2016 devait être une année blanche en termes de votes. Pourtant, après les régionales en décembre dernier et la présidentielle au printemps prochain, les électeurs de Montgeron seront de nouveau attendus dans les bureaux de vote de la ville ce dimanche 18 septembre. Cette fois-ci, il ne sera pas question d’élire quelqu’un, mais de répondre à une question en prenant part à un référendum local. Sur quel sujet porte cette consultation ? Sur des questions d’urbanisme. En effet, après avoir présenté un premier projet de plan local d’urbanisme, plus couramment appelé PLU, en décembre dernier, la commune de Montgeron s’est vue remettre un avis défavorable par le préfet de l’Essonne. Comme principaux motifs, le préfet de l’époque, Bernard Schmeltz notait dans ses conclusions que le PLU de Montgeron apportait « des garanties insuffisantes sur la réponse aux besoins de la population en matière de logement », mais aussi en matière « de densification au respect des exigences du SDRIF », comprenez le schéma directeur de la région IDF. « On s’y attendait un peu, avoue à demi-mots Sylvie Carillon, maire de la commune. Mais il est important que Montgeron puisse préserver son identité. Nous devons nous battre pour ça ».

Ainsi, avant de voter définitivement le PLU en octobre prochain, la municipalité a choisi de consulter la population à ce sujet par le biais d’un référendum. Une démarche qui pourrait jouer un rôle important dans la prise de décision finale.

Le référendum : un coup de force politique ?

« Par délibération du 10 décembre 2015, le conseil municipal a arrêté le projet de Plan Local d’Urbanisme (PLU). Ce projet a fait l’objet d’un avis défavorable de la part du représentant de l’Etat aux motifs qu’il n’était pas suffisamment ambitieux en termes de production de logements et d’urbanisation. La ville, estimant que Montgeron doit conserver sa taille humaine, et afin d’éviter l’engorgement des axes routiers et ferroviaires, entend conserver son projet de PLU. Approuvez-vous la position de la Ville pour protéger Montgeron ? ».

Voici donc l’intitulé complet de la question posée aux Montgeronnais. « C’est important que tous les Montgeronnais se mobilisent sur cette question. Il faut envoyer des messages clairs à l’Etat. On n’a pas envie de se faire imposer une politique là-dessus », ajoute la maire. Ainsi, par ce référendum, la municipalité cherche à conforter sa décision auprès de la population pour pouvoir envisager de passer outre l’avis négatif de la Préfecture. « Il faut souligner que l’avis du préfet n’est que consultatif », indique François Durovray, le président du Conseil départemental et ancien maire de Montgeron. Mais qu’en est-il de la valeur juridique de ce référendum ? « Ce n’est qu’un avis consultatif de plus, commente Christophe Joseph (MRC), conseiller municipal d’opposition. De plus, la participation ne devrait pas dépasser les 50% sur un référendum de ce genre », fait remarquer l’élu quant à la valeur de sa légitimité. En effet, les référendums locaux dépassent rarement la barre mythique des 50% de participation. Dernièrement, le référendum local organisé par la ville voisine de Draveil contre la nouvelle agglo avait fait déplacer à peine plus de 20% des inscrits. Pour trouver un référendum très suivi, il faut aller du côté de Notre-Dame-des-Landes qui avait fait le score de 51% de participation. « Nous ne bénéficions pas de la même couverture médiatique. Il sera difficile de dépasser cette barre », annonce un François Durovray réaliste. « Si nous atteignons entre 15 et 20%, ce serait déjà un bon chiffre, complète Sylvie Carillon. Concernant sa valeur, il s’agira quand même de la réponse d’une partie de la population. Démocratiquement, ce sera compliqué pour la préfecture d’aller contre l’avis de la population », continue la maire.

Hostiles à ce processus engagé par la majorité, les différents groupes de la minorité y voit « un coup de force politique » contre l’Etat. Et un coup de force plutôt coûteux selon Christophe Joseph. « L’organisation d’un vote comme celui-ci, c’est 80 000 euros ». Une estimation partagée par Martine Boulay, ancienne adjointe de Sylvie Carillon, qui s’est vue retirer ses délégations en début d’année. « Il faut payer les papiers, les courriers, le personnel du service administratif en charge de ça. C’est une grosse enveloppe », confirme-t-elle.

Face à ces interrogations, la maire clarifie la situation. « Cela va coûter aux alentours de 20 000 euros. Mais il faut savoir que cela a été financé en partie par les élus eux-mêmes et par des dons. Il fallait le faire, car ce PLU impactera notre ville pour les 20 ans à venir, voire plus », assume Sylvie Carillon.

L’esprit d’une « ville à taille humaine » préservé ?

« Quand le dernier PLU est passé en 2013 par l’ancienne majorité, on a eu un déferlement des promoteurs sur la ville. Il faut que cela cesse. C’est dans ce sens que nous avons présenté un projet plus protecteur », explique la maire de Montgeron. En plus de contrôler la densification, le projet imaginé en décembre limite notamment la hauteur maximale des immeubles à treize mètres sur l’avenue de la République, la plus grosse artère de la ville, contre 18 mètres aujourd’hui. Autre point porté par ce PLU, si la densification est contrôlée, la circulation dans Montgeron ne sera pas forcément impactée. « C’est conforme à nos engagements de campagne, reprend la maire. C’est en partie ce sur quoi nous avons été élus ».

Dans l’ensemble, ces points ont pu être partagés par différents membres de l’opposition, comme cela a pu être le cas de Patrice Cros. « A l’époque, nous avions voté pour le PLU proposé par Madame Carillon. Tout simplement parce que celui-ci était moins permissif et que nous ne voulions plus de l’autre, affirme-t-il. Toutefois, il était impossible pour nous de l’appliquer en l’état. Il aurait été question de lui apporter des amendements ». Ainsi, neuf mois plus tard, celui-ci n’a pas changé son discours. « Le Préfet a besoin de précisions sur ce PLU. Mais nous aussi. Il reste beaucoup de zones d’ombre sur certains quartiers de la ville. On ne sait pas ce qu’ils vont y faire. Dans l’état, c’est un plan qui manque de cohérence. Il n’y a pas de vision d’ensemble, regrette ce dernier. La vraie question à laquelle on n’a pas encore de réponse, c’est où est-ce qu’on construit ? ». Des propos relayés par l’aile gauche de l’opposition. « On a à faire à des bricoleurs, peste Christophe Joseph. Ce PLU ne protège pas la ville, mais il protège la majorité ».

Pour sa part, la majorité tient à préciser que depuis son arrivée au pouvoir en mars 2014, elle a « stoppé la construction de près de 600 logements sur la ville, le tout sans engager de frais pour la commune », affirme Sylvie Carillon. Concernant le PLU, celle-ci confirme qu’il a été « pensé avec les Montgeronnais » dans le cadre des conseils de quartier.

Et après ?

Des arguments qui ne suffisent pas à convaincre la minorité. Ainsi, les différents groupes d’opposition appellent tous au boycott pur et simple du référendum. Car pour eux, la question posée aux habitants est biaisée. « La question posée, simpliste est réductrice, induit nécessairement la réponse : qui ne voudrait pas protéger Montgeron ? Quelle insulte pour les Montgeronnais ! Boycottons ce référendum trompeur ! », s’emporte la socialiste Aude Bristot. « Personne ne veut voir de grands immeubles dans sa ville, donc forcément, ce référendum tournera très certainement en plébiscite pour ce PLU, constate Patrice Cros. L’important n’est pas là, il est dans son application. Et pour l’instant, nous ne savons pas trop où nous allons, d’autant plus que les conclusions de l’enquête publique à ce sujet ne sont toujours pas connues ». Car oui, une enquête publique avait été organisée durant l’été. Le commissaire enquêteur devait remettre ses conclusions le 4 août dernier. Or, alors que le référendum se profile ce dimanche, les conclusions sont toujours manquantes. « Pourquoi les conclusions ne sont pas connues avant la tenue du référendum ? », questionne Aude Bristot. « Le commissaire enquêteur a fait comprendre qu’il avait besoin de temps pour les rendre. Mais nous sommes en contact avec lui, et nous avons fait des propositions pour amender le PLU en nous appuyant sur les propositions soumises par ceux qui ont contribué lors de cette enquête », rassure la maire Sylvie Carillon.

Ainsi, peu de doutes subsistent sur le résultat de ce référendum qui devrait valider la direction prise par la majorité. Ce PLU, dont les amendements ne sont pas encore connus, devrait être voté par le conseil municipal en octobre. « Reste maintenant à savoir si la préfète acceptera notre PLU. Car il est possible qu’elle attaque la commune au Tribunal administratif à ce propos, nous demandant la confection d’un nouveau PLU », s’inquiète Patrice Cros. La balle sera dans le camp de la préfète qui aura alors deux mois pour approuver ou attaquer ce plan.