L’enquête sur la voiture chargée de bonbonnes de gaz retrouvée à proximité de la cathédrale Notre-Dame à Paris le 4 septembre s’est accélérée jeudi 8 septembre. Elle s’est déplacée jusque dans l’Essonne. En fin de journée, une opération de police a été menée autour de la gare de Boussy-Saint-Antoine. Les forces de l’ordre ont appréhendé trois femmes. Les faits se sont déroulés aux alentours de 19h00.

Peu après 22h00, alors que policiers et gendarmes bouclaient toujours l’avenue Jean-Moulin entre la gare et le rond-point Pierre Mendès-France face au centre commercial Val d’Yerres 2, Bernard Cazeneuve s’est exprimé. Le ministre de l’Intérieur a révélé que les trois femmes interpellées sont âgées de 39, 23 et 19 ans. Elles sont « radicalisées, fanatisées » et « préparaient vraisemblablement de nouvelles actions violentes et de surcroît imminentes ». Le ministre précise qu’un policier a été blessé au couteau à l’épaule durant l’intervention, mais ses jours ne sont pas en danger. Les autorités ont répliqué et blessé par balle une assaillante.

La police a monté « une souricière »

Des riverains de Boussy-Saint-Antoine disent avoir remarqué des premiers mouvements policiers durant l’après-midi. Romain Colas, le maire (PS) de la ville, nous confirme un déploiement massif de forces de l’ordre vers 18h00, ordonné par la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) sous l’autorité du parquet antiterroriste de Paris.

La résidence dans laquelle se trouve l'appartement perquisitionné (NB/EI)

La résidence dans laquelle se trouve l’appartement perquisitionné (NB/EI)

Le but était de dresser « une souricière », selon le maire, afin de neutraliser les trois suspectes. Mais ces dernières « sont a priori sorties avant que le Raid arrive », poursuit Romain Colas devant certains de ses concitoyens vers 00h30. C’est dans ce contexte qu’un policier a été blessé par une suspecte. « La bonne nouvelle, c’est que l’opération est un succès. Elles ont pu être appréhendées avant qu’un acte soit commis. Le policier est légèrement blessé. Il va s’en sortir », précise l’édile.

Des personnes très discrètes

Les forces de l’ordre ont passé au peigne fin durant toute la soirée et une bonne partie de la nuit un appartement de la résidence La Grange aux belles. Le logement était vraisemblablement celui de l’assaillante de 39 ans (les identités des suspectes n’ont pas été dévoilées, ndlr). Les voisins ont du mal à y croire. Selon l’un d’eux, la mère vivait avec ses quatre enfants : une jeune adulte (qui pourrait être l’une deux autres suspectes), une adolescente et deux jumelles de 11 ans. Ce même voisin ajoute que la mère aurait travaillé il y a quelques années au centre commercial voisin au service sécurité-incendie. Depuis un an, elle se montrerait très effacée, saluant à peine le voisinage par exemple. L’époux aurait quitté le foyer à la même époque.

Plusieurs habitants de La Grange aux belles ont passé plusieurs heures à attendre dehors, le temps que les enquêteurs poursuivent leurs investigations. Certains ont dû se résoudre à dormir ailleurs. Personne n’imaginait une telle affaire ici. En voyant arriver la police, beaucoup ont d’abord cru à un problème mineur comme une dispute familiale ou un squat. La famille vivant dans l’appartement perquisitionné était très discrète. « La résidence est calme », assure une habitante.

« C’est dingue », « faut pas psychoter »…

Parmi les Buxaciens et Buxaciennes, les avis sont partagés face à cette opération antiterroriste. « Jamais je n’aurais imaginé ça », déclarent plusieurs voisins. L’un d’eux s’inquiète pour l’avenir des deux jeunes jumelles. « C’est dingue. Où est-ce qu’on en est arrivé quand même… », commente-t-il avant de nous faire part de ses craintes pour l’avenir : « Nos enfants, on se demande ce qu’il va se passer pour eux ».

Plusieurs voisins ou témoins de l'interpellation ont défilé devant les journalistes (NB/EI)

Plusieurs voisins ou témoins de l’interpellation ont défilé devant les journalistes (NB/EI)

D’autres riverains dédramatisent. « Faut pas psychoter », répètent plusieurs d’entre eux. Les adolescents et les jeunes du quartier, eux, ne semblent pas inquiets. La présence des caméras de télévision est davantage vue comme un objet de divertissement, le but étant de passer à l’écran pour saluer les copains. Dans cette commune pas habituée à de tels événements, d’autres sujets sont plus importants aux yeux de quelques-uns. Comme ce jeune homme qui clame aux journalistes : « On peut parler foot aussi avec le club de Boussy qui monte en Excellence ! ».

Un homme met en cause « les Arabes », Boussy répond

Durant la soirée, des habitants d’autres quartiers sont venus soutenir ceux empêchés de regagner leur logement tant que la police opérait dans l’appartement de La Grange aux belles. Le maire Romain Colas est venu à leur rencontre dans la nuit et a proposé de leur ouvrir une salle. C’est à ce moment-là qu’un homme âgé s’approche du maire, sous l’oeil des caméras, pour un échange très vif. « Vous bouffez votre merde ! », répète-t-il à l’élu socialiste.

« Le vivre-ensemble, hein ? Vous bouffez votre merde ! Et le jour où la guerre civile arrive, y aura pas un endroit tranquille en France », clame l’individu, qui éructe contre « les Arabes dans la police, dans l’armée ». « Oui, d’ailleurs ils sont en train de vous protéger. Et vous devriez les respecter », répond sèchement Romain Colas. Le nouveau-venu, insensible aux critiques de la dizaine d’habitants encore réveillés, prévient qu’un « tri va être fait dans l’armée et la police ». « Honte à vous », rétorquent les Buxaciens et leur député-maire. Ce dernier ajoute : « Le jour où il y aura la guerre, ce sera à cause de gens comme vous, à cause de vos propos de haine. Vous n’avez pas votre place en République ! ». Une fois l’homme parti de son propre chef (après avoir lancé un juron à l’encontre du maire), Romain Colas déplore les dérives racistes des « alliés objectifs de ceux qui veulent semer le trouble dans la République, qui veulent que les gens se montent les uns contre les autres ». Un évènement qui n’est pas sans rappeler les débats très houleux sur la commune de Forges-les-Bains. « C’est assez emblématique des tensions qui règnent. Cela illustre que la menace existe », conclut-il.

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