Sans jeu de mot, ils sont toujours debout. Ils, ce sont les militants et participants au mouvement Nuit debout, qui s’est constitué dans le sud-Essonne à partir d’avril dernier. Ces derniers ont réaménagé à leur manière le concept né Place de la République à Paris durant les mobilisations contre la loi El Khomri dite ‘Loi travail’. Des habitants de différentes communes du sud du département, citadins d’Etampes ou ruraux issus de villages des alentours, ont constitué une assemblée itinérante, baptisée ‘Nuit en Beauce’. Le premier rendez-vous a été donné à Pussay, commune située à la limite de l’Eure-et-Loir, puis s’est déplacé de semaine en semaine (les rencontres se font les vendredis soirs) sur les places de Saint-Escobille, Morigny-Champigny, Méréville ou encore Toury (45). Plusieurs rencontres se sont aussi déroulées à Etampes, comme devant la base de loisirs pendant la Foire et cet été, sur la place Saint-Gilles.

A côté des autres assemblées Nuit Debout qui avaient été créées en Essonne (lire notre articleabonnés), à Evry, Massy, et Draveil, seule subsiste en cette rentrée l’initiative Nuit debout du sud-Essonne. Militants comme citoyens se retrouvent chaque vendredi soir sur une place différente, pour échanger sur les sujets d’actualité et tenter de construire un mouvement au croisement des luttes. Un noyau de 20 à 30 personnes participe régulièrement à ces rencontres. A un rythme moindre, les assemblées se sont même poursuivies cet été. Elles ont continué durant tout le mois de septembre. « C’est intéressant de maintenir cet espace de rencontre entre différentes personnes, ça promet de continuer le partage d’expérience » souligne un militant étampois, participant régulier des assemblées.

La tournée de Nuit debout en Beauce se poursuit donc, et une nouvelle assemblée a lieu ce vendredi soir sur la place Saint-Gilles d’Etampes à partir de 20h30. Samedi denier, le collectif s’est invité au village associatif et artisanal du festival Au Sud du Nord, proposant une pièce de théâtre, le « Procés Monsanto contre producteurs en consommateurs bio », ainsi qu’une assemblée ouverte à tous. Cette rencontre a été l’occasion d’échanger sur plusieurs débats nationaux voire internationaux, comme les négociations des accords Tafta ou l’exploitation des gaz de schiste, et de débattre sur des thématiques du territoire telles que la reconversion de la Base aérienne 217 qui comprend un projet de maraîchage.

Implication à Guinette

Ces dernières semaines, les partages d’expérience du début ont laissé place à plusieurs orientations de travail, avec un point collectif réalisé lors de l’assemblée hebdomadaire. Parmi les dossiers suivis par le collectif sud-essonnien, celui de la rénovation du quartier de Guinette à Etampes mobilise les énergies depuis l’été. Une rencontre entre des membres de Nuit debout et l’association des locataires de l’Opievoy s’est déroulée au mois d’août, ouvrant un chantier possible dans l’objectif de « convergence des luttes » voulu par l’assemblée. L’organisme HLM fait actuellement l’objet de beaucoup d’attentions, puisqu’il doit être dissous d’ici la fin de l’année (lire notre dossier), ce qui n’est pas sans inquiéter les milliers de locataires essonniens, dont les 841 recensés à Etampes. « On a eu un contact, et un dialogue avec les locataires, ils sont très préoccupés par la dissolution de l’Opievoy. Le risque lors du rachat de ce patrimoine, c’est que les loyers augmentent en parallèle avec les charges » détaille ainsi un membre de Nuit debout en Beauce lors de l’assemblée du 29 juillet.

Une rencontre estivale au cours de laquelle les participants se sont accordés sur leur volonté d’accompagner les locataires dans leur combat pour leurs conditions de logement, soulevant par la même les problèmes constatés dans un quartier comme Guinette. « Il y a beaucoup d’isolement dans certains immeubles, des personnes du même pallier ne se parlent pas » décrit une participante, tandis qu’un autre regrette que « les polices de proximité ont été liquidées ». La municipalité en prend aussi pour son grade chez ses militants : « il y a des trafics au vu et su de tous, il y a même des caméras vidéo, mais cela ne change rien. Certains bâtiments ont été incendiés, alors la mairie, en représailles a sucré toutes les activités ». « J’ai grandi à la Croix de Vernaille, c’etait pas facile » indique une autre participante, ouvrant un débat sur les quartiers populaires et la manière de les impliquer dans un mouvement comme Nuit debout.

La question de la communication est centrale pour les participants à ces assemblées, et plusieurs fois, les débats reviennent sur les moyens d’échanges entre participants et la méthode pour toucher plus largement dans la population. Un wiki est ainsi tenu à jour, dans lequel se trouvent les comptes-rendus de réunions, les commissions de travail ainsi que les prochains rendez-vous. Nuit debout en Beauce s’est aussi doté d’une page Facebook, qui publie les dates des prochains événements. « Nous devons miser sur l’éducation populaire, et toucher ceux qui n’ont pas accès aux infos » développe un militant lors de l’assemblée estivale. On lui répond dans l’assistance : « il faut laisser le temps au temps, c’est un mouvement qui est en train de murir ».

« Partir de l’existant »

Deux semaines après, le 12 août, une nouvelle assemblée permettant de faire un point d’étape se déroule, toujours sur la place Saint-Gilles. Au milieu de la vingtaine de personnes présentes, une fonctionnaire des RG assiste à l’ouverture de la séance, mais s’en va bientôt, non sans lancer aux participants : « bonne soirée, à dans deux semaines, ou bien ça sera un collègue ». Les débats peuvent s’ouvrir sur les dernières informations quant aux rencontres avec les locataires de Guinette. La délégation qui a visité l’amicale des locataires livre son sentiment : « nous avons rencontré le président de l’amicale, la dissolution de l’Opievoy pose de sérieux problèmes pour les locataires, il y a un risque d’inflation des loyers réel. De plus le Contrat de ville 2020 prévoit la destruction des bâtiments A, B C et D, alors que l’association demande leur réhabilitation ».

La possibilité d’organiser une prochaine Nuit debout au sein de Guinette est évoquée, « cela se prépare » jugent plusieurs participants, « c’est sûr qu’il ne faut pas débarquer comme ça, façon parachuté ». D’autres témoignages relèvent la vestusté de nombreux appartements : « la tuyauterie de Guinette date de 64, celle de Vallée Colin de 69, ça n’a jamais été rénové ». Finalement, tous s’accordent à ce que Nuit debout en Beauce « s’agrège aux problèmes de Guinette », en se promettant d’aider les locataires pour chercher des informations, voire mener une lutte si ceux-ci l’estiment nécessaire. « Le problème du logement, ça fait partie du problème démocratique, ça correspond donc à l’idée de Nuit debout, partir de l’existant pour tenter de résoudre les problèmes » résume ainsi une militante.