« Ah c’est pas possible ça ! Même en vélo on peut plus passer ! ». Comme ce cycliste, de nombreux Essonniens n’ont pas encore forcément pris l’habitude de contourner la gare RER de Juvisy, et notamment le pont qui permet de l’enjamber. En effet, depuis le 17 octobre dernier, celui-ci a été entièrement coupé à la circulation. Seuls les piétons peuvent encore l’utiliser. En deux semaines de temps, ces derniers semblent déjà se l’être approprié. Certains prennent même le temps de poser devant la célèbre horloge de la gare, côté Condorcet. « C’est dingue, je passe régulièrement devant, mais j’avais presque oublié qu’elle était là. Maintenant, je peux prendre le temps de la redécouvrir », s’amuse ce quinquagénaire.

Pour autant, la fermeture de cet axe est loin de plaire à tout le monde. Car le pont de la gare est habituellement franchi chaque jour par plusieurs milliers d’Essonniens, automobilistes et deux-roues confondus. Cette artère très utilisée est une voie qui permet de relier la Nationale 7 aux voies sur berges en passant par le centre-ville. Depuis quelques mois déjà, le pont n’était praticable que sur une seule voie, dans le sens Juvisy-Draveil. Mais maintenant, force de constater que les automobilistes vont devoir s’armer de patience avant de pouvoir réutiliser ce pont, étant donné que celui-ci est désormais fermé pour une durée de trois ans.

De nombreux reports de trafic

La fermeture de ce pont était prévue depuis plusieurs mois maintenant. En janvier dernier, le maire de Juvisy, Robin Reda, évoquait déjà ce fait, sans pour autant rentrer dans le détail des conséquences de cette fermeture sur le quotidien des gens. Une annonce qui n’avait d’ailleurs pas plus inquiété que cela les riverains présents ce jour. Car oui, cette fermeture ne sort pas de nulle part. Elle intervient dans le cadre de la rénovation de la gare de Juvisy, qui a pour but de devenir un grand pôle intermodal d’ici l’horizon 2020. Avec un programme estimé à 97 millions d’euros, celle qui est l’une des gares les plus fréquentées d’Ile-de-France, hors Paris, opère une vraie mutation. Depuis 2015, déjà, il est possible de voir les premiers aménagements, sur les quais des voies ferrées, comme aux alentours. Les souterrains existants de la gare ont été réhabilités, idem pour la rampe d’accès côté Condorcet. Les piliers de la nouvelle rampe d’accès côté mairie sont déjà en place, en attendant qu’une dalle soit coulée en leur sommet. Et cela est loin d’être fini. La SNCF promet pour sa part « des espaces neufs dès le printemps prochain » et l’ouverture du nouvel accès Seine « normalement avec un ascenseur, car c’est très difficile à mettre en place », confirme-t-on du côté de la SNCF dans les prochains mois.

Les travaux se poursuivent côté Condorcet (JL/EI)

Les travaux se poursuivent côté Condorcet (JL/EI)

Le 17 octobre à Juvisy, lors d’une réunion de présentation des travaux réalisée en présence des responsables de la SNCF, des élus et techniciens, les riverains ont pu prendre connaissance des détails des opérations menées ces prochains mois à Juvisy. Mais également, se renseigner sur les conséquences de la fermeture des axes autour de la gare. Une rencontre qui a surtout été l’occasion pour les habitants d’émettre plusieurs craintes ainsi que leur ressenti au vu des perturbations entrainées par ces travaux d’ampleur. Concernant le trafic routier, très perturbé depuis la fermeture du pont, certains ont pu se plaindre du rabattement du trafic sur les rues des alentours. « Rue Argeliès, ça devient très compliqué, les gens qui descendent rue Monttessuy ne laissent pas passer le voitures et ça fait des bouchons », lâche un riverain déjà excédé par les conséquences des déviations et de la fermeture du pont. « On met facilement trente minutes à certaines heures pour aller de la rue Pasteur à la rue Charles de Gaulle », répond un autre. Un constat que comprennent la SNCF et la Ville. Car selon les estimations, le report du trafic se fait sur les axes attenants à la gare. Les Quais de Seine, la rue de Draveil, de Blazy, Pasteur, de Viry-Châtillon, Hoche et Condorcet font partie des itinéraires les plus impactés par ces déviations. Seule l’avenue d’Estienne d’Orves menant à la gare côté mairie bénéficie d’une tendance inversée. De son côté, la Ville et la SNCF se donnent « un mois pour constater le flux » et faire des modifications au besoin.

Le pont totalement fermé d’ici fin 2017

Les effets néfastes de la fermeture du pont et des travaux aux alentours du futur pôle intermodal ne semblent pas terminés pour les riverains. En effet, le pont, encore ouvert aux piétons sera définitivement fermé à l’automne 2017. Une information qui fait encore bondir certains riverains, concernant notamment le passage de ces derniers d’un côté à l’autre de la gare. « Pour l’instant le pont reste accessible aux piétons, mais qu’en sera-t-il pour l’année prochain, lorsque mon fils devra aller au collège de l’autre côté des rails », s’interroge une femme. Pour le moment, les solutions de substitutions semblent limitées. « Mettre des ouvrages qui traversent les voies coûtent très cher », assure-t-on à la SNCF. « On a effectivement un problème d’accessibilité », note le maire Robin Reda, avant d’indiquer que le passage des piétons se fera à terme par les quais. « Des contremarques de passage seront disponibles à l’espace Marianne, il y aura aussi des cas particuliers pour les associations », confirme ce dernier.

Le pôle multimodal de Juvisy sera prêt pour 2020 (JL/EI)

Le pôle multimodal de Juvisy sera prêt pour 2020 (JL/EI)

Des conditions de passage dans le centre-ville déjà bien compliquées pour les automobilistes, et bientôt pour les piétons. Auxquelles s’ajoutent d’autres problèmes. « Et pendant ce temps, nous avons des travaux qui perturbent le RER C  », se plaint un Juvisien. « En plein moment de travaux, il y a aussi des travaux sur les réseaux, évidemment ça créé une double difficulté », constate Robin Reda, qui demande à ce titre une « plus forte présence des agents ». Bref, il faudra s’armer de patience…