L’intégration des personnes immigrées est un thème de plus en plus récurrent dans le paysage politique français. Mais comment s’intégrer lorsque l’on a aucune ou presque aucune maîtrise de la langue du pays ? Depuis 1977, l’association Alphabétisation Longjumeau offre à des adultes français ou étrangers des cours de Français afin de faciliter leur insertion dans la vie quotidienne ou professionnelle. D’une simple démarche en partenariat avec la ville de Chilly-Mazarin, elle est aujourd’hui devenue un organisme reconnu, qui travaille de concert avec de nombreuses agences telles que Pôle Emploi ou les Assedic. Zoom sur une association, qui, partie de seulement quelques « clients », manque aujourd’hui de personnel pour répondre à la demande.

D’une entraide de quartier à un centre d’insertion professionnelle

L’histoire d’Alphabétisation Longjumeau débute en janvier 1977. A cette époque, le réseau d’association Alpha est d’ores et déjà en plein développement, mais n’est pas encore implanté dans cette commune de l’Essonne. Au niveau du département, ses « filiales » se concentrent donc principalement à Chilly, où un petit groupe chargé d’une vingtaine de stagiaires (c’est le nom que l’on donne aux demandeurs de cours), opère au foyer Sonacotra. L’idée conquit, et de nombreuses personnes en difficulté d’alphabétisation s’inscrivent au programme. Seulement, très vite, l’association se retrouve débordée, à tel point que le seul groupe de Chilly a bien du mal à gérer les demandes.

C’est la qu’intervient pour la première fois ce que deviendra plus tard l’Association Alpha-Longjumeau. En effet, « à la même époque se développe un petit groupe de formateurs au sein de Longjumeau, sorte de succursale de l’association de Chilly-Mazarin » explique l’association. Quatre d’entre eux décident alors de venir en aide aux formateurs de Chilly. Côte à côte, les associations Alpha-Chilly et Alpha-Longjumeau construisent donc leurs fondations et font leurs premiers pas en matière d’alphabétisation. Un partenariat solide qui durera d’ailleurs pendant une dizaine d’année, avec toujours « l’idée de devenir un jour deux structures indépendantes » précise l’association. Une séparation qui se fera finalement lors d’une Assemblée Générale de mai 1980, décisive pour l’avenir d’Alpha Longjumeau.

Forte de sa nouvelle indépendance acquise, l’association Alpha-Longjumeau cherche alors une raison à sa démarche. Quelles sont les attentes des stagiaires ? Quelle doit être la finalité de ses cours ? Faut-il simplement leur apprendre le Français ou pousser la démarche plus loin ? Autant de questions qui débouchent sur une remise en question totale de l’association. « Pour la première fois naît l’idée de se rapprocher de partenaires sociaux professionnels afin de faciliter l’insertion professionnelle de nos stagiaires » explique l’association.

Pour ce faire, il faudra finalement attendre 1987 et la signature d’un contrat avec le GRETA de Massy. Organisme de formation des adultes de l’Education Nationale, ce dernier trouve en Alpha -Longjumeau le moyen de perfectionner la maîtrise du français de ses clients afin de faciliter leurs accès aux diplômes. En échange d’une subvention, le GRETA obtient ainsi le moyen d’envoyer un certain nombre de ses élèves aux cours de l’association. »Grâce à la subvention octroyée par la GRETA, nous sommes passés de 150h de cours en 1987 à 180h en septembre 1988 » explique l’association. Depuis cette signature, Alpha-Longjumeau n’a cessé d’étendre son influence sur le monde de l’insertion professionnelle, devenant presque une structure d’utilité publique. Outre le GRETA, elle compte donc aujourd’hui de nombreux autres contrats, notamment avec le Pôle Emploi, la FAS ou bien encore les ASSEDIC.

Des Alphas aux FLE, le panel de niveaux de l’association

Il est 20h ce lundi. Au fond de la rue Pierre et Marie Curie à Longjumeau, un petit groupe s’entasse à l’entrée du local de l’association. Au nombre d’une petite dizaine, ils sont venus assister à un cours de Français. Un schéma qui se reproduit quasiment chaque soir. Alors qu’à ses débuts l’association ne dispensait que deux cours d’une heure et demie par semaine, aujourd’hui plusieurs cours sont parfois donnés dans la même journée. « Chaque niveau propose deux séances de deux heures par semaine. Nous proposons également deux séances de deux heures d’oral le mardi et le vendredi matin. » explique l’association. Et si les heures de cours ont tant augmenté, c’est parce que le nombre de stagiaire a lui aussi connu une croissance impressionnante.

Au total, plus de 200 stagiaires suivent aujourd’hui les cours dispensés par l’Association Alpha-Longjumeau. Une nouvelle donne que l’organisation n’a pas voulu laisser influer sur la qualité de ses cours. Ainsi, dès leur inscription au programme, le stagiaires sont répartis en groupe de niveaux afin d’obtenir une formation la plus personnalisée possible. Il y les non-communicants, ceux qui n’ont absolument aucune maîtrise du français, les alphas, qui savent parler mais ne savent ni écrire ni lire, et enfin les FLE (Français Langue Etrangère), ou en d’autres termes les personnes immigrées, qui souhaitent apprendre la langue.

Pour déterminer le niveau d’un candidat, un test est systématiquement organisé lors de son inscription. Une démarche qui a pour but, à la fois de jauger la maîtrise de la langue, mais aussi le niveau d’intégration du sujet, en lui faisant reconnaître par exemple des lieux publics.  » Il est essentiel pour nous de pouvoir tester à minima les capacités de lecture et d’écriture même pour les personnes dont le niveau de français est nul ou proche de zéro » assure l’association. En effet, c’est de cette répartition de niveau que dépendra tout le programme de l’année. Car pour certains, Alpha Longjumeau, c’est surtout le moyen d’obtenir des diplômes et de passer des stades dans son statut de citoyen français.

« Pour pouvoir être naturalisé Français par exemple, il faut avoir le niveau B1. Un diplôme que l’on peut passer lorsque l’on est inscrit dans le groupe FLE » explique Loucif Lazri, formateur au sein de l’association. Que ce soit pour améliorer sa vie quotidienne ou bien pour faciliter son intégration, chacun a donc ses propres motivations en s’inscrivant aux cours d’Alpha-Longjumeau. Tous ont en revanche une ambition commune : celle d’améliorer leur maîtrise de la langue de Molière.

Grâce aux nombreuses subventions, l'association a pu améliorer le stock de livres de sa bibliothèque. (Alpha-Longjumeau)

Grâce aux nombreuses subventions, l’association a pu améliorer le stock de livres de sa bibliothèque. (© Alpha-Longjumeau)

Une association victime de son succès

Loucif a 23 ans. Il est formateur au sein de l’association Alpha-Longjumeau et y dispense des cours chaque lundi soir. « Je m’occupe des Alphas. Je leurs apprends à lire et à écrire » nous explique le jeune homme. Ce qui l’a séduit dans ce programme, c’est avant tout de pouvoir aider les autres, mais aussi de pouvoir accéder facilement au poste de formateur. Car comme la plupart des apprentis-enseignants de l’association, il n’a aucun diplôme particulier pour lui permettre d’exercer ce rôle, si ce n’est un bac littéraire.

Mais comment l’association forme-t-elle alors ses futurs profs ? En leur faisant passer des formations, parfois légères, mais qui semblent porter leurs fruits. Selon le rapport 2015/2016 de l’association, 25 étudiants ont en effet pu être présentés à des examens officiels grâce à cette méthode. « Nous donnons aux formateurs des conseils sur le déroulé des cours et des manuels à choisir. Nous leurs offrons également des cours sur la phonétique permettant de comprendre les obstacles à la communication en français. » explique l’association. Une formation qui va de pair avec le soutien d’une tutrice, exerçant au sein d’Alpha-Longjumeau depuis deux ans. « Pendant mes cours, je suis assez libre mais ma tutrice est toujours présente. Elle me reprend quand je dois corriger quelque chose et vérifie les cours que je dispense » explique Loucif.

Malgré la facilité d’accès au poste de formateur, l’association manque aujourd’hui de volontaires bénévoles. Victime de son succès, elle connait en effet une croissance importante du nombre de stagiaires, qui dépasse très nettement celle du nombre de formateurs disponibles. A tel point qu’Alpha-Longjumeau envisage d’ailleurs de clôturer les inscriptions pour cette année, contrairement à sa philosophie qui se veut ouverte à tous, n’importe quand.

Alors qu’elle ne connaissait qu’une centaine de stagiaires en 2007, l’association culmine en effet aujourd’hui à 200 stagiaires pour un nombre de formateurs qui lui, n’a que très peu évolué. Entre 2007 et 2016, seuls 16 formateurs se sont ainsi ajoutés au patrimoine de l’organisme, passant de 26 à 42. Afin d’inverser la tendance, Jean Lagarde, nouveau président de l’association depuis le mois de juin dernier, espère donc susciter l’intérêt de nombreux volontaires bénévoles pour continuer à faire vivre ce projet qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Alors si la solidarité et l’entraide sont des valeurs qui vous animent, vous pouvez toujours vous essayer au rôle de formateur d’Alpha-Longjumeau. Pour cela, il vous suffit de contacter le 01 64 48 92 40, ou bien d’envoyer un mail à alpha.longjumeau@laposte.net, en déclinant vos motivations. Qui sait, peut-être vous y découvrirez-vous une nouvelle vocation…