Le projet d’envergure qui va transformer en profondeur le secteur Place de France, ne cesse de faire parler de lui. « Je n’appellerais même plus ça Place de France, je me sens étrangère », bougonne Jeanine, habitante du quartier depuis 1981. Fini le parking désordonné, place désormais à un parking sous-terrain de plus de 300 places, à au moins autant de nouveaux logements, et à une cinquantaine de nouveaux commerces. « Je suis content que ça bouge. Il y a du mouvement, du changement. Ça donne envie. On a tous besoin de croire en des projets », lançait alors Nicolas Samsoen, 1er adjoint au maire le jour de l’inauguration.

Oui, mais…

Une satisfaction pour la municipalité après trois ans de travaux, et une refonte quasi-totale de cette place mythique qui abritait alors le premier centre commercial extérieur d’Europe. Depuis, la Place de France en a vu passer du commerçant et du client. Sa fréquentation s’est démultipliée, la confusion s’y est quelque peu installée. « Le centre commercial en lui-même avait besoin d’être dépoussiéré », concède Hella Kribi-Romdhane, conseillère d’opposition « Nouveau souffle pour Massy ». « Mais la manière ne répond ni aux besoins, ni aux attentes des habitants », poursuit-elle.

Mami, commerçant depuis 18 ans sur la Place, craint la suite des événements. « C’est catastrophique pour tout le monde. Il y a des commerces qui vont fermer. Il y a plus de 60 foyers qui se nourrissaient uniquement de la Place de France. Ils ne pensent qu’à leur ventre », peste ce dernier. Dans les mois à venir, plusieurs commerces vont en effet fermer leurs portes, pour d’autres, l’aventure est déjà terminée. Délocalisations et dédommagements sont mis en place, difficile de croire cependant que tout le monde y trouvera son compte. « Le centre commercial, on ne peut pas dire qu’il allait bien. Que certaines personnes ne soient pas contentes, je le comprends, on n’est jamais contents d’être délogés. Mais je n’ai pas eu de protestations massives », assure Nicolas Samsoen, alors que l’opposition susurre que certains commerçants ne sont pas dédommagés à hauteur de leur bien.

Le stationnement bientôt payant aux abords de la Place de France (GD/EI)

Le stationnement bientôt payant aux abords de la Place de France (GD/EI)

« No parking, no business »

Les nouveaux commerces, eux, ne sont guère encore installés. Les habitants se questionnent plus que jamais sur leurs futurs enseignes, l’opposition aussi. « On n’a aucune assurance sur la nature des commerces. On ne sait pas si l’offre sera diversifiée. On aimerait un plan d’implantation des commerces, pour l’instant il n’y a que des rumeurs », regrette Hella Kribi-Romdhane. En ce qui concerne les logements, là aussi des questions se posent. Les nouveaux appartements qui découlent des deux immeubles sortis de terre doivent être livrés début 2017 et marqueront assurément un certain clivage avec les logements situés aux alentours. « Vu comme c’était avant, ça a l’air mieux. Mais ça fait bizarre avec les autres bâtiments, les budgets seront différents », reconnaît alors un jeune couple, résident à Massy depuis 3 ans. Selon l’opposition, quelques 2000 foyers seraient en attente de logements sociaux et n’y trouveraient donc pas leur compte.

Autre sujet houleux, celui des parkings. La ville prévoit un stationnement payant aux alentours de « l’îlot commercial », la rue des Canadiens et l’avenue Saint-Marc, aussi bien pour les clients, que pour les commerçants et les habitants. « No parking, no business », scandait Vincent Delahaye ce samedi 17 septembre. « Il n’y a pas de généralisation du stationnement payant sur la ville de Massy. Il y a simplement la volonté de faire vivre le commerce dans ce quartier ». Un système de paiement destiné à « favoriser la rotation, et donc, le commerce » pour ces 266 places de surfaces situées au plus proche d’équipements tels la sécurité sociale, l’hôpital Jacques Cartier ou encore la Maison de l’emploi. Un nouveau parking souterrain de 360 places entre également en fonction, à destination première des spectateurs de l’opéra. Ceux-ci bénéficieront de réductions les soirs de spectacle. Situé sous le parvis principal, il sera géré par la société Effia.

Il n’empêche que pour stationner, les habitants du quartier devront désormais ajouter à leurs charges mensuelles, le prix d’un abonnement parking. Les visiteurs, eux, devront payer 20 euros à partir de 2h15 de stationnement, et ce, dès le 1er octobre. Un constat affligeant, notamment pour Jeanine, sans voiture, mais qui fait preuve de compassion à l’égard des automobilistes. « J’ai un kiné qui travaille à l’hôpital, je trouve ça lamentable de devoir payer pour travailler », déclare-t-elle. Pour tenter de parer cette nouveauté, l’opposition a récemment lancé une pétition. Ses quelques 700 signataires sont déjà parvenus à faire passer le stationnement gratuit de 15, à 30 minutes, ainsi qu’à annuler le stationnement payant sur l’Avenue de France. D’autres quartiers seraient à priori menacés, le bras de fer ne fait que commencer.