« Le Petit ZPL, Zone de publication libre ». Le journal a beau être imprimé en noir et blanc, son titre annonce la couleur. Paru pour la première fois en juin dernier, il était dans les cartons depuis plusieurs mois : «  Cela fait pas mal de temps qu’on y pense, confie Mathilde, contributrice au journal. Mais le contexte de l’été a précipité les choses ».

« Le contexte », c’est le projet de réorganisation du Ferry (lire notre article), lieu de vie culturel majeur de la ville, présenté par la municipalité en mai 2016. Mais aussi l’annulation de la 7e édition du festival Aoûtside qui devait se tenir les 26 et 27 août 2016 : « Palaiseau est une petite ville au tissu associatif important, explique Annie*, lui aussi contributeur. Le Ferry était le lieu qui symbolisait ce lien associatif. Sa fermeture nous a donc poussé à créer quelque chose de nouveau, un média indépendant qui serait alimenté par les qualités de chacun de ses contributeurs  ».

L’idée ? Proposer aux Palaisiens un regard novateur, critique et satirique sur l’actualité locale, en alternant articles de fond, poèmes décalés, recettes engagées et iconographie déjantée.

Un média collaboratif

« On s’arrachait les cheveux devant la communication de la mairie  », se souvient Gaston*. Aujourd’hui, il participe à l’aventure ZPL en tant qu’artiste, symbole que les contributeurs du journal viennent d’horizons différents. Certains écrivent, d’autres illustrent : « Au total, nous sommes une trentaine, âgés de 20 à 45 ans, à participer à la confection des numéros, précise Raphaël Godechot, directeur de la publication et seul journaliste de la bande. Une dizaine de personnes ont contribué au contenu du premier numéro, une quinzaine pour le deuxième et une vingtaine pour le dernier ».

L’équipe, qui tend à s’agrandir au fur et à mesure que le journal se fait connaître, ne souhaite fermer la porte à personne : « Nous ne sommes pas tous issus de Palaiseau, certains viennent d’Orsay et des alentours, poursuit le journaliste. Il y a aussi des gens de Grenoble qui nous ont écrit. Tous les sujets et tous les profils sont intéressants tant qu’ils impactent Palaiseau et ses environs, qu’ils nous plaisent et qu’ils apportent un souffle nouveau ».

Le canard propose d’ailleurs un lexique définissant les termes qui pourraient échapper à la compréhension de certains de ses lecteurs : « L’idée est d’utiliser des termes locaux et de les démocratiser », appuie Gaston. « Askip » y remplace par exemple « à ce qu’il paraît », quand « ZPL  » signifie « Zopal », c’est-à-dire « Palaiseau » en verlan.

Dans le dernier numéro, une page entière est également consacrée aux courriers des lecteurs, qu’ils soient d’accord, ou non, avec le journal : « Tant que ce n’est pas injurieux, on donne la parole aux gens qui nous écrivent  », assume Raphaël Godechot. Même à la mairie si elle le voulait ».

« Une initiative citoyenne contre la pensée unique »



Outre son ancrage local, Le Petit ZPL revendique son indépendance. Parmi les sources d’inspiration de ses créateurs : Le Canard Enchaîné, Le Monde Diplo ou encore Mediapart, « tout ce qui est critique et qui creuse ». Leur contre-modèle ? Palaiseau Mag’, le magazine de la commune : « Il m’a beaucoup inspiré, sourit Annie. Je l’ai toujours lu, on y trouve parfois nos premières infos. C’est l’occasion de démontrer certains mensonges de la municipalité  ».

Financé à 100% par ses contributeurs puis par l’argent récupéré lors de sa vente, Le Petit ZPL n’a pas de prix fixe et refuse la publicité : « Les lecteurs sont libres de donner ce qu’ils veulent, explique Raphaël Godechot. Rien n’est fixé, comme le nombre de pages qui est amené à évoluer au gré de l’actualité ».
Édité par l’association palaisienne Shlag-Lab, le journal a été tiré à 1 000 exemplaires lors de sa sortie, avant d’être porté à 2 000 lors de la parution des numéros suivants : « On a été surpris que ça marche aussi bien  », admet Gaston. « On a tout écoulé et les réactions des lecteurs étaient très positives, ça nous a encouragé  », reconnaît de son côté Raphaël Godechot.

" C’est un média créé par des jeunes, qui plus est un journal papier. Il faut les encourager " (MB/EI).

« C’est un média créé par des jeunes, qui plus est un journal papier. Il faut les encourager » (MB/EI).

Sur le marché de la ville, où l’équipe vient vendre son journal à la criée, certains Palaisiens saluent cette initiative : « C’est un média créé par des jeunes, qui plus est un journal papier. Il faut les encourager, estime Daniel, 78 ans, Le Petit ZPL glissé dans la poche de son manteau. Attablée à la terrasse d’un café, Ingrid explique avoir été séduite par la démarche : « Ils s’investissent dans leur ville, font un effort de création. Ils ont compris que les mots avaient un sens, l’utilisation qu’ils en font est très intéressante. Et puis ils sont présents sur les marchés, vont à la rencontre des lecteurs et de la population. On peut discuter avec eux. C’est une initiative citoyenne contre la pensée unique ».

« Censures, pressions et intimidations »



Forts de leur indépendance et de leur liberté de ton, les rédacteurs du Petit ZPL n’hésitent donc pas à traiter « des sujets trop locaux pour la presse nationale et trop contraignants pour la presse locale », quitte à soulever la polémique. Le premier numéro a fait la part belle aux bisbilles entre le Collectif du Ferry et la mairie, le second a proposé une enquête sur le Centre de rétention administrative (CRA), dont la ville de Palaiseau est dotée depuis 2005. Autant de sujets qui, selon eux, leur auraient valu quelques pressions : « Pour ne rien vous cacher, on n’avait pas prévu ce numéro 3 sur ces sujets : censures, pressions et intimidations, écrivent-ils dans l’édito du dernier Petit ZPL. Mais suite à la parution du premier numéro sur Le Ferry – Lieu de Vie Culturel à Palaiseau- nous avons vu tellement d’obstacles se dresser sur notre chemin, que nous nous devions d’en parler  ».

Par ces mots en guise de préambule, l’équipe du journal souhaite alerter ses lecteurs sur un certain nombre de pressions dont elle aurait été la cible ces dernières semaines (cf. photo ci-dessous). En ligne de mire, la mairie de Palaiseau. Contactée par Essonne Info, cette dernière a tenu a clarifier la situation : « Il ne vous aura pas échappé que la ligne éditoriale du petit ZPL, très clairement opposée à l’action et aux choix de la ville, ne donne pas toute garantie quant à l’objectivité des situations décrites », observe-t-elle. Avant de préciser : « Pour autant, il n’est pas dans les habitudes de la mairie de menacer qui que ce soit : chacun étant libre de s’exprimer comme il se doit, dans le respect des règles de droit qui s’appliquent en la matière. Ces accusations nous paraissent donc totalement infondées  ».

En attendant de pouvoir rencontrer la municipalité, l’équipe du Petit ZPL entend continuer son chemin : « Nous voulons nous distancer de la politique pour pointer du doigt ce qui ne va pas avec la politique actuelle », corrige Raphaël Godechot. Avec une dernière mise en garde, inscrite noir sur blanc sur la première page du dernier numéro : « Nous clamions avec ferveur que ce journal vivra pour ‘’contester la morale, défier l’autorité, affronter la bienséance…’’. Aujourd’hui nous pouvons y ajouter : délier les langues, mater les matons, dégonfler les oppresseurs… ». Décidément pas farouche, cette feuille de chou.

*Les prénoms ont été changés