Seules les tours 24 et 27 sont encore debout, dominant les hauteurs de la ville, si familières aux usagers de la portion sud du RER D. Le paysage du quartier Croix-Blanche de Vigneux, après avoir perdu beaucoup de sa hauteur en quelques mois, est en train de se transformer radicalement avec entre autres le programme de rénovation urbaine ANRU 1, dont la ville a pu bénéficier lors de sa mise en place. La tour 27 qui borde l’école Marcel-Pagnol est, d’après les élus locaux, assurée de rester en place et devrait peut-être devenir un lieu de bureaux ou une pépinière d’entreprises. L’idée étant, pour les bailleurs, d’en faire une sorte de témoignage de l’architecture qui a marqué la ville depuis près de 60 ans.

La tour 24, quant à elle, aura normalement disparu dans un mois. Elle est la dernière tour à être détruite, car elle abritait jusqu’ici le PC sécurité du quartier. Elle a été désertée de ses derniers locataires en cette fin juillet. « Certains ont été relogés ici, d’autres en ont profité pour partir définitivement de la ville », explique un Vigneusien qui prend le soleil au pied de la tour.
Seuls quelques linges encore accrochés aux fenêtres et une dizaines de paraboles ébréchées témoignent de son ancienne vie. Seul un groupe de jeunes gens squatte ce qu’il reste de l’entrée, faisant des allers-retours en deux-roues.

« Attirer une population qui ferait augmenter le potentiel fiscal »

Les hauts immeubles longtemps gérés par l’immobilière 3F ont été peu à peu remplacés par de belles résidences flambant neuves, déjà habitées par beaucoup d’anciens locataires des tours disparues. Elles n’ont rien à voir avec les tours qui ont forgé l’identité de ce quartier depuis leur construction au début des années 60, alors que Vigneux était en pleine révolution industrielle.

La tour entouré des nouvelles résidences qui composent désormais le quartier Croix-Blanche (MH/EI)

La tour entouré des nouvelles résidences qui composent désormais le quartier Croix-Blanche (MH/EI)

Aujourd’hui, les bâtiments qui composent le quartier – bien moins hauts que leurs ancêtres de 22 étages, sont pour la moitié des logements sociaux et pour l’autre moitié des logements en accession à la propriété. But de l’opération ? « Attirer une population qui ferait augmenter le potentiel fiscal », explique Patrick Dubois, conseiller municipal délégué aux grands projets et à la rénovation urbaine. Faire vivre les commerces, mais également favoriser une plus grande mixité sociale : la municipalité se fait claire sur les motivations de ce projet d’envergure.
« Il est encore difficile de faire vivre la zone et le commerce. Mais c’est un grand projet qui n’est pas terminé, et qui peut marcher, assure l’élu. Cet après-midi là, il opère un tour des lieux pour décrire son projet. Patrick Dubois décrit, à terme, une « cité-jardin », parsemée d’espaces verts et deux squares et dont la traversée serait accessible facilement depuis la gare. « Ce serait un quartier que l’on pourrait arpenter à pied jusqu’à la ZAC du 8 mai », où le chemin s’arrête.

Le quartier Croix-Blanche en miniature, exposé chez l’immobilière 3F. (MH/EI)

Le quartier Croix-Blanche en miniature, exposé chez l’immobilière 3F. (MH/EI)

Le 8 mai, et surtout la barre d’immeuble qui surplombe ce petit quartier, est en bien mauvais état surtout lorsqu’on la compare aux bâtiments qui forment les quartiers autour. C’est un véritable « cancer », pour Patrick Dubois. L’élu espère aussi voir la fin de cette barre d’immeuble, en prolongement de ce renouvellement urbain. « Les problèmes de la tour 24 s’y sont déplacés », regrette-t-il.

« On ne fait que déplacer les problèmes »

Bruno, employé de 3F et ancien gardien de la tour 22, est lui aussi témoin de la transformation radicale de Vigneux, par ailleurs commune dans laquelle il a grandi. Il a géré les « transferts » de quelques-uns des habitants des tours vers leurs nouveaux logements neufs.

« On ne fait que déplacer les problèmes. Et même si, bien sûr, les résidences sont belles et agréables, les gens ne se croisent plus. Le bas de l’immeuble était le lieu où les habitants se donnaient rendez-vous. Le problème maintenant, c’est qu’il y a moins de vie sociale ». Estimant, lui aussi, que « le quartier a beaucoup changé », il dépeint un lieu pour autant pas encore débarrassé de ses problèmes. « Les trafics ont toujours lieu », décrit-il.

Mais Patrick Dubois assure que les mécontentements qui ont eu lieu avant la destruction des tours appartiennent désormais au passé et que la peur du changement n’a désormais plus lieu d’être : « Après avoir investi les nouveaux logements, les habitants sont ravis. J’ai fait des permanences régulièrement, et des réunions avec les anciens locataires. Nous avons toujours été clairs et expliqué le projet aux habitants ».

Un constat pas forcément partagé par les habitants du quartier. En bas de la tour 24, sur la place du 14-juillet, les avis sont moins enthousiastes et un peu plus partagés. « Les familles aisées ? On ne les voit pas vraiment…, raconte Karim, qui est arrivé à Vigneux en 1977. Il y a toujours les problèmes d’insécurité. Vous voyez, par exemple, avec le jeune qui est mort. (faisant référence au jeune Mehdi, 26 ans, tué par balles dans le quartier de l’Oly ce mois de juin, ndlr) »

« On avait nos habitudes. Ça fait bizarre aujourd’hui, il y a beaucoup de changement. Tout a vraiment changé depuis les élections, estime quant à lui Zaïd, habitant de Vigneux depuis 1979.

Et lorsqu’on lui demande ce qui a le plus bouleversé les Vigneusiens avec la rénovation urbaine, Karim a une réponse étonnante. « Depuis que les tours ont été détruites, il y a beaucoup moins de suicides. Des gens venaient même de Paris pour se suicider à Vigneux, à cause de la hauteur des tours qu’on voit depuis le RER D… » Un effet imprévu que la rénovation urbaine n’avait certainement pas prévu dans son cahier des charges.

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