C’est certainement l’un des lieux les plus caractéristiques de la Ville nouvelle d’Evry. Pensée à partir de rien comme une ville fonctionnelle, dotée de services et devant rapprocher l’emploi de l’habitat, la ville sortie de terre dans les années 70 est construite autour d’un quartier central, Evry-centre, qui se partagerait entre différentes zones dédiées au pouvoir (cité administrative), l’éducation (Iut, écoles, universités), les commerces (Evry 2) et la vie culturelle. L’Agora est née. Autour d’une place centrale piétonne et abritée se regrouperont une salle de spectacle : les Arènes, la bibliothèque principale, des cinémas, et surtout, le théâtre.

Sa localisation, à deux pas de l’entrée du centre commercial et sans accès direct à la route lui donne un caractère singulier, tout comme sa présence dans une ville où la question de l’accès à la culture se pose dans des quartiers aux populations changeantes et en proie à des difficultés. Le théâtre de l’Agora est à la fois un théâtre de banlieue, un théâtre de Ville nouvelle, mais aussi et surtout un lieu de diffusion possédant le label ‘scène nationale’, où se mêlent spectacles classiques et tous publics, ainsi que des créations contemporaines et des hors-les-murs. En cette rentrée, le théâtre de l’Agora fête ses 40 ans. Une exposition est visible à l’intérieur du lieu ainsi que dans la galerie ouverte vers l’extérieur, elle était inaugurée vendredi dernier à l’occasion du lancement du festival Villes & Toiles (lire notre article).

La série de clichés (exposés jusqu’au 12 novembre) livre un large aperçu des spectacles marquant ces décennies, avec l’oeil de spectateurs, et montre également la vie « derrière le rideau » d’un lieu culturel de ce genre, ainsi que son évolution. Vêtements et looks permettent de situer à peu près les périodes, mais aussi l’architecture des lieux, qui a évolué à plusieurs reprises, notamment dans les années 80. Le théâtre de l’Agora, son parvis et le complexe de l’Agora avaient une toute autre configuration à leur origine. Réunis par le commissaire de l’exposition et artiste évryen Franck Senaud, plusieurs anciens directeurs du théâtre de l’Agora ainsi que des personnes qui ont marqué les lieux ont partagé leur expérience et anecdotes vendredi dernier à la suite du vernissage de l’exposition.

« Le mur se soulevait et l’on voyait la scène »

Directeur historique de la première scène nationale (1985–2001), Bernard Castera raconte un épisode devenu célèbre durant les gros travaux de la période 1988 : « Pierre Desproges venait jouer, mais il avait failli ne pas jouer, on l’attendait à l’entrée du parking mais lui était garé ailleurs et attendait dans sa voiture, on l’avait finalement retrouvé, mais à 5 minutes près il repartait ». Cette problématique de l’accès au lieu semble avoir marqué des générations d’opérateurs du théâtre. « Le théâtre est incrusté dans le centre commercial, on fait donc avec » résume Hélène Laverge, directrice de 2001 à 2006. A l’origine conçu comme un hexagone, le théâtre de l’Agora était ouvert sur la place attenante, et l’on pouvait parfois même en passant apercevoir les répétitions des artistes, « c’était formidable, le mur se soulevait et l’on voyait la scène » se remémore Bernard Castera.

Les spécificités urbanistiques des lieux, qui ont évolué car « cela ne tenait pas dans la pratique de la ville » selon lui, ont conduit les directeurs successifs à s’adapter à leur environnement. Monica Guillouet-Gélys, directrice de 2006 à 2012, raconte qu’elle utilisait les vitrines pour y exposer des oeuvres, « ça ne fait pas un rapport direct avec le public, mais ça créé quelquechose ». La question de l’ouverture des lieux aux différents publics et quartiers d’Evry et des alentours, est d’ailleurs une condition nécéssaire pour que le théâtre remplisse pleinement son rôle d’acteur dans la vie de la ville. Ce que chacun reconnaît, à l’image d’Abbi Patrix, célèbre conteur qui a effectué une résidence aux Pyramides en 1999 : « on a collecté des photos et des histoires d’habitants, puis on en a fait un spectacle, cette question de la relation aux habitants est centrale ».

Pour l’actuel directeur Christophe Blandin-Estournet, « le théâtre doit être aussi bien un lieu d’exception qu’un lieu commun, qui soit banal dans la vie des gens, qu’ils le fréquentent ». D’où l’idée l’an dernier d’avoir accueilli une troupe de clowns qui se sont invités dans la vie de familles évryennes, ou encore de mettre à l’honneur des créations d’enfants pour participer à la rénovation du secteur des Miroirs (lire notre article). Un travail de médiation au long court nécessaire au théâtre pour continuer à renouveler ses publics et ses actions.

L'artiste Franck Senaud (à l'écharpe) présente le plus grand dessin réalisé d'Evry - 3m/6, exposé au théâtre de l'Agora

L’artiste Franck Senaud (à l’écharpe) présente le plus grand dessin réalisé d’Evry – 3m/6, exposé au théâtre (JM/EI)