La réception des traditionnels avis d’impôts locaux, en cette rentrée 2016, aura créé son effet chez de nombreux Essonniens, en particulier ceux qui avaient jusque là manqué la conclusion des débats budgétaires 2016 à l’assemblée départementale : la nouvelle majorité a procédé à des coupes dans ses budgets et prévu dès cette année une augmentation de ce qu’elle perçoit à travers l’impôt foncier, à hauteur de 29%. Sur la feuille d’impôts, cela se traduit en moyenne par une augmentation de 10 à 15% du montant net à payer par tous les propriétaires du département.

Car à côté du taux départemental qui passe de 12,69% à 16,37%, les nouvelles agglomérations commencent leur « lissage » fiscal, et des communes ont choisi pour certaines d’augmenter de quelques points leur part. Une double, voire triple peine par endroit, à l’image de communes comme Savigny (lire notre article – abonnés) ou encore Longpont-sur-Orge (notre article – abonnés), où les taux communaux sur le foncier augmentent de respectivement 20% et 24%.

Mais le plus gros morceau est bien celui concocté par le Conseil départemental, qui prévoit de faire rentrer dans ses caisses quelques 70 millions d’euros supplémentaires à travers ses mesures fiscales. Un dossier qui fait l’objet d’âpres débats entre élus départementaux depuis des mois.

Hausse de la fiscalité, services en moins : les Essonniens passent à la caisse

Mais à l’heure où chacun se rend compte concrètement de ce qui l’attend sur sa feuille d’impôts locaux, les collectivités tentent de répondre à leurs administrés, qui pour certains se plaignent de voir leur montant d’impôt net augmenter parfois de plusieurs centaines d’euros. En première ligne, l’instance départementale a mis les petits plats dans les grands pour expliquer et faire de la pédagogie sur le message que la majorité martèle depuis plusieurs mois.

Un numéro spécial du magazine du Conseil départemental, distribué à plus de 500 000 exemplaires, propose ainsi un dossier « A quoi servent nos impôts », dont l’introduction rappelle le contexte décrit jusqu’alors par les élus de l’instance : « en recevant votre taxe foncière, vous allez constater une hausse du taux départemental. En cause, la dette d’un milliard d’euros et 108 millions d’euros de factures impayées, laissées par la précédente majorité, et la baisse des dotations de l’Etat ». Des explications résumées dans une vidéo mise en ligne par l’instance, et intitulée ‘Pourquoi une hausse d’impôts en Essonne?’

Extrait de la vidéo explicative du Département sur les hausses d'impôts

Extrait de la vidéo explicative du Département sur les hausses d’impôts (Capture)

Un petit dessin-animé décrit ainsi les arguments développés par le Département, expliquant aux Essonniens qu’ils s’apprêtent à découvrir « une augmentation de 10% de la taxe foncière », ce qui correspond selon le verbatim à « un effort important, mais le Département n’avait pas d’autre solution ». La vidéo rappelle que l’instance a changé de majorité en avril 2015 puis a lancé un « audit indépendant » des finances, révélant « la situation catastrophique » que les élus annoncent, « due notamment à la mauvaise gestion de l’ancienne majorité de gauche », avec pour illustration, un orage et des nuages noirs au dessus de l’Hôtel du Département.

Plus loin dans cette vidéo, qui réutilise les arguments développés par la présidence lors des débats budgétaires, on apprend que la majorité « avait deux choix possibles » : continuer et aboutir à une « mise sous tutelle par le préfet avec pour conséquence une augmentation de 70% d’impôts », la proposition étant ensuite barrée d’une grosse croix rouge, ou bien « faire le choix de la responsabilité, en prenant des mesures impopulaires mais nécessaires » poursuit la vidéo du Conseil départemental, en illustrant ses mesures par un petit trait vert, au cas où le spectateur n’aurait pas bien compris le raisonnement.

« C’est pas moi, c’est les autres »

Les élus de la majorité ont allègrement diffusé ces arguments pour justifier la décision prise d’augmenter les taux départementaux de 29%, bien que l’instance ne communique que sur le chiffre de 10% auprès des Essonniens. En séance publique le 26 septembre dernier, majorité et opposition se sont une nouvelle fois écharpées au sujet des impôts, s’accusant réciproquement de mauvaise gestion. Jérôme Guedj, l’ancien président du CG a pointé « l’impôt stupide » de ses adversaires, avant que le président François Durovray ne lui suggère de « présenter ses excuses » aux Essonniens pour la gestion précédente.

Une question orale de l’élue PS Rafika Rezgui lors de cette séance concernait aussi le coût de fabrication de la vidéo explicative, « entièrement réalisée en interne » lui a répondu le président. Interrogé quelques jours auparavant sur le ton de cette vidéo à destination des contribuables, François Durovray se défendait de tout simplisme à l’égard des Essonniens : « elle n’est pas infantile, d’ailleurs nous n’en avons pas de retour négatif jusqu’à présent ». Reste que les petits personnages présentant les hausses d’impôts dans la vidéo départementale grossissent quelque peu le trait d’une situation budgétaire complexe.

La droite communique sur ses chiffres pour justifier les impôts, ici à Viry-Chatillon

La droite communique sur ses chiffres, ici à Viry-Chatillon (JL/EI)

Sur le terrain et dans les municipalités de même bord que l’instance départementale, on répercute à foison les chiffres produits par la droite essonnienne. « Avec votre taxe foncière, vous allez payer l’incompétence de Monsieur Guedj » tacle ainsi dans un tract le maire de Massy Vincent Delahaye à destination des habitants de sa commune. Autre tract, autre commune, à Evry, où la majorité socialiste assure à ses habitants que « la ville n’est pas responsable » de la hausse de l’impôt foncier local, renvoyant la faute sur l’actuelle majorité départementale.

Même ambiance sur les réseaux sociaux, où militants de gauche et de droite s’invectivent sur les responsabilités de chacun dans cette hausse d’impôts, voire entre élus du même bord, puisque les élus de Yerres (Dupont-Aignan) et le maire de Draveil Georges Tron, se défaussent auprès de leurs administrés de cette décision fiscale, qu’ils n’ont pas voté au sein de l’instance départementale.

Des débats qui risquent bien de se poursuivre entre militants de différents bords, à travers les tracts et autres affiches placardées dans les espaces d’annonces libres. Le tout sous l’oeil des Essonniens, incrédules, dont beaucoup doivent se demander si au milieu de toutes ces polémiques, on ne les prend pas pour des jambons !

Bataille d'affichage sur les impôts locaux, ici à Savigny

Bataille d’affichage sur les impôts locaux, ici à Savigny (JM/EI)