Roi ou pays : A qui nos représentants doivent-ils leur allégeance ?

Bien qu’il ait adopté une approche de laissez-faire à l’égard des rouages internes de sa province, il semble que le premier ministre Justin Trudeau se soit vu forcer la main sur une question constitutionnelle. Dans son style typique, il a fourni deux réponses différentes en autant de jours, dont aucune ne démontre une acuité constitutionnelle particulière de la part de notre chef de l’exécutif.

L’enjeu est le serment d’allégeance que les représentants législatifs prêtent au chef d’État du Canada, le roi Charles III (la convention et les guides de style journalistique au Canada dictent que je dois moi aussi participer au langage de l’oppression et du colonialisme en le désignant par son titre). Quatorze membres de l’Assemblée nationale du Québec ont décidé de ne pas lui prêter allégeance, et la question est de savoir s’ils peuvent légalement faire leur travail.

Selon la Constitution, ils doivent le faire.

Mais les Canadiens ont aussi la liberté de conscience, ainsi que le droit de servir comme représentant au niveau fédéral ou provincial. Ce sont là des droits et des libertés fondamentaux garantis à tous les Canadiens dans la toute première partie de la Constitution.

Selon Emmett Macfarlane, professeur de sciences politiques à l’Université de Waterloo, aucune partie de la Constitution ne peut avoir préséance sur une autre partie, de sorte que les droits fondamentaux garantis par la Charte – que la plupart d’entre nous connaissent bien – ne peuvent avoir préséance sur l’exigence constitutionnelle relative au serment énoncée à l’article 128 de la Loi constitutionnelle de 1867.

Lire aussi:  Les Alouettes rebondissent grâce à une première mi-temps impressionnante et remportent une victoire de 31-10 sur les Lions.

Que le public canadien soit conscient de cela ou qu’il soit d’accord avec cela est une question de débat que nous n’avons pas vraiment, principalement parce que ceux qui sont au pouvoir considèrent les discussions sur la réforme – même sur quelque chose d’aussi anodin qu’un serment – comme une menace.

La semaine dernière, M. Trudeau a déclaré que le Québec est libre d’éliminer l’obligation de prêter serment s’il le souhaite, et qu’il refuse catégoriquement d’envisager de « rouvrir » la Constitution, ajoutant qu’il n’y a « pas un seul Québécois » qui le souhaite.

Un sondage Léger du 20 juin 2022 a révélé que près des trois quarts des Québécois s’opposaient au Serment d’allégeance. Et ce ne sont pas seulement les Québécois qui pensent ainsi : 56 % de l’ensemble des répondants n’étaient pas d’accord avec le serment d’allégeance.

Personne ne sait combien de temps encore le Canada pourra continuer à fonctionner dans une situation de contradiction constante. Le fait que nous soyons parvenus jusqu’ici ne doit pas être interprété comme une preuve que le pays fonctionne normalement.

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec Solidaire et l’un de ceux qui protestent contre cette exigence, a qualifié le serment de « colonial, archaïque et démodé ». J’irais un peu plus loin en affirmant que la monarchie et la démocratie sont fondamentalement et irréconciliablement opposées, et que la monarchie – même sous une forme limitée – est immorale et injuste. Personne ne devrait avoir le droit de régner inconditionnellement sur un peuple en vertu de sa naissance, tout comme personne dans une société ostensiblement démocratique ne devrait être obligé de prêter allégeance à une personne qui représente l’antithèse de la démocratie.

Lire aussi:  Duhaime et Poilievre : Le nouveau duo dynamique conservateur du Québec

Mes convictions sont loin d’être radicales : un sondage Ipsos réalisé peu après la mort de la reine Elizabeth II a révélé que près de 60 % des Canadiens seraient favorables à un référendum sur le maintien de la monarchie. Étant donné que des chiffres inférieurs à ceux-là permettent d’élire des gouvernements majoritaires, il est un peu étrange de constater à quel point l’establishment politique nous dit souvent que les Canadiens ne veulent pas de réforme démocratique.

L’élite politique utilise souvent les négociations constitutionnelles comme un épouvantail pour effrayer ceux qui proposent ou envisagent une réforme. Trudeau n’inspire pas confiance lorsqu’il parle des deux côtés de la bouche sur des questions constitutionnelles, particulièrement lorsqu’il évoque les spectres du lac Meech en réponse à la question de savoir si les 14 membres des troisième et quatrième partis du Québec prêteront serment à un monarque étranger. Cela ne suggère guère que le Canada est une démocratie robuste.

Curieux aussi, étant donné que la Constitution et la Charte de 1982 sont des choses dont tous les Canadiens sont fiers, et qu’elles ont été le produit d’intenses négociations en réponse au désir de changement progressif de la population. On pourrait penser qu’un Trudeau apprécierait cela.

A propos de Fleury 3695 Articles
Auteure sur EssonneInfo

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*