C’est depuis plus de cinquante ans le rendez-vous incontournable de la rentrée à Corbeil-Essonnes. Chaque année, la commune accueille en effet sa traditionnelle fête foraine, idéale pour décompresser avant d’entamer la nouvelle année. Cette fois, pourtant, la fête n’a failli pas voir le jour. Retour sur plusieurs semaines de vives négociations entre la préfecture, la mairie de Corbeil-Essonnes et les forains.

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Le parc Chantemerle qui accueille généralement la fête, encerclé par des plots. (LM/EI)

Il est peu avant midi, ce mercredi 31 août. D’ordinaire, à cette période de l’année, le parc Chantemerle est en pleine ébullition pour accueillir sa traditionnelle fête foraine. Mais cette année, les choses se sont déroulées autrement. A la place des camions à décharger, des dizaines de plots bloquent l’entrée au parc. « C’est le maire qui a mis ça là, pour nous empêcher d’aller sur le terrain » souffle Cynthia, responsable de deux manèges sur la foire.

Car depuis le 24 août dernier, le maire, Jean-Pierre Bechter, a pris la décision d’annuler la fête, via un arrêté municipal. En cause, un manque de moyens pour assurer efficacement la sécurité du parc. Selon la mairie de Corbeil, l’installation du dispositif de sécurité aurait en effet été d’un coût de plus de 80 000 euros. Une somme impensable pour cette commune de l’Essonne, mais qui se justifie pourtant par l’exposition du site. « Le parc se trouve au milieu de dizaines d’habitations et possède une infinité d’accès possibles qui ne nous mettent pas à l’abris d’un conducteur fou » explique-t-on à la mairie. Depuis les tragiques événements survenus à Nice en juillet dernier, personne ne veut en effet prendre le risque de faire l’impasse sur la sécurité. Pas même les forains, avec qui les négociations ont pourtant été longues et difficiles.

L’emplacement de la fête, enjeu clé des négociations

Si la mairie a dans un premier temps refusé le maintien de la fête foraine, ce n’était pourtant pas son ambition initiale. Très demandé par les membres de la communauté corbeil-essonnoise, la fête représente en effet un réel avantage commercial pour la commune, contrairement à la foire, qui, elle a définitivement été annulée. Le réel différent qui opposait la mairie aux forains, c’était finalement le lieu : “Les forains, bien qu’ils soient ouverts à la discussion, voulaient absolument le parc de Chantemerle. Face aux dialogues de sourds qui ont eu lieu pendant quelques semaines, le maire a donc décidé de couper court à la discussion en annulant l’événement” explique-t-on du côté de la mairie. Un coup de poker qui aurait permis d’adoucir les positions de la communauté foraine. Après plusieurs jours, et consciente des risques sécuritaires, cette dernière aurait en effet accepté de réfléchir à un autre espace, à la capacité d’accueil plus restreinte.

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Le parking de la rue Chantemerle, lieu d’accueil de la fête foraine cette année. (LM/EI)

C’est donc seulement ce mardi soir, en présence du maire et du directeur de cabinet du préfet que le compromis aurait été trouvé. La fête foraine aura finalement lieu sur un parking situé à quelques mètres seulement du parc Chantemerle.  Un emplacement aux quelques 8000 m², bien plus facile à sécuriser que le précédent. “L’avantage de ce parking, c’est qu’il n’y a que très peu d’entrées. Nous avons convenu avec les forains que ces derniers bloqueraient la route avec quelques camions, histoire d’empêcher toute venue intempestive de véhicule” explique la mairie.

Au lieu de 80 camions, 50 pourront donc être entreposés dans cet emplacement de repli. Une petite victoire, mais dont sait se contenter la communauté foraine. “L’événement a été maintenu, c’est le plus important pour nous. Ceux qui n’ont pas pu s’installer sont partis il y a déjà plusieurs jours en espérant trouver une autre fête foraine.” raconte Mr Bouillon, délégué du Syndicat National des Industriels Forains (SNIF). Pour les autres qui ont pu rester, c’est le véritable soulagement. Car depuis maintenant plusieurs années, mener la vie de forain est devenu de plus en plus difficile.

Une profession de plus en plus menacée

Si les forains sont restés dans un premier temps aussi fermes dans leur positions, c’est tout simplement car depuis plusieurs années ils perdent de plus en plus de terrain. Non indemnisés en période d’inactivité, ils ne peuvent en effet reposer que sur les seuls revenus que leurs procurent les différentes fêtes foraines. “Que l’on gagne de l’argent ou non, nous avons tous des crédits à rembourser mais aussi des charges à payer, comme le RSI par exemple” s’insurge Marie*, à la tête d’un stand d’auto tamponneuses. Ici, deux semaines sans travail équivaut donc à deux semaines sans aucun revenu. Car pour beaucoup, c’est le salaire de toute la famille qui dépend de l’activité foraine.

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Mr Bouillon, délégué du SNIF, accompagné par deux détentrices d’attractions. (LM/EI)

De Montlhéry à Epinay-sur-Orge, les annulations de fête foraines se font de plus en plus fréquentes. Face à la montée de la menace terroriste, les conditions de sécurité se veulent de plus en plus strictes, et nombreuses sont les mairies qui n’ont pas le budget pour y répondre. Une situation à la défaveur des forains, de plus en plus sceptiques face à leur avenir. “Si les choses continuent d’empirer, nous serons obligés de faire une manifestation nationale d’ici septembre” assure Mr Bouillon, délégué du SNIF.

Mais pour le moment, que tout le monde se rassure, la traditionnelle fête foraine de Corbeil-Essonnes aura bel et bien lieu et débutera dès vendredi soir pour se clore le 12 septembre. L’événement devrait d’ailleurs avoir encore plusieurs années à vivre devant lui, le maire ayant assuré s’être engagé à trouver une “meilleure alternative”, qui ne sera pas prise “dans l’urgence”.

*Le prénom a été changé.