Bientôt un nouvel office HLM pour l’Essonne et les Yvelines. ‎L’Opievoy, bailleur public qui existe depuis 96 ans s’apprête à disparaître. Après plusieurs mois de tergiversations sur son devenir, la décision a été prise de transférer son patrimoine à la SA HLM de l’agglomeration parisienne (Sahlmap), qui intégrera également une partie du parc du groupe Action logement (ex 1% patronal). Tout cela constituera un nouvel ensemble de plus de 50 000 logements sur la région parisienne.

Le feuilleton durait depuis des mois. A l’annonce de l’entrée en application au 1er janvier prochain d’une disposition de la loi Alur (Accès au logement et l’urbanisme rénové), comprenant le rattachement des offices publics de l’habitat interdépartementaux à une seule collectivité (département ou région), l’incertitude planait sur le devenir des dizaines de résidences gérées par l’Opievoy dans le département. Dès le début de l’année, le Conseil départemental écartait la possibilité de reprendre le parc de quelques 12 000 logements en Essonne, et annonçait privilégier une reprise par un ou des bailleurs privés (lire notre dossierfévrier 2016).

De quoi susciter l’inquiétude de nombreux locataires, qui n’ont pas hésité à manifester avant l’été ainsi qu’à lancer des pétitions (lire notre article). Un quartier comme la Grande Borne (Grigny/Viry) compte par exemple 3200 logements gérés par l’Opievoy. Ils sont aussi en nombre dans des communes comme Evry (1200 logements), Massy (1800), Corbeil-Essonnes (600), Les Ulis (680), Juvisy (820), Longjumeau (450), Palaiseau (750), ou encore Etampes (841 logements gérés par l’Opievoy, surtout sur Guinette). Des craintes écartées par une réponse de l’actuel président (LR) du Département François Durovray : « il n’y aura aucun changement pour les locataires comme pour les gardiens ».

Les maires doivent se prononcer avant le 8 novembre

En cette rentrée, plusieurs élus de gauche se sont pourtant inquiétés des conséquences possibles du processus de démantèlement de l’Opievoy. A l’annonce du projet soutenu par le Département de former une alliance au sein d’un nouveau groupe de logement, les maires concernés se sont vus donner un délai de 2 mois (jusqu’au 8 novembre) pour se prononcer sur cette orientation. « C’est assez choquant de voter cette décision (le 17 octobre) avant la réponse des maires » indique à Etampes, le conseiller municipal (PCF) François Jousset, en résumant les doutes de ces derniers mois : « ils nous disent qu’il n’y aura pas de changement, mais on constate que les loyers actuels sont moins élevés que les plafonds, de plus le parc de l’Opievoy est vieillissant et il a besoin de travaux ».

Du côté de Grigny, le maire (PCF) Philippe Rio se questionne sur le devenir du patrimoine du bailleur : « Je ne sais pas ce qu’il se passe. Il semble qu’il y ait eu un transfert vers une société anonyme parisienne, la Sahlmap, qui ne s’est jamais présentée à moi. Lorsqu’on je me renseigne, cette société n’aurait plus d’activité depuis 2004. Ça ne me rassure pas du tout, tout le monde va à la va-vite ». Et le maire continue en se demandant, « à quels prix vont-ils louer les logements ? Pour quoi faire ? Je trouve cela scandaleux… »

Une centaine de personnes a manifesté à propos de l'avenir des logements de l'Opievoy devant la préfecture

Une centaine de personnes ont manifesté à propos de l’avenir des logements de l’Opievoy en juin dernier (MH/EI)

C’est lors de la séance du Conseil départemental du 17 octobre dernier, quelques jours après leurs homologues des Yvelines, que les élus essonniens ont entériné la reprise de l’ensemble du patrimoine de l’Opievoy au sein de la Sahlmap, ainsi que l’ouverture des négociations pour « définir un cadre de gouvernance et d’actionnariat » entre les désormais trois propriétaires de cette SA HLM : les 2 départements du 78 et 91 ainsi que le groupe Action logement, l’ex 1% patronal. La vice-présidente (LR) au logement Sandrine Gelot-Rateau a tenu à rassurer sur le devenir du parc essonnien, qui compte très exactement 11 756 logements, lors de la présentation de la délibération : « il y aura une continuité de services aux locataires et aux agents » a assuré d’entrée la maire de Longjumeau, en précisant vouloir « travailler main dans la main dans cette SA » avec ses nouveaux partenaires, « dans cette opération seront ainsi garantis les loyers, les charges ainsi que le statut des collaborateurs ». L’instance laissait entendre il y a quelques mois que les fonctionnaires pourraient être départementalisés puis mis à disposition du nouvel organisme.

Le souhait de ne pas créer une nouvelle structure « de toute pièce »

Le choix de l’alliance dans un pacte d’actionnaires au sein de la Salhmap, cette société d’HLM « qui n’avait plus d’activité » permet selon l’élue au Département de « ne pas etre obligé d’en créer une de toute pièce ». Ces arguments n’ont semble-t-il pas suffit à convaincre l’ancien président de l’Opievoy et du Conseil départemental (PS) Jérôme Guedj. L’élu de Massy a indiqué en séance publique au Département qu’il existait pour lui « un problème de concertation » dans ce dossier : « il y a un téléscopage des maires, c’est comme mettre la charrue avant les boeufs » s’est-il plaint. De plus, selon lui, « les règles de loyers sont différentes entre les OPH et les SA d’HLM, quelles garanties avons-nous dans les 2 ou 3 ans à venir? ». Des propos complétés par son collègue PS de Boussy Damien Allouch, pour qui « il faut obtenir des garanties écrites sur la gestion locative ».

Ces deux délibérations votées par les Départements des Yvelines puis de l’Essonne ont donc entériné le devenir du patrimoine de l’Opievoy, avec ses 12 000 logements sur le département de l’Essonne. Ajoutés aux 13 000 logements situés dans les Yvelines et environ 26 000 apportés par Action logement, cette nouvelle structure de logement social sera « renommée afin de correspondre à l’ambition de cette SA HLM » indique Sandrine Gelot-Rateau, en justifiant une dissolution « imposée par la loi ». La loi Alur prévoyant la fin des offices ‎HLM interdepartementaux, l’existence de l’Opievoy, office détenant des logements principalement dans le 78, 91 et 95 était compromise. Promise à une dissolution, elle a ainsi cédé ses quelques résidences aux offices publics de l’habitat en petite couronne ainsi qu’en Seine-et-Marne. Pour le 95, c’est l’OPH Val d’Oise habitat qui s’est porté acquéreur de quelques 9000 logements.

Les Yvelines et l’Essonne n’ont pas voulu pour leur part créer un office public pour récupérer leur parc de logement. Le Département privilégiant ainsi cette solution de reprise. Concernant la clé de répartition entre les actionnaires de la SA HLM, la vice-présidente au logement précise : « Action logement apportera d’importants moyens financiers à cet ESH. C’est pourquoi il détiendra 55% des parts et les deux Départements en détiendront 45%. En revanche ces trois actionnaires seront liés par un pacte d’actionnaires qui fixera les orientations en fonction de leurs besoins respectifs. Cette répartition est sans corrélation avec la composition de la structure de gouvernance qui sera mise en place ». De plus s’engage-t-elle, « l’objectif est de mettre en place un programme ambitieux de réhabilitations et de constructions de nouveaux logements sociaux en partenariat avec les collectivités locales et au service des habitants ».

Des garanties promises

De quoi laisser songeurs les représentants de l’Amicale des locataires de la Grande Borne‎, dont quelques 3200 logements font partie du parc de l’Opievoy. Alors que leur quartier est de nouveau sous le feu des projecteurs (lire notre dossier), ils sont également préoccupés sur la question du devenir de l’Opievoy. L’amicale distribue ces jours-ci une pétition, en lien avec la municipalité, au titre évocateur : « Dissolution de l’Opievoy à la fin de l’année, et après ? Exigeons des garanties ! « . Dans leur petit local de la CNL situé sur la Place aux Herbes, ils reçoivent autour d’un café et entourés de multiples photos, archives et dessins de leur quartier accrochés partout sur les murs.

Les bénévoles de l'amicale des locataires CNL de la Grande Borne

Les bénévoles de l’amicale des locataires de la Grande Borne dans leur local (JM/EI)

Katy et Mamou sont bénévoles à l’amicale, chacun d’eux réside depuis des années à la Grande Borne. Si les effets de l’actuel travail de rénovation urbaine sont bien visibles : « petit à petit ça s’améliore, les réhabilitations ont eu lieu sur la Demi-Lune ou au Menisque, ainsi qu’aux Enclos » témoigne Mamou, « ils ont refait les toitures, les étanchéités, les façades, et à l’intérieur la tuyauterie, les VMC et sanitaires », il reste néanmoins du chemin à parcourir pour améliorer le visage de leur quartier : « d’autres choses prennent un peu plus de temps, on demande par exemple la fermeture des allées intérieures et un meilleur système de collecte des encombrants ».

Pour Katy, la création de la nouvelle voie intérieure au quartier, la ‘traversante’, permettra « un véritable gain de temps sur les transports, on rejoindra la gare en 4 minutes ». De plus, certains aspects du programme de rénovation améliorent le quotidien, « comme le nouveau CVS où on trouve une bibliothèque et une belle salle pour accueillir les manifestations d’associations ». La dissolution de l’Opievoy fait cependant craindre à la bénévole une remise en cause des programmes en cours à la Grande Borne : « on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé, les loyers vont-ils augmenter? Cela pourrait être plusieurs bailleurs et dans ce cas les choses se compliqueraient pour la gestion des espaces verts ou le chauffage ». La solution d’un nouvel organisme qui reprendrait l’ensemble du parc se dessinant, il s’agit maintenant pour l’Amicale de s’assurer que « les travaux de réhabilitation des appartements et des immeubles, les aménagements, circulations et parkings soient bien terminés comme prévu ».

Du côté des pouvoirs publics, on s’apprête à communiquer auprès des habitants sur les conditions de la reprise de leurs logements. L’élue au Département Sandrine Gelot-Rateau l’assure : « tout l’enjeu de l’opération a justement consisté à éviter le démantèlement pur et simple en préservant l’activité et son unité de gestion pour qu’il n’y ait aucun impact pour les locataires comme pour les salariés, rien ne change pour eux si ce n’est un nouveau logo sur la feuille de paie ». Elle réaffirme que concernant les locataires, « c’est la même loi qui encadre les offices publics et les SA HLM notamment en matière de montant des loyers et des charges ».

Par Maxime Berthelot, Mylène Hassany et Julien Monier