Kicklee, Onix, Dracaufeu, Dardargnan, Bulbizarre, Porygon, Magicarpe… Ces noms ne vous disent peut-être rien. Pourtant, plusieurs millions de Français les connaissent et les traquent, jour comme nuit, depuis près d’un mois, avec comme objectif ultime : les attraper tous ! Il s’agit bien sûr des célèbres Pokémon. Apparu à la fin des années 1990 sur les mythiques Game Boy, ce jeu a été l’un des plus gros succès de la firme japonaise éditrice de jeux vidéo Nintendo derrière l’indétrônable série des Mario. Dans les premiers jeux, le but était simple : parcourir un monde virtuel et attraper le maximum de créatures qui peuplent cet univers. Au total, il fallait en capturer 151. Chacune d’entre elles possède des aptitudes quasiment impossibles pour des animaux du monde réel, tel cracher du feu ou générer de l’électricité.

Très rapidement, ce jeu d’aventure a eu un impact culturel très important dans les pays où il a été introduit. Si bien que le jeu et la série animée qui en a découlé ont marqué plus d’une génération. Aujourd’hui, après quelques évolutions connues au gré de ces vingt dernières années, le jeu a franchi une nouvelle étape avec la sortie de son nouvel opus, Pokémon Go. Ce jeu éloigne les frontières du virtuel et du réel, permettant ainsi aux joueurs de chasser eux-mêmes des créatures dans le monde réel grâce à cette application. Depuis sa sortie en France le 24 juillet dernier, plusieurs millions de fans se sont mis à arpenter les rues dans l’espoir de dénicher ces petites bêtes, devenant même un vrai phénomène de société. Un mois après sa sortie, l’engouement autour du jeu est toujours là. L’Essonne ne déroge pas à la règle. Partons à la rencontre de ces joueurs qui pratiquent une nouvelle forme de jeu, pas encore forcément entrée dans les mœurs.

La nuit : « le meilleur moment pour chasser »

« Au début, j’ai cru que c’était un rassemblement citoyen ou une commémoration. Car voir des gens devant le monument aux Morts à longueur de journée, je n’avais jamais vu ça », commente un habitant de Saint-Germain-lès-Corbeil interloqué par la scène. En effet, depuis près d’un mois, les chasseurs de Pokémons ont pris d’assaut la petite place devant l’entrée du cimetière communal. « Ici, c’est un Pokéstop », souffle un joueur le regard fixé sur l’écran de son téléphone. « On a plus de chances d’avoir des Pokémons rares en venant ici qu’ailleurs dans la ville », confesse ce dernier, qui effectuera bientôt sa rentrée au lycée.

Car c’est bien l’un des attraits du jeu, avoir la plus belle collection de petits monstres, et certains sont prêts à tout pour l’avoir. Outre les chasseurs diurnes, il y a aussi ceux qui chassent de nuit. Difficile d’ailleurs de ne pas les repérer, armés de leurs téléphones qui se font remarquer dans la nuit tels des lucioles. Depuis un mois maintenant, le parvis de l’Hôtel de Ville de Corbeil-Essonnes est devenu l’un des spots favoris des chasseurs de Pokémons. À 22h ce mardi soir, une cinquantaine de personnes sont là. « Dans les premiers jours de la parution du jeu, on était plus d’une centaine à venir chaque soir », remarquent trois jeunes, qui affirment venir chaque soir, et y rester « le temps qu’il faut pour avancer leur collection ». Le temps qu’il faut ? « Trois, quatre ou cinq heures », lance l’un des membres du groupe. « Ça nous est déjà arrivé de rentrer chez nous vers 2–3 heures du matin. Mais au moins, ça nous a permis d’établir une belle collection », poursuivent ces jeunes devant le regard stupéfait de certains. « La nuit est clairement le meilleur moment pour chasser, reprend l’un des jeunes. Il y a moins d’agitation dans les rues. Hormis des joueurs, la circulation n’est pas la même que dans la journée ».

Sortir, s’amuser, et pourquoi pas, découvrir le patrimoine

Le critère d’avoir l’une des plus belles panoplies semble ainsi l’emporter sur le reste. « C’est l’essence même du jeu », ajoute un pokémonophile. Pourtant, pour l’obtenir, il ne faut pas avoir peur de marcher. Car oui, le déplacement est un élément important du jeu. Un élément que le développeur a pensé de « manière ludique », comme l’explique Guillaume, un joueur avisé. « Les PokéStops où les arènes (Ndlr : endroits où les joueurs s’affrontent par équipe) sont généralement placés devant des points d’intérêts, comme des églises, ou d’autres monuments remarquables du patrimoine local. Ce côté ludique est une bonne chose. Moi qui habite Juvisy, j’ai pu découvrir des coins de ma commune que je ne connaissais pas encore », affirme ce dernier, même s’il pense que le développeur du jeu peut aller plus loin sur la mise en valeur du patrimoine « avec des fiches explicatives ».

Plusieurs dizaines de joueurs se sont rassemblés devant la mairie de Corbeil-Essonnes vers 22h (JL/EI)

Plusieurs dizaines de joueurs se sont rassemblés devant la mairie de Corbeil-Essonnes vers 22h (JL/EI)

Pour les autres joueurs, la question ludique de la découverte du patrimoine est presque accessoire. « C’est bien oui, mais on n’y prête pas forcément attention, reconnaît un des jeunes joueurs de la place de la mairie de Corbeil-Essonnes. L’important, c’est de bien s’amuser avec les amis ».

Une vraie « communauté Pokémon »

Avec la sortie du jeu en France fin juillet, c’est une véritable communauté de joueurs de Pokémon Go qui a vu le jour. Plusieurs groupes de joueurs ont d’ailleurs vu le jour sur les réseaux sociaux. Il existe ainsi des groupes pour de nombreuses communes de l’Essonne sur Facebook notamment, comme pour Corbeil-Essonnes, Évry, Étampes, Mennecy ou encore Saint-Germain-lès Corbeil pour ne citer qu’elles. Des groupes suivis pour la plupart par près d’un millier de joueurs chacun. « Ça nous permet de savoir quels sont les coins du département à suivre, lance un joueur corbeil-essonnois. Grâce à ces groupes, j’ai enfin pu mettre la main sur Pikachu, le Pokémon le plus célèbre. Il apparaît plusieurs fois à Paray-Vieille-Poste ces temps-ci ».

Un moyen de localiser les créatures, mais aussi ses propres amis. « On peut voir facilement quand et où vont jouer nos amis grâce à ces groupes », reprend le joueur. Mieux encore, selon lui, le jeu et les groupes sur les réseaux sociaux peuvent permettre aux joueurs de pouvoir se rencontrer et tisser des liens. « Au départ, nous sommes venus jouer à trois, et maintenant on est neuf dans notre groupe. Ce sont des personnes qu’on n’aurait jamais rencontrées sans ce jeu. C’est génial !, ajoute le joueur. C’est ça l’autre force du jeu : la communauté Pokémon ».

Un essoufflement à la rentrée ?

À en voir l’engouement que soulève encore le jeu, il est encore difficile de prévoir un possible essoufflement, car le public est assez large. Cette baisse d’intérêt pourrait tout de même venir avec la rentrée des classes début septembre qui devrait ralentir l’ardeur des plus jeunes. « On va venir tous les soirs jusqu’à la semaine prochaine, mais après, c’est sûr qu’avec la reprise des cours, ça deviendra compliqué », indique un jeune lycéen. « On passera à une fois par semaine, je pense le vendredi soir », ajoute un père de famille en compagnie de son enfant qui va faire son entrée au collège.

Si d’autres s’accordent à dire qu’avec la reprise de leur travail, ils réduiront leur période de « chasse », d’autres semblent avoir trouvé la parade. C’est le cas de Karim, qui livre l’un de ces secrets à ce sujet pour faire évoluer au mieux sa collection, même au travail. « Dans certains endroits, on gagne des œufs de Pokémon. Pour les faire éclore, il faut marcher pendant parfois dix kilomètres avec le jeu actif. Étant vendeur dans un magasin, je laisse mon application allumée dans ma poche et mes aller-retour dans la boutique me permettent de faire éclore ces œufs plus rapidement », se félicite Karim devant d’autres joueurs.

Bref, ce jeu révolutionnaire semble avoir de beaux jours devant lui. « Il ne faut pas oublier que le jeu n’est développé qu’à 10% de ses capacités », précise Guillaume. On n’a pas fini de croiser des chasseurs de Pokémons dans les rues…