Harcèlement scolaire ou non ? Le débat est devenu polémique dans la petite ville du Sud-Ouest de l’Essonne. Marion Fraisse, jeune élève de 13 ans du collège Jean Monnet de Briis-sous-Forges, s’est suicidée le 13 janvier 2013 laissant derrière elle une lettre. Celle-ci comporte les derniers mots de la jeune fille, mais aussi les noms des personnes l’ayant poussé à mettre fin à ses jours, ainsi qu’une deuxième feuille vierge avec seulement écrit « les meilleurs souvenirs avec vous : ». Nora Fraisse, la mère, cherche alors à faire ressortir la vérité et tire des conclusions : sa fille est morte suite au harcèlement scolaire, avec pour preuve à l’appui des messages Facebook insultant et la lettre laissée. Seulement, l’affaire est toujours en cours de jugement, et certains avis contraires commencent à faire place dans les esprits.

Une polémique naissante

 

Cette histoire a tenu à être rendue médiatique par Nora Fraisse, la mère de la jeune fille. Tout d’abord par un livre publié en 2015, Marion 13 ans pour toujours, écrit par ses soins, et plus récemment par le téléfilm du même nom diffusé sur France 3 le mardi 27 septembre. S’en sont suivis les nombreuses interviews et articles de presse, ce qui a permis à cette histoire d’être connue par la France entière. Devenue véritable exemple du harcèlement scolaire, Nora Fraisse n’hésite pas à dénoncer ce fléau via l’histoire de sa fille. Raconter pour combattre semble être ses maîtres-mots.

Mais alors que celle-ci relate l’histoire de sa fille au plus grand nombre, les employés du collège Jean Monnet commencent tout juste à en parler. À l’approche de la diffusion du téléfilm Marion, 13 ans pour toujours, mardi dernier, les enseignants et administrateurs du collège ont tenu à donner leur version de l’histoire et aussi répondre aux questions des riverains, avant que tout ne refasse surface et qu’ils ne soient une « nouvelle fois montrés du doigt ». Une réunion qui a suscité beaucoup de curiosité, car la salle communale était pleine à craquer. Le Maire du village, Bernard Vera, a tenu à prendre la parole en premier annonçant que « la lutte contre le harcèlement scolaire est une nécessité  », mais qu’il ne comprend pas pourquoi celle-ci passe par la médiatisation du suicide de la jeune Marion alors « que l’on n’est pas sûr qu’il y en est véritablement eu ». Celui-ci ajoute qu’il veut « construire un autre avenir pour le collège, sans oublier pour autant ».

Par la suite c’est au « collectif Jean Monnet » de s’exprimer et enfin de dévoiler sa version de l’histoire, pour le moment, quasi-inexistante. Composé d’enseignants, de personnels ou encore d’élèves et anciens élèves du collège Jean Monnet de Briis-sous-Forges, il dénonce une « surmédiatisation » et une « instrumentalisation d’un fait dramatique pour les médias, ne montrant qu’un seul point de vue », allant même jusqu’au « harcèlement médiatique  » selon eux. Des mots forts qui ont pour but d’interpeller afin d’être entendu, même après de longues années de silence. Ainsi, les avis divergent, mais le verdict juridique n’étant pas encore tombé, l’histoire ne semble que commencer.

Une affaire qui suit toujours son cours

Suite à la mort de la fille, Nora Fraisse a porté plainte contre X afin de « punir les enfants qui ont harcelé Marion (…) en engageant des poursuites au nom de la sauvegarde de l’enfance  » dit-elle dans une lettre adressée au Président de la République citée dans son livre, ainsi que toutes les personnes ayant de près ou de loin participé à son suicide, accablant aussi les employés du collège. L’affaire est donc toujours à l’état « d’enquête préalable  », mais il n’y a eu pour le moment aucune mise en examen résultant de cette plainte. Celle-ci étant sous X, les membres du collectif et leur avocat n’ont pas accès au dossier et ne peuvent donc pas réellement en juger l’avancée. D’autre part, la première procédure pénale n’a pas donné suite, et le procès n’a toujours pas eu lieu, car repoussé plusieurs fois. De plus, une enquête administrative a été réalisée par l’Education nationale, relevant d’aucun constat mettant en cause le personnel de l’établissement. Tout reste pour le moment sans verdict définitif.

« Pourquoi n’avoir pas raconté votre version avant ?  », demande alors une dame venue assister à la réunion du collectif. Il est vrai que depuis maintenant trois ans et demi, tous les membres du collège n’ont pas dit un mot sur cette histoire jusqu’à maintenant. Ils se défendent en prônant leur « sens des responsabilités » et leur « posture de fonctionnaire » qui les empêche de parler, car ils ont un droit de réserve ou plutôt une « obligation de réserve », renseignent ces derniers. Voilà pourquoi ils ont préféré éviter de raconter leur version jusqu’à ce que l’affaire soit jugée. Cependant, face aux nombreuses insultes reçues ainsi qu’aux abondantes interventions médiatiques de Nora Fraisse, dont notamment le téléfilm, certains décident tout de même de s’exprimer. « Nous ne cherchons pas le combat, juste un petit moyen d’expression (…) afin de pouvoir faire le deuil », développe une professeure voulant aussi mettre en garde sur les conséquences de cette médiatisation, « l’impact du film peut être énorme pour les élèves concernés, cela peut créer un choc dont on ne peut pas mesurer l’impact ». Pour cela, des cellules de crise ont été mises en place dès le lendemain de la diffusion du téléfilm, dans les espaces où se situent les anciens élèves, mais aussi au sein du collège Jean Monnet.

Deux versions de l’histoire : une médiatisée et une autre qui peine à se faire entendre. Pourtant, les réactions sont multiples de part et d’autres, notamment sur les réseaux sociaux.

Outre la polémique, le téléfilm a eu un grand succès ; il atteint les 17,5 % de part d’audience, soit environ 4,1 millions de téléspectateurs. De quoi en sensibiliser plus d’un à propos du harcèlement scolaire.