activités ont cessé. L’observatoire est légué à la SAF en 1970. Le bâtiment est détérioré et le parc et le premier étage sont maintenant à la commune. En 1978, de nouvelles observations sont possibles. « Aujourd’hui une toute petite partie a été refaite mais tout le bâtiment a besoin d’être remis en état » annonce Francis.

Un acteur local important

L’extérieur en revanche est en très bon état. On y lit même la devise de Flammarion à l’entrée : « Ad veritem per scientam » c’est-à-dire « Vers la vérité par la science » en latin. A cela le guide explique que l’astronome avait une vérité « originale » dans le sens où il acceptait la science même lorsqu’elle dérangeait comme avec le spiritisme. Il faisait en effet partie de l’association de spirite, il croyait en la réincarnation et donc à la force de l’esprit. Ce qui est en contradiction avec la science qui veut croire seulement aux faits prouvés car le spiritisme relève du surnaturel et de phénomènes non-expliqués. Désormais, deux associations s’occupent de l’observatoire, la SAF pour faire connaître l’astronomie au public, et les Amis de Camille Flammarion qui veulent faire connaître l’astronome et son œuvre.

Camille Flammarion reste une vraie figure locale de la ville de Juvisy. Il y vivait 6 mois par an avant de décéder brutalement dans sa bibliothèque à l’étage de l’observatoire en 1925. Sa renommée perdure dans la commune, une rue porte son nom, et au niveau universel une petite planète « Flammario ».

Le bâtiment a besoin d'être rénové car plusieurs pièces sont en ruines comme ici, l'ancienne salle des astronomes. (JM/EI)

Le bâtiment a besoin d’être rénové car plusieurs pièces sont en ruines comme ici, l’ancienne salle des astronomes. (JM/EI)

Pour en savoir plus sur cet homme extraordinaire, la prochaine visite guidée est organisée le 7 décembre à l’observatoire avec le concours de l’Office du tourisme du Grand Paris Sud.