Une souris d’ordinateur, un mur de brique, un carré plus noir que le noir, une voiture en 3D, un jeu vidéo, des enceintes : les oeuvres ne se ressemblent pas, elles ont chacune leur propre méthode artistique. Au cours de l’exposition, le spectateur est projeté dans un univers où les créations posent toutes une interrogation, une volonté de montrer ce qui ne se voit pas.

« Ressentir le trouble » c’est la volonté de Nicolas Rosette le commissaire de l’exposition Artefacts. Pour lui, les visiteurs se retrouvent face à des objets qui intriguent et dont on ne perçoit pas le sens spontanément. En effet, l’archéologie du temps présent a été très travaillée. Nicolas souhaite que cette exposition permette de poser un regard archéologique sur le monde d’aujourd’hui comme si il était déjà une civilisation ancienne tout en étant actuel. Le but est de comprendre, comprendre le monde numérique qui est omniprésent dans notre société et imaginer les réactions des personnes du futur en trouvant ces objets qui ont fait notre civilisation.

Loin de dénoncer les nouvelles technologies, Artefacts essaie d’y donner un sens. « J’ai choisi des oeuvres où les artistes donnent un point de vue poétique de quelque chose d’aujourd’hui » conclut le commissaire.

La science au centre des oeuvres

L’association Siana a été créée dans une école d’ingénieurs, la dimension scientifique dans les oeuvres est donc très marquée dans les démarches des artistes. Comme Frederik De Wild qui a travaillé avec un laboratoire de recherche en nano-technologies afin de créer un noir plus noir que le charbon, si bien que le noir parait gris à côté. L’artiste-scientifique est d’ailleurs en collaboration avec la Nasa pour ses télescopes.

Expansionism de Jean-Benoit Lallemant. (JM/EI)

Au centre de la pièce, une tour constituée de mille briques est l’oeuvre de Jean-Benoit Lallemant, un artiste qui place le numérique au centre de ses travaux. Dans Artefacts, il est exposé deux fois, d’abord avec Expansionism, cette tour réalisée avec de la maille de lin (qui permet de fabriquer les toiles de peinture). Un travail rigoureux de plusieurs années entre la réflexion, les calculs et la réalisation. Il a compressé chaque bloc pour faire ressortir l’idée de l’influence numérique sur le monde nouveau. « L’un des principaux aspect du mur c’est d’oublier qu’il y en a un qui nous obstrue le passage. Au fur et à mesure, il s’écarte et dévoile une information qui n’est pas accessible » explique-t-il. Sa deuxième oeuvre Deadware, représente plein de pointeur de souris d’ordinateur qui synthétisent le phénomène du clic. Le spectateur marche et se perd dans ce charnier de clics.

DeadWare de Jean-Benoit Lallemant. (JM/EI)

DeadWare de Jean-Benoit Lallemant. (JM/EI)

Le spectateur au centre de l’exposition

Un peu plus loin, deux enceintes stéréo se tiennent face à face émettant un son qu’on ne comprend pas au premier abord. C’est l’artiste contemporain Benoit Le Phat Tan qui en est à l’origine. Cette idée lui est venue après la mort de Michael Jackson en 2009. Alors qu’il lisait le Courrier International, un article l’a interpellé, ils ont fait écouter un CD et une version mp3 à un panel de jeunes et instinctivement ils ont préféré la version mp3. « Il faut savoir que ce sont des versions dégradées car on enlève les basses et hautes fréquences pour garder seulement le milieu » raconte Benoit. A l’inverse, dans Bonus Track, il a enlevé tout ce qu’il y avait au milieu. Son message est clair : « Il faut faire attention aux détails, on se dit que ces fréquences ne servent à rien mais, quand on les préserve on s’aperçoit qu’il y a énormément de choses oubliées ».

Bonus Track de Benoit Le Phat Tan. (JM/EI)

Bonus Track de Benoit Le Phat Tan. (JM/EI)

Des oeuvres qui ont une signification cachée, c’est pourquoi l’association Siana organise des visites d’une heure ainsi que deux ateliers qui se greffent autour de l’exposition, une sur les jeux vidéos et une sur les blogs (vidéo-blogs). « On conçoit que Artefacts entraîne des discussions autour des oeuvres, nous avons mis en place des ateliers de vidéos d’expression, de jeux vidéos » explique Hervé Pérard, le directeur général de Siana.

Vous pouvez découvrir ces oeuvres jusqu’au 10 décembre prochain, de 14 heures à 18 heures, du mardi au samedi, au 17/19 cours Blaise Pascal à Evry. Plus d’informations sur le site de Siana.