Sur la brochure du programme Sépia, qui doit être livré fin 2017 à proximité du centre de Bures-sur-Yvette, le promoteur vante le projet d’un résidence « verdoyante, mêlant vie citadine et nature ». C’est dans un « environnement pavillonnaire calme » que doit sortir de terre ce programme de 39 logements, du studio au 3 pièces. Plus précisément, les travaux ont commencé au dessus de la voie qui descend vers le campus universitaire, sur un terrain en pente et en friche. C’est en décembre dernier que le chantier a débuté avec le creusement des fondations du futur édifice de trois étages.

Au dessus du lotissement en construction, des maisons du centre-ville de Bures datant du début du XXè siècle, situées rue Charles de Gaulle, et leur jardin. Lorsque les premières pelleteuses commencent à défricher puis creuser le site cet hiver, certains riverains constatent des mouvements étranges sur leur terrain. « Une fissure est d’abord apparue dans le sol, puis petit à petit, ça a commencé à s’affaisser au fond du jardin, au fur et à mesure qu’ils creusaient » raconte Mathieu, habitant au dessus du chantier. Au printemps, ce sont des bouts entiers de terrain qui s’effondrent : « le mur qu’on avait au bout du jardin a été viré, plusieurs mètres de terrain ont chuté ».

Avec les inondations de début juin, qui ont gravement touché la vallée de l’Yvette, les choses ne se sont pas arrangées. Aujourd’hui, les racines de quelques arbres maintiennent ce qu’il reste du sol sur toute la longueur du bord de chantier. « C’est un véritable glissement de terrain, si ce n’est pas ça c’est quoi? » s’interroge Amal, une autre riveraine concernée. Au fond de son jardin, les ouvriers du chantier ont coulé une dalle de béton pour maintenir ce qui lui reste de terrain. De l’autre côté du secteur à bâtir, le terrain de Stéphanie commence à partir en lambeaux. Une dépendance située dans son jardin menace maintenant de s’effondrer dans le chantier : « elle a commencé à basculer » s’inquiète-t-elle, « et l’autre mur s’est carrément effondré ».

Mathieu, dont le jardin donne sur le chantier de Bures-sur-Yvette, constate depuis des mois l'écroulement de son terrain

Mathieu, dont le jardin donne sur le chantier, constate depuis des mois l’écroulement de son terrain (JM/EI)

Plusieurs habitants concernés par le glissement de terrain ont alerté le promoteur ainsi que la mairie de Bures-sur-Yvette, et certains tentent en parallèle de faire jouer leur assurance. La raison de ces glissements de terrain serait la présence de rivières souterraines sous les pavillons et le futur lotissement, ce qui compliquerait la tâche du constructeur. « Ils auraient du se rendre compte, historiquement les terrains de l’université sont d’anciens marais, et plusieurs maisons ici possèdent de vieux puits dans leur jardin » soupire Mathieu, pour qui le constructeur « aurait du réaliser des études de sols ».

Des riverains sur les nerfs

Du côté de la mairie de Bures-sur-Yvette, on confirme « des problèmes d’eau et d’infiltration sur les terrains à construire » selon le maire Jean-François Vigier. Le groupe Oceanis, qui pilote le programme de construction en lien avec ses sous-traitants, livre ses explications. Selon ses services, « les sondages et études de sols ont été faits pour déterminer le système de fondation. Au moment de l’étude, qui n’était pas pendant une période humide, on n’a pas relevé de rivière souterraine ». D’après le constructeur, « c’est au moment de creuser les fondations qu’on s’est aperçu qu’il y avait de l’eau, on s’est donc adapté au terrain au fur et à mesure » et de plus, « les fortes pluies de la période et en particulier la crue centennale du mois de juin ont bouleversé le processus et les modes opératoires envisagés et validés par l’ensemble des intervenants techniques de l’opération ».

Pas de quoi rassurer les riverains, qui observent depuis le mois d’août une aggravation de la situation. « Psychologiquement, je suis sur les nerfs à cause de cette histoire » confie une habitante, tandis que les esprits s’échauffent sur le chantier. La ville est aussi critiquée par ces riverains, qui ont l’impression de ne pas être soutenus par la municipalité. « On est allés les voir, on leur a envoyé des recommandés, et ils nous répondent que c’est un chantier privé, que ça les concerne pas » grogne Mathieu. Pour sa voisine Stéphanie, « la mairie ne fait pas grand chose, j’ai du dépêcher un avocat envoyé par mon assurance ». Jean-François Vigier assure au contraire que « plusieurs réunions ont eu lieu avec le constructeur, le sous-traitant a changé, et ils sont en train de mettre un système pour résorber les trous ».

Le promoteur a en effet décidé d’installer des parois berlinoises, un procédé de soutènement, ce qui « apporte aujourd’hui une solution appropriée à la nature des sols et aux intempéries » indique le groupe Oceanis. Au sujet de l’alerte donnée par ses administrés, le maire affirme que son adjoint à l’urbanisme « suit le dossier et met souvent les bottes » pour visiter le chantier, et que lui-même se « rendra sur place de toute façon ». Une réunion avec la ville et le promoteur s’est déroulée vendredi soir dernier, dans laquelle le procédé pour compenser le glissement de terrain a été présenté. Une rencontre qui n’a pas semblé satisfaire les habitants concernés : « on n’a pas eu de vraies garanties, ils expérimentent une nouvelle méthode pour stabiliser le terrain, et sont en train de voir si ça fonctionne, ensuite seulement ils continuent à creuser » rapporte Mathieu, mais celui-ci constate cependant qu’un « énorme trou continue d’apparaître » sous ce qu’il reste de son jardin. « Nous sommes en relation régulière avec nos voisins pour intervenir sur les désordres identifiés » assure de son côté le promoteur.