« Tout n’a pas été rose dans les autres agglos autour de nous, mais aucune d’entre elles n’a connu une telle crise ». Par ces mots, François Durovray tirait un bien triste bilan pour les six premiers mois d’existence de la nouvelle agglo issue de la fusion entre la communauté d’agglomération du Val de Seine (CASVS) et celle du Val d’Yerres (CAVY). En effet, la communauté d’agglomération du Val d’Yerres Val de Seine (CAVYVS), c’est son nom, a connu des premiers mois de vie bien difficiles. Pire encore, cela ne semble pas prêt de s’arrêter. Après une série de recours pour faire ajourner cette fusion, une majorité qui se déchire autour de la question si importante de son protocole financier, voilà maintenant que les différents protagonistes s’écharpent à propos de la collecte des déchets, sans pouvoir trouver de solution à l’amiable. Un fait qui peut s’avérer être un prétexte qui permet aussi à deux élus de l’agglo de pouvoir régler leur compte sur la place publique.

 

Ça coince à propos de la collecte des déchets

 

Au premier janvier dernier, outre la création de la nouvelle CAVYVS, les habitants de l’ex-CASVS ont dû changer leurs habitudes concernant la collecte des ordures. « L’ancienne CASVS a choisi de diminuer sa fréquence en achetant des bacs plus grands », rappelle alors Sylvie Carillon, vice-présidente en charge de l’environnement à la nouvelle agglo. Un mode de fonctionnement qui change le quotidien de Montgeron, Draveil et Vigneux-sur-Seine. En effet, les ordures ménagères ne sont relevées plus qu’une fois par semaine, alors que deux collectes étaient faites auparavant. Idem pour les emballages et produits recyclables qui passent d’une collecte par semaine, à une tous les quinze jours.

Seulement, six mois après leur mise en fonction, ces nouvelles fréquences sont loin de faire l’unanimité côté ex-CASVS. « En tout cas, à Montgeron ou à Vigneux, tout rentre dans l’ordre », constate Sylvie Carillon. Pour le cas de Draveil, c’est un peu plus compliqué. Son maire Georges Tron décide de briser la glace. Excédé par ce service réduit, celui-ci n’hésite pas à prendre ses administrés à témoin dans une lettre distribuée au Draveillois le 18 juillet. « Chacun d’entre vous déplore les dysfonctionnements liés aux nouvelles fréquences de collecte des déchets ménagers mises en place depuis six mois », écrit alors l’édile de Draveil. Ce dernier indique ainsi qu’il avait « obtenu du président de la nouvelle communauté d’agglomération qu’un retour au dispositif antérieur soit organisé » aux alentours du 1er juillet. Or, force est de constater qu’après cette date, rien n’a changé « à mon grand regret et malgré les promesses qui nous avaient été faites », déplore Georges Tron.

Ce courrier s’annonce être le premier d’une série de trois lettres. Car dans la foulée, le président de la CAVYVS qui n’est autre que le député-maire de Yerres Nicolas Dupont-Aignan, tient lui aussi à remettre les points sur les « i » dans ce dossier. Dans un pli également distribué aux habitants de l’agglo, il insiste sur son « obligation de rétablir la vérité des faits ». « Le nouveau rythme de collecte a été décidé par l’ancienne CASVS, dans laquelle je ne siégeais pas », se défend NDA. Quant à la date avancée par son homologue de Draveil, le maire de Yerres assure avoir « immédiatement demandé à l’administration d’engager le changement. Encore faut-il respecter les marchés conclus par le passé et la loi », lâche Nicolas Dupont-Aignan. Pour lui, le marché attribué sous l’ancienne mandature « impose un délais d’un an pour revenir au rythme antérieur », car cette demande rencontrerait « un écueil juridique », complète NDA. Un retour « à la normale » pourrait intervenir au 1er janvier 2017.

« Faux ! » rétorque-t-on du côté de Draveil. « Un simple avenant au marché initial suffirait sans difficulté, reprend Georges Tron. Cette modification peut être signée par M. Dupont-Aignan. Si celui-ci ne voulait pas signer cet avenant au marché pour des raisons ‘’qui lui appartiennent’’, je suis pour ma part tout à fait disposé, en tant que vice-président de la CAVYVS, à le faire à sa place. Cela règlerait tous les problèmes ».

 

Un moyen de faire pression ?

 

Or, pour le moment, cela ne semble pas en prendre le chemin, comme l’indique le président de la CAVYVS. « Conscient des difficultés rencontrées par les Draveillois j’avais négocié un accord particulier au marché initial pour la commune de Draveil. Compte tenu de son caractère exceptionnel, je souhaitais soumettre cet accord en toute transparence au conseil communautaire du 27 juin. Or les élus de Draveil ont boycotté ce conseil, ainsi que celui du 4 juillet ! », s’emporte ainsi NDA. En effet, ces deux conseils avaient été snobés par les élus de la majorité de l’ex-CASVS, non pas pour les raisons de la collecte des ordures, mais pour celles concernant le protocole financier. « Doit-on délibérer sur une décision qui augmentera de 60 000 euros la taxe d’enlèvement des ordures ménagères acquittée par les habitants de Draveil en dehors des instances démocratiques ? », s’interroge alors celui-ci.

Pour Georges Tron, il s’agit simplement d’une manœuvre politique de la part du président de Debout la France pour faire revenir les élus du Val de Seine lors des conseils communautaires. « Il s’agit en réalité d’une attitude strictement liée au refus de nos trois communes (Ndlr : Montgeron, Vigneux et Draveil) d’accepter le protocole financier de Nicolas Dupont-Aignan, réalisé sur des conditions déplorables ». L’édile draveillois n’hésite pas à évoquer le terme de « chantage » de la part de son voisin yerrois pour résumer la situation. Car les absences continues des élus de la CASVS peuvent entraîner l’annulation de certaines séances communautaires faute de quorum atteint. « A aucun moment je n’ai lié la modification du rythme de collecte des ordures à un quelconque accord financier, se défend NDA. Ils ont cherché un bouc émissaire facile », conclut celui qui invite toutefois les élus de la CASVS à siéger au prochain conseil communautaire, pour trancher le cas de Draveil sur les collectes d’ordures.

Par rapport aux accusations de « chantage », celle qui est également maire de Montgeron ne souhaite pas prendre parti. Cependant, Sylvie Carillon précise qu’à l’heure actuelle, « il y a énormément de tensions, souffle-t-elle. Financièrement, nous ne pouvons pas accepter ce que propose la CAVY. C’est inéquitable ».

 

Les règlements de compte se poursuivent

En plus des différences de points de vue sur la collecte des déchets ou encore sur le protocole financier, les échanges épistolaires de cet été ne sont que l’expression des relations houleuses qu’entretiennent Nicolas Dupont-Aignan et Georges Tron. L’an dernier, déjà, les tensions entre les deux leaders politiques avaient atteint des sommets à l’occasion de la campagne des élections départementales. Une guerre ouverte et assumée qui ne semble pas encore totalement finie, en témoignent les trois courriers entre les deux hommes. Pire encore, lors du lancement de la caravane des jeunes du mouvement Debout la France cet été, NDA a posé devant un camion aux couleurs de son parti affublé du slogan « Nettoyons la politique », à côté d’un panneau sur lequel était inscrit « Levallois-Perret ». Celui-ci avait alors annoncé qu’il était « scandalisé » que des partis investissent aux législatives des personnes « en délicatesses avec la justice », citant les noms du maire de Levallois, Patrick Balkany et de… Georges Tron. Une référence qui n’a pas laissé indifférent le maire de Draveil mis en examen dans une affaire qui sera jugée aux assises. Ce dernier a ainsi envoyé un autre courrier aux élus communautaires pour les alerter de la situation. « M. Dupont-Aignan a cru habile et élégant de citer mon nom dans le cadre de cette nouvelle action de promotion publicitaire, telle que son mouvement les affectionne », explique Georges Tron. Comme réponse, l’édile draveillois choisi de mettre le maire de Yerres en face de ses « incohérences ». « Je suis vice-président de la CAVYVS et ai été élu avec la voix de Monsieur Dupont-Aignan, insiste Georges Tron. NDA a « longuement insisté auprès de moi durant plusieurs semaines pour que je devienne vice-président en charge des finances de ce nouvel ensemble ». Avant de conclure par un cinglant : « Où est donc la cohérence de Nicolas Dupont-Aignan ? ».

Joint par nos soins, le principal intéressé balaie d’un revers les accusations de l’ancien président de la fédération UMP 91. « Je n’ai pas fait le forcing pour qu’il soit vice-président. Par tradition, chaque maire de l’agglo est vice-président, argumente NDA. Je maintiens tout de même que Les Républicains sont incapables de faire le ménage dans leurs rangs. Il faut que Georges Tron assume ses responsabilités ».

Des relations très tendues entre les deux leaders de droite, qui risquent d’atteindre de nouveaux sommets avec la campagne des élections législatives de juin prochain. Bref, les prochains rendez-vous risquent d’être plus que chaotiques entre eux, à commencer par le prochain conseil communautaire fixé au 26 septembre.