Il est peu avant midi. Au fond de la Propriété Caillebotte, dans l’Orangerie, quelques personnes commencent déjà à s’agiter. Elles sont venues assister avant tout le monde à l’exposition Hymne à la Rivière de Marie-Thérèse de Lanoa. Peintre impressionniste à l’incroyable technicité, elle est une artiste que la ville de Yerres est fière de compter dans son patrimoine. Dans la salle ornée de toiles, Agnès, Bruno et Nicolas, trois des neufs petits enfants de l’artiste, regardent avec la même admiration ces toiles qu’ils connaissent pourtant par cœur. Animés par la passion de l’art et le souvenir de leur grand-mère, ils nous racontent l’histoire de cette femme qui a dédié sa vie à sa famille et à son art.

L’art, une affaire de famille

Arpentant les murs de la salle de l’Orangerie, Bruno Stahly, petit-fils de Marie-Thérèse de Lanoa, aide les visiteurs à décrypter les œuvres de sa grand-mère. Il faut dire que, dans la famille, l’art est une discipline que l’on a appris à maîtriser dès le plus jeune âge. « Je me souviens, lorsque j’avais treize ans, ma grand-mère me faisait dessiner avec elle dans son atelier » se souvient Bruno Stahly. Aujourd’hui, les petits-enfants de la peintre ne sont pas tous devenus artistes, mais l’amour de l’art continue de les unir. Après la mort de Marie-Thérèse de Lanoa en 1967, tous se sont en effet partagés les œuvres de la défunte. Aujourd’hui, aucun ne pourrait s’en séparer. « Nous n’avons vendu aucun de ces tableaux et nous ne le ferons pas. » martèle Agnès Rosselstiehl.

L’argent n’a d’ailleurs jamais vraiment été le moteur de Marie-Thérèse de Lanoa. Plus passionnée que vénale, l’artiste n’a jamais vendu une toile de son vivant. « Elle peignait réellement pour le plaisir. Aujourd’hui ce n’est même pas une artiste cotée » explique Dominique Renonciat, déléguée à la culture à la mairie de Yerres. De la passion et uniquement de la passion, voilà donc ce qui ferait des œuvres De Lanoa une entité aussi authentique et captivante.

Et pourtant. De Lanoa étant opposée à l’art abstrait, ce qui séduit finalement dans son œuvre, c’est tout simplement la véracité des situations qu’elle dessine. En captant des moments intimes en famille, comme sur les toiles « Rivière vue du lavoir » ou encore « Maison de Crosne et Rivère« , l’artiste nous décrit le monde tel qu’il est, avec pour seules valeurs ajoutées son œil d’artiste et sa technicité sans faille. Car à l’aquarelle ou au fusain, Marie-Thérèse de Lanoa prouve dans chacune de ses œuvres sa maîtrise implacable de l’impressionnisme. « J’ai toujours été admiratif de la beauté des couleurs et des reflets qu’elle parvenait à créer » confie Nicolas Dariel devant son tableau favori. Avec un coup de pinceau affûté, l’artiste peintre fait de scènes réelles et parfois banales un spectacle incroyable pour les yeux et c’est définitivement ce qui conquis le public.

kindle_camera_1472991123000

La toile favorite de Nicolas Dariel, petit-fils de Marie-Thérèse de Lanoa. (LM/EI)

L’Yerre comme muse favorite

De retour dans la ville de leur enfance, les petits enfants de Marie-Thérèse de Lanoa ont souhaité consacré cette exposition à la rivière de l’Yerres. Parmi plus de 650 toiles qu’ils possèdent, ils ont donc fait le choix de ne sélectionner que les toiles représentant la commune. Une tâche qui selon Bruno Stahly s’est révélée fort aisée, tant le paysage du département fut un des supports privilégiés de l’artiste. « Elle dessinait principalement ce qui l’entourait, ce qui créait son environnement » explique-t-il. Dans son atelier au dernier étage de sa demeure, on imagine ainsi Marie-Thérèse de Lanoa, peindre sans relâche des paysages qu’elle ne connaît que trop, mais qu’elle prend pourtant plaisir à réinventer à chaque toile.

Avec une vingtaine d’œuvres exposées, l’événement est donc l’occasion de découvrir Yerres sous toutes ses facettes, mais également de replonger dans la réalité de l’époque. Car ces toiles, voilà maintenant plus de cinquante ans qu’elles ont été réalisées. Un paramètre qui ne manque pas d’éveiller la nostalgie des petits-enfants de l’artiste. Pointant du doigt une peinture représentant la maison de son enfance, Agnès Rosselstiehl se remémore. « J’ai passé tellement de temps dans cette maison que ça me fait toujours quelque chose de revoir ces peintures » confie-t-elle l’air rêveur.

Pour sa sincérité, son authenticité mais aussi tout simplement son incroyable sens de la technique, l’exposition Hymne à la Rivière de Thérèse de Lanoa est un événement à ne tout simplement pas manquer. Il saura à coup sûr vous laisser avec une seule résolution en tête : celle d’accorder plus d’importance aux détails qui font la beauté, parfois oubliée, de nos incroyables paysages.

L’exposition Hymne à la Rivière sera visible du 10 septembre au 6 novembre à la Maison Caillebotte de Yerres.