Souvenez-vous : il y a un an, nous évoquions sur Essonne Info l’arrivée de migrants sur le centre de la Croix-Rouge de Champcueil, près de l’hôpital Georges Clémenceau. Le 23 octobre dernier, 130 hommes adultes, en volonté de demande d’asile, ont ainsi été installés dans l’ancienne maison d’accueil spécialisée (MAS) de la Briancière, qui jouxte l’hôpital Georges-Clémenceau. Sur ce site toujours géré par la Croix-Rouge, rien n’a réellement changé si ce n’est les pensionnaires, qui vont et qui viennent selon les démantèlements de camps parisiens et les régularisations qui se font au compte-goutte. Car l’objectif des hommes accueillis à Champcueil (ce quelque soient leurs origines, qui sont diverses -Niger, Libye, Somalie…) reste le même : obtenir leur demande d’asile et régulariser leur situation, avec à la clé logement et emploi ou bien formation. Si tout n’est pas parfait dans ce que les pensionnaires appellent encore « le refuge », la situation semble s’être améliorée et, en un an, une forme de routine s’est installée.

« C’est comme si les habitants mettaient un voile devant leurs yeux pour ne pas nous voir »

Comment se passe le quotidien pour les pensionnaires du centre ? « La journée, ils vont faire leurs démarches à Évry ou à Paris », explique ce salarié de la Croix-Rouge. Un de ses collègues rajoute : « Nous avons demandé à pouvoir utiliser le terrain de foot. Nous avons celui de Chevannes, deux heures par semaine le dimanche. » Quant aux relations avec les Champcueillois, qui étaient bien mal parties il y a un an (les habitants n’avaient pas hésité à manifester avec force leur mécontentement à l’annonce de l’arrivée de migrants dans leur ville), semblent – sans s’être réchauffées – être bien moins houleuses. « En fait, les habitants d’ici ne nous parlent pas, lance un pensionnaire. C’est comme s’ils mettaient un voile devant leurs yeux pour ne pas nous voir. »

« Le centre est un peu excentré, et les habitants d’ici ont leurs habitudes. Le soir, ils rentrent chez eux. Les migrants aussi, explique quant à elle Martine Hivert, la maire de Champcueil. Par rapport à l’année dernière, l’élue assure que les tensions sont retombées: « Ce qui est nouveau fait peur. Mais aujourd’hui, tout se passe très bien ».

130 migrants ont été transférés à Champcueil le 23 octobre dernier. (JL/EI)

130 migrants ont été transférés à Champcueil le 23 octobre dernier. (JL/EI)

Dans ce centre d’une capacité de 150 places, se trouvent en ce moment 107 pensionnaires. Une soixantaine d’entre eux sont arrivés l’année dernière. Parmi eux, certains ont eu leur demande d’asile et sont partis à Caen ou à Lille où ils ont pu être logés. Ce qui n’est pas le cas d’Ayoub, encore hébergé à la Briancière, que nous avions rencontré l’année dernière. Il est l’un des « anciens », arrivés dès l’ouverture du centre aux migrants. Ce Soudanais de 26 ans, qui était étudiant lorsqu’il a quitté son pays rongé par la guerre, a pu bénéficier de nombreuses heures de formation et de quelques cours de français – même si « pas assez », selon lui. Il nous informe ce jour-là avec un grand sourire qu’il a reçu ses papiers et qu’il attend une réponse pour un appartement. Quant à cette année passée à Champcueil, il en est content malgré les difficultés de transport, qui persistent. « Ma vie a beaucoup changé, en mieux. C’était une bonne année malgré les difficultés », exprime-t-il.

Les derniers arrivés, eux, viennent pour la plupart de camps de fortune démantelés à Paris, comme celui de la Porte de la Chapelle.

C’est le cas de Ismail*, entre autres. Transféré en Essonne après avoir vécu dans la rue, Porte de la Chapelle à Paris, il est arrivé à Champcueil il y a 25 jours. « J’ai quitté le Soudan à cause de la guerre en mai 2015, raconte-t-il dans sa langue maternelle. Cela fait deux mois que je suis en France. Durant mon parcours, il y a des jours où je n’avais pas à manger, ni de lit, ni de douche, ni de laverie. Ici, j’ai tout ça, c’est très important pour moi d’avoir eu cette chance. Un travailleur social s’occupe de moi. » En attendant que sa situation se débloque, Ismail multiplie les démarches administratives et prend des cours de français. « Je suis déjà allé en Préfecture d’Évry, où l’on m’a pris mes empreintes pour faire des documents. Maintenant, j’attends mes papiers afin que je puisse m’inscrire à Pôle Emploi. »

(*) Le prénom a été changé.

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