Il n’avait plus été observé dans la région depuis le XIXe siècle, mais ces derniers mois, le Castor fiber, appelé aussi Castor d’Europe, semble avoir gagné l’Essonne. C’est en tout cas ce qu’a déclaré l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) dans un communiqué.
Les 3 et 25 mai dernier, des membres Syndicat intercommunal d’aménagement, de réseaux et de cours d’eau (SIARCE) qui surveillent notamment la rivière Essonne, ont effectivement observé des traces caractéristiques de l’animal à Fontenay-le-Vicomte et Buno-Bonnevaux : « Il s’agissait de bouts d’érable sycomore de faibles diamètres retrouvés à deux-trois endroits, explique Paul Hurel, animateur régional du réseau Castor de l’ONCFS. Ils s’en sont sûrement servi pour se nourrir  ».

Il faut dire qu’il avait disparu du bassin parisien depuis les années 1900, chassé pour sa chair et sa fourrure. S’il est d’abord réintroduit en 1909 dans le Sud de la France et dans la vallée du Rhône, il faudra attendre 1968 et le programme de protection nationale de l’espèce pour voir des individus repeupler progressivement le Nord-Est de la France et le bassin de la Loire. Le but ? Recréer de nouvelles populations et de nouveaux foyers : « Mais il n’a pas été réintroduit dans le bassin de la Seine, il se peut donc que les individus essonniens soient remontés du Loiret via la rivière L’œuf qui se jette dans l’Essonne, poursuit Paul Hurel. Nous n’avons aucune certitude, des prospections vont être menées cet hiver  ».

Coupes typiques de castor (DR, capture d'écran OFCS).

Coupes typiques de castor (DR/capture d’écran ONCFS).

Le 24 novembre dernier, l’animateur a tenu une réunion à Gironville-sur-Essonne visant notamment à préparer les prospections hivernales. De janvier à mars 2017, ses équipes vont se répartir le long de la vallée de l’Essonne pour tenter d’observer l’animal et trouver d’autres traces probantes de sa présence : « La seule observation visuelle qui nous a été rapportée date du 30 août au matin, confie-t-il. Le gardien du moulin de Touveau, situé sur la commune de Buthiers (Seine-et-Marne), nous a affirmé avoir vu un castor. Depuis plus rien, même si nous avons retrouvé des indices clairs. Nous recherchons maintenant de véritables coupes d’arbre  ».

Quels impacts sur l’écosystème ?

Si les rongeurs se font pour le moment discrets, leur présence devrait prochainement se manifester, notamment par le biais de l’apparition de barrages et de terriers. Ce qui permettra de les localiser : « C’est un ingénieur des écosystèmes, il va se servir de la végétation alentour pour construire son habitat, précise l’animateur du réseau Castor dans la région. La vallée de l’Essonne semble favorable à son développement, le niveau de l’eau y est suffisant et la végétation importante. Il y a notamment des peupliers ou des saules. Il va enrichir l’écosystème en consommant de l’écorce et en formant autour de lui un cortège animal et végétal. Il aura un impact favorable en terme de biodiversité ».
Quant aux possibles nuisances engendrées par le retour des rongeurs, elles existent, mais sont à relativiser : « Il arrive parfois que les castors entrent en conflit avec les activités socio-économiques, prévient Paul Hurel, comme lorsqu’ils coupent des arbres d’ornement de particuliers. Dans ces cas-là, cela peut entraîner l’inondation de parcelles. Mais il est encore trop tôt pour envisager cela  ».

Reste qu’il s’agit d’une espèce protégée trop souvent confondue avec le ragondin. Il faut donc savoir les différencier : « Le castor est plus imposant et a surtout la queue plate, conclut Paul Hurel. Le ragondin, lui, est un vrai nuisible et possède au contraire une queue cylindrique et des moustaches blanches ». Voilà les Essonniens prévenus.