Avec quelques 1737 participants sur 2742 inscrits sur les listes électorales, la consultation des habitants de Forges-les-Bains organisée samedi a rencontré un certain succès. Plus de 63% de participation pour un « sondage » sans valeur juridique. Il s’agissait pour la mairie de Forges de consulter les habitants sur le projet de Centre d’accueil et d’orientation (CAO) de migrants annoncé en cette rentrée, qui n’en finit pas de faire réagir depuis.

Après l’inondation volontaire et l’incendie du site survenus début septembre (lire notre article – abonnés), démontrant un climat tendu au sujet de la venue de ce centre, une réunion plus qu’houleuse de présentation du projet avait dévoilé la vive défiance entre institutions et habitants vis-à-vis de ce projet (lire notre article). Dans ce contexte hostile, la commune a procédé à une consultation des habitants sur le projet.

Le résultat est sans appel, puisque 61% des Forgeois consultés, soit 1029 personnes, se déclarent opposés au centre d’accueil, « quel que soit le scénario ». Ils sont 190, soit 11,3% à avoir répondu être « favorable ‎à l’accueil de migrants sur la commune tel que défini dans le projet de l’Etat », et 466 autres (27,7%) à avoir opté pour la troisième option : favorable au centre d’accueil mais « sous condition que le projet soit revu ».

Ce résultat sans appel, bien que consultatif, ne fait pas les affaires des autorités, qui se donnent du mal pour tenter de faire accepter ce projet de CAO dans la commune de Forges-les-Bains.  Vendredi soir, c’est en préfecture que l’Etat convoquait une série de partenaires et personnes du monde associatif, avec des élus et parents d’élèves de Forges-les-Bains, pour faire un point sur l’avancée du dossier.

‎Nouvelle erreur de communication

Si la date d’ouverture précise n’est pas encore connue – on parle de fin octobre – la préfète Josiane Chevalier avec les responsables d’Emmaus solidarité (qui gérera le centre), les gendarmes et l’inspecteur académique, ainsi qu’une élue de Paris (à qui appartient les lieux), ont présenté le fonctionnement du centre, les mesures de sécurité prévues autour ainsi que pour l’école, avec le placement de deux « caméras tactiques », ainsi que les retours d’expérience d’autres centres d’accueil. Des bénévoles et le maire de Bonnelles (78) ont ainsi témoigné, tout comme des personnalités religieuses.

Pas sûr cependant que cette initiative, que le préfète n’a pas souhaité organisé dans la commune, suffise à faire accepter l’arrivée de ces 91 migrants sur place. Devant les autorités, les élus de Forges-les-Bains ont également manifesté leur malaise sur le chiffre de 191 migrants présent par erreur dans une délibération à voter par le conseil de Paris, ce qui a de nouveau envenimé les choses localement. « Dans ce contexte tendu, les mots sont importants, l’ordre du jour de la ville de Paris a fait le tour du village, ce genre de coquille peut coûter cher à nous, élus locaux » a souligné un élu de Forges devant les autorités. Une fausse information qui a par exemple été reprise par le Front national pour demander des explications à la préfète. Il parle maintenant de « respecter la voie des Forgeois qui se sont clairement exprimés contre l’accueil de clandestins ». « Je l’ai dit, je l’ai redit, ce nombre de 91 personnes est définitif, c’est le résultat de l’arbitrage que j’ai obtenu » indiquait vendredi soir Josiane Chevalier.

Pour Marie Lespert-Chabrier, la maire de Forges-les-Bains, l’heure est ainsi à la préparation de la venue des migrants, comme elle le confirmait vendredi soir : « Le sondage de samedi devait nous permettre de mieux connaître les différents avis et points de vue des habitants. Sur place, le malaise reste présent, on a monté des peurs en épingle, avec de fausses infos qui circulent notamment. Pour notre part on continue, j’ai l’espoir que quand ils arriveront, ça se passera bien. Ce sont des humains, et on l’a vu, à Bonnelles, ils ont réussi. Les Forgeois sont mobilisés, certains sont prêts à monter des associations, ça pourrait très bien se passer ». Au sujet de la méthode des autorités pour imposer sur place la création de ce centre, la maire préfère calmer la polémique : « c’est sûr que ça aurait pu mieux être expliqué. Et puis il y a eu de la récupération, ce qui a fait un climat anxiogène depuis ».