Les fêtes de fin d’années approchent, la clientèle afflue déjà dans les magasins. Les plus décidés se dirigent directement vers leur point d’intérêt pendant que d’autres, parcourent chaque boutique à la recherche de la perle rare. C’est la période rêvée pour les centres commerciaux, une période féeriquement lucrative, assurément la plus profitable de l’année. Au moment du bilan, tous ou presque s’en tireront à bon compte. Mais pour certains centres commerciaux, ces deux mois ne parviendront pas à couvrir les lacunes du reste de l’année. La concurrence est rude, et parfois, le calme plat, est vraiment calme… et plat. Si Evry 2 et Carré Sénart sont encore loin de ce constat, ces deux centres commerciaux ne sont pas pour autant sortis d’affaire. Et pour cause, l’émergence de certains zones industrielles, comme celle de La Croix Blanche (Sainte-Geneviève-des-Bois), ne leur facilitent guère la tâche, une tâche déjà bien complexe depuis plusieurs années.

Créé il y a de ça plus de 40 ans, Evry 2 est l’un des tous premiers centres commerciaux d’Île-de-France. D’année en année son offre et sa capacité d’accueil n’ont cessé de croître. Mais alors qu’il régnait quasiment en maître sur son territoire, le centre commercial essonnien a vu la concurrence arriver. La plus notable lui vient de Lieusaint et de son Carré Sénart. Une construction effectuée il y a 14 ans, et qui, elle non plus, n’a pas cessé d’évoluer. En 5 ans l’enseigne Seine-et-Marnaise est passée de 13 millions de visiteurs par an, à environ 14,7, pendant qu’Evry 2 s’est lentement approché des 20 millions. Entre rénovation et extension, les deux centres commerciaux en sont à un véritable tournant, et il est bien difficile de croire que la réussite de l’un puisse toujours coïncider avec celle de l’autre.

Evry 2 / Carré Sénart : la course à la confirmation (juillet 2015)

A quoi doit-on s’attendre ?

Du côté d’Evry 2, la rénovation est déjà plus qu’entamée. Le centre a fait peau neuve, au sol, comme au plafond, comme prévu il y a un an. Reste encore quelques chantiers à terminer, le plus proche, l’ouverture de Primark le 14 décembre prochain, un point fort de la nouvelle stratégie d’Evry 2. « On amène Primark. Les négociations ont été difficiles, mais Primark va plaire à beaucoup », assure Jean-François Nigay, directeur du Centre. La direction compte énormément sur l’enseigne irlandaise pour relancer la fréquentation du centre, des attentes justifiées, au vu de l’affluence dans les autres magasins de l’enseigne. Autre chantier, qui s’avère celui-ci être d’une ampleur tout autre, aussi bien matériellement que financièrement, la rénovation de l’espace de l’Agora qui devrait être entamée courant 2017. Outre l’ouverture prochaine d’un Burger King en lieu et place du restaurant Quick, l’Agora sera dans quelques mois surplombée par un « food-court », réunissant une dizaine de restaurants, à l’image du centre commercial des 4 Temps situé à La Défense.

Primark devrait ouvrir dans les prochains jours à EVry 2 (GD/EI)

Primark devrait ouvrir le 14 décembre à Evry 2 (GD/EI)

Côté Carré Sénart, c’est un projet d’une autre envergure qui attend les clients du centre. L’extérieur comme l’intérieur de ce dernier sont en pleine métamorphose, le rendu devrait être connu pour octobre 2017, pour un total pharaonique de 230 millions d’euros. 1 000 nouvelles places de parking vont notamment voir le jour, les vélos auront eux aussi un espace couvert doté de 238 places. Depuis des années déjà, Unibail-Rodamco s’attache à ce que la nature soit omniprésente sur le site, ainsi 284 nouveaux arbres et 1km de haies viendront illuminer ses alentours. Ici aussi, l’offre de restauration va se développer, 14 nouveaux restaurants sont pressentis dans un espace qui devrait être baptisé « Dining Plaza ».

Mais le chamboulement le plus marquant du site n’est autre que l’agrandissement de la surface commerciale de plus de 30 000 m². Une extension qui permettra au centre d’accueillir 65 nouvelles boutiques (203 au total) sur une surface commerciale de 113 000 m², contre un peu moins de 100 000 m² pour le centre Evryen (225 boutiques). « Il y a une concurrence de fait entre l’ensemble des structures », avoue Michel Bisson, maire de Lieusaint. Celle-ci, entre deux centres situés à 15 minutes l’un de l’autre, semble néanmoins bien plus acerbe que d’autres, d’autant plus quand les deux directions ont pour objectif de faire de leur centre respectif, le centre commercial référence du Grand Sud Parisien. Aspect le plus frappant de cette concurrence, le sort des Galeries Lafayette. Si l’enseigne disait encore vouloir rester sur le sol évryen il y a de ça un an, il est désormais sûr qu’elle s’en ira rejoindre la Seine-et-Marne à la rentrée scolaire prochaine. Une perte dantesque niveau image pour Evry 2, qui a construit son histoire autour de cette marque. « Les Galeries, c’est un concept qui fonctionne à Haussmann, ici, ça a dû mal à être rentable », concède Jean-François Nigay, directeur du centre essonnien, arguant que le centre commercial de Belle Epine a lui aussi vu fermer ses Galeries.

Les Galeries Lafayette vont quitter Evry 2 pour Carré Sénart (GD/EI)

Les Galeries Lafayette vont quitter Evry 2 pour Carré Sénart (GD/EI)

Carré Sénart frappe fort

Il n’empêche que Carré Sénart, lui, est bien décidé à prendre le risque, signe que la dynamique est différente. Les Galeries Lafayette disposeront alors d’un espace de 6000 m² au sein du centre de Lieusaint, contre environ 10 000 jusqu’alors à Evry. « Ça fait partie du rythme des commerces », répond Michel Bisson avant d’expliquer. « Le positionnement des deux centres est différent. L’un est au centre de la ville et l’autre non. La clientèle est peut-être différente, micro-locale pour Evry 2, plus large pour Carré Sénart ». « Dans 10 ans les Galeries vont couler », pense pourtant Jean-François Nigay. Le constat est néanmoins implacable, alors que l’un tente de se relancer, l’autre poursuit son ascension. Le deuxième plus grand aquarium d’Île-de-France devrait par ailleurs sortir de terre courant 2018, une attraction supplémentaire pour le site du 77 qui propose déjà un shopping park, un bowling, un théâtre, un poney club, et dont le cinéma est « 5e de France en terme d’entrées » selon Michel Bisson.

Et si Evry 2 n’est pas en reste non plus, avec notamment son cinéma, sa piscine, sa patinoire, sa médiathèque ou encore son théâtre et ses Arènes, l’investissement du groupe Unibail-Rodamco est impressionnant. Et en s’attardant un peu plus sur la réussite des autres centres que détient le premier groupe côté de l’immobilier commercial (« Les Quatres-Temps », La Défense, ou encore « La Part Dieu », à Lyon), il est difficile de voir la moindre faille dans le projet que présente Carré Sénart. « Il faut être costaud pour répondre aux mastodontes », lance le directeur du centre évryen. Désormais sur la même agglomération (Grand Paris Sud, Seine-Essonne-Sénart), les deux enseignes vont cependant devoir cohabiter pour éviter de précipiter leur « chute ». « On va essayer de se mettre d’accord sur la vision commerciale. Il va falloir travailler à l’échelle du Grand Paris Sud. Les deux centres sont importants, il faut qu’on veille à ce que les deux vivent ». Si Michel Bisson, aussi vice-président de l’agglomération y voit là une bonne chose, Jean-François Nigay espère lui « trouver un équilibre », tout en prenant en compte l’arrivée prochaine du Grand Stade.