L’Alpe d’Huez, le Tourmalet, le col du Galibier, le Puy de Dôme, le Mont Ventoux… Voici beaucoup de lieux qui ont permis de forger l’histoire du Tour de France tout au long du siècle passé. Mais la plus renommée des courses cyclistes entretient aussi un lien particulier avec le département de l’Essonne. Même si celui-ci n’existait pas encore en 1903, date de la création du Tour – le département se nommait alors Seine-et-Oise – la célèbre course sortie de l’imaginaire d’Henri Desgranges, y trouvent ses origines. En effet, le premier Tour de France est parti de l’auberge du Réveil-Matin à Montgeron. 114 ans plus tard, la course à la renommée mondiale reviendra dans son berceau. Officialisé ce mardi 18 octobre à Paris, le parcours du Tour de France 2017 passera bien par la commune du nord-est du département dans le cadre de la dernière étape de cette édition, le 23 juillet prochain. « Il y a une sensibilité particulière entre Montgeron et le Tour de France, affirme Sylvie Carillon, la maire de la commune. C’est finalement logique pour la ville de renouer avec cette histoire ».

Ainsi, les coureurs reviendront pour la troisième fois à Montgeron après le départ de 1903 et celui de 2003. « À l’époque, le peloton s’était élancé du Stade de France avant de marquer un arrêt devant le Réveil-Matin pour le centenaire de la course », relate Martine Boulay, opposante Debout La France (DLF), présente lors du passage des coureurs il y a treize ans. Sur les 105 km de cette dernière étape, une dizaine de communes essonniennes devraient être traversées par la Grande Boucle. Après Montgeron, le peloton prendra notamment la direction d’Athis-Mons, Juvisy, Viry-Châtillon, ou encore de Massy avant de rejoindre la capitale pour les traditionnels passages sur l’avenue des Champs-Élysées.

Or, si cette inscription sur le parcours officiel réjouit de nombreuses personnes, elle interroge aussi une partie des élus montgeronnais, qui manquent de vision quant à l’organisation d’un tel événement.

« On voulait faire une surprise aux gens »

« C’est une grande joie de l’avoir obtenu », se félicite la maire, Sylvie Carillon. Un sentiment partagé par la majeure partie des membres du conseil municipal, à un détail près. « Je suis un grand passionné de cyclisme, confirme le centriste Patrice Cros. Seulement, j’aurais aimé que tous les membres du conseil aient été mis au courant avant le dépôt de cette candidature, afin de bien calibrer les choses ». En effet, la majorité municipale a choisi de ne pas ébruiter ce dossier, peur que celui-ci n’aboutisse pas. « On voulait faire une surprise aux gens, lâche Sylvie Carillon. Ce projet a fait l’objet de nombreux allers-retours entre ASO (Ndlr : la société organisatrice du Tour de France) et la commune. Il fallait éviter d’ébruiter le dossier pour que nous puissions avoir plus de chances de l’obtenir ». Une « surprise » que l’opposition peine à digérer. « Un tel degré de confidentialité autour d’un dossier, j’ai rarement vu ça, rétorque Christophe Joseph, membre de l’opposition (MRC). Nous aurions pu en débattre lors de commissions ou de séances de conseil municipal en amont pour ficeler le projet. Car là, il y a des zones d’ombres qui persistent, comme la question de son financement par exemple ».

Car oui, organiser un départ ou une arrivée d’étape a un coût. Et selon les cas, celui-ci peut osciller entre cinq et six chiffres. Pour obtenir le ticket d’entrée, la commune a dû verser à l’organisateur la somme de 65 000 euros notamment. « Il ne s’agit là que de la mise de départ, relève Patrice Cros. Celle-ci sera sans aucun doute dépassée ». Il n’y a qu’à voir le coût total du précédent passage dans la commune en 2003. En tout, près de 300 000 euros avaient été avancés, alors qu’il ne s’agissait que d’un arrêt dans la commune, le départ ayant été donné dans la Seine-Saint-Denis. « À l’époque, le ticket d’entrée n’était que 30 000 euros pour la commune, assure Aude Bristot, membre de l’opposition socialiste et déjà conseillère municipale en 2003. La commune de Montgeron avait dû ensuite payer les agents de police municipale et du service technique en heures supplémentaires notamment. Le reste avait été pris en charge par différents acteurs ». Le Conseil général de l’époque et le Conseil régional faisaient ainsi partie des financeurs. « Nous partons avec l’objectif de nouer des partenariats avec ces mêmes collectivités. Montgeron ne paiera pas toute la note seule », tente de rassurer pour sa part Sylvie Carillon. « Pour une ville-étape comme Vannes, cela a coûté près de 400 000 euros, poursuit Christophe Joseph. L’ensemble des frais de barriérage, de voirie ou encore de calicot est à la charge de la commune. Cela a un coût », explique celui qui demande le cahier des charges complet de cette candidature. « Ce ne sera pas le principal des dépenses, il y en aura peu de ce côté-là, assure la maire. Le reste sera des dépenses en fleurs ou en matériel de communication. Les organisateurs nous ont dit quoiqu’il arrive que la compétition se suffît à elle-même et qu’il n’y avait pas besoin d’en faire trop autour ».

Interrogations sur santé financière de la commune 

Outre son financement, un autre point interpelle l’opposition. Celui de la santé financière de la commune. Dès la prise de fonction de la majorité municipale, conduite à l’époque par François Durovray, l’actuel président du Conseil départemental, différentes mesures avaient été prises pour « assainir » les finances communales. « D’un côté, on fait passer le message que les finances communales vont mal, qu’il faut faire des économies. On a supprimé des événements comme le carnaval et on augmente les impôts. D’un autre côté, on nous dit que la ville accueillera le Tour de France. Il y a un vrai manque de cohérence avec leur communication, ou il y a quelque chose que je ne comprends pas », s’interroge Aude Bristot. Des propos relayés par son collègue de l’opposition Patrice Cros. « Un événement comme celui-ci ne doit pas se faire au détriment des services rendus aux administrés. Il ne faut pas oublier que le Tour, c’est une journée dans l’année, relève l’élu. Ou alors la situation financière de la commune n’est pas si mauvaise que cela ? ».

Pour sa part, la maire ne souhaite pas s’attarder sur ce « non-débat ». « Il n’y aura pas d’augmentation d’impôts, martèle cette dernière. Cela ne coûtera pas un euro de plus aux contribuables. Parfois, il faut savoir faire de bons investissements pour apporter de la renommée à la commune », ajoute-t-elle. Une renommée qui dans ce cas précis devrait s’accompagner de retombées financières importantes pour la commune. « C’est le Tour de France, quand même », reprend l’édile.

« Montgeron n’est pas l’Alpe d’Huez »

Oui, une participation au Tour de France, ça se paie, mais ça peut rapporter gros aussi. Selon différentes études statistiques, les villes-étapes de la Grande Boucle entrent dans leurs frais à hauteur d’une fois et demie leur mise de départ. Ce rapport peut dans certains cas aller jusqu’à six fois l’investissement de base. À quoi peut prétendre Montgeron alors ? Aujourd’hui, il est cependant difficile d’évaluer ce point. « Sur le plan de la notoriété, on va parler de Montgeron à l’internationale. C’est une très bonne chose, confirme Sylvie Carillon. Cela se traduira aussi en retombées pour le tissu économique local ».

Sur le point de l’exposition médiatique, chacun semble d’accord. Par contre, c’est sur la question des retombées financières que cela diverge. « C’est uniquement la notoriété de la ville qui va faire un bond en avant. Pas le reste, lâche Martine Boulay, l’ancienne maire adjointe en charge des finances, aujourd’hui dans l’opposition. Montgeron n’est pas l’Alpe d’Huez non plus. À l’inverse des villes de montagne, les gens ne resteront pas pour faire du tourisme dans notre commune ou dans ses alentours », indique cette dernière qui a déjà suivi une quinzaine d’éditions du Tour de France par le passé. Certains souhaitent notamment que les acteurs locaux soient pleinement associés à l’événement. « Il conviendra d’associer très largement les nombreuses associations de notre ville au premier rang desquelles les associations sportives avec la mise en place d’un comité de pilotage ouvert permettant de valoriser tous les bénévoles de notre commune qui se dépensent sans compter pour la vie communale et les Montgeronnais », affirme Christophe Joseph. « C’est naturellement prévu », confirme l’édile de la ville.

Il reste maintenant neuf mois à la commune pour faire de cet événement une réussite. « Nous y arriverons », certifie Sylvie Carillon. D’ici-là, le dossier du Tour de France risque bien d’être débattu une première fois de manière collégiale en conseil municipal ce jeudi 3 novembre.