16 heures ce jeudi 18h août, plusieurs dizaines de personnes se dirigent en direction de l’Hôtel de Ville de Sainte-Geneviève-des-Bois. Certains d’entre eux arborent drapeaux français ou autre maquillage tricolore sur leurs joues. La raison de toute cette excitation ? La diffusion de la course olympique de l’enfant du pays bien sûr, Vincent Luis. Car oui, le jeune triathlète de 27 ans, licencié au club de Sainte-Geneviève depuis plus de dix ans faisait son entrée dans les Jeux olympiques de Rio. Au programme pour le champion génovéfain : 1,5 km de natation dans la baie de Rio, 40 km de vélo et pour corser le tout, 10 km de course à pied. Un programme à en faire pâlir les plus sportifs d’entre nous.

Plus d’une centaine de personnes avaient fait le déplacement à l’Hôtel de Ville de Sainte-Geneviève-des-Bois, agencé à cet effet. « C’est l’une des meilleures chances de médailles pour les athlètes essonniens engagés dans ces JO », explique ainsi l’un des fans de Vincent Luis peu après le départ de la course. Il faut dire que le palmarès et les dernières performances du jeune homme parlent en sa faveur. Champion du monde de relais mixte en 2015, vainqueur de manches de coupe du monde ou encore récent champion d’Europe de la discipline sur un parcours plus court cette année, bref, Vincent Luis avait de bonnes raisons d’espérer ramener une précieuse breloque.

« Je suis sa seconde maman »

Et la course débute plutôt bien pour l’Essonnien. Celui-ci a su rester au contact des autres favoris de l’épreuve en sortant de l’eau dixième derrière les frères Alistair et Jonathan Brownlee, respectivement médaillés d’or et de bronze aux derniers JO de Londres. Au moment de l’affichage de son temps et surtout de son classement sur les écrans géants disposés dans le hall d’entrée de la mairie, les nombreux supporters laissent éclater une première fois leur joie. « Allez Vincent ! Continue comme ça ! », peut-on entendre. «  C’est une sortie de l’eau parfaite pour lui, commente la présidente du club de triathlon de Sainte-Geneviève, Christine Geffroy. C’est tout à fait ce qu’il voulait », ajoute celle qui se définit comme « sa seconde maman » au moment où celui-ci quitte ses équipements de natation pour enfourcher son vélo dans le groupe des favoris. « Je l’ai hébergé pendant trois ans chez moi, reprend la présidente du club de triathlon. Il y a un lien tout à fait particulier entre lui et moi. J’ai eu quatre enfants, mais lui, je le considère comme mon cinquième », confirme avec émotion Christine Geffroy.

« Ça sent la médaille ! »

Rapidement isolé en tête de course en compagnie de neuf autres concurrents, Vincent Luis tient son rang. L’athlète travaille beaucoup en tête de groupe avec les deux grands favoris de l’épreuve, les Britanniques Brownlee. Dans le dernier tour de l’épreuve sur route, il se permet même une accélération pour distancer ses compagnons d’échappée. Une accélération saluée par de nombreux cris et encouragements des Génovéfains. « Tout va se jouer à la course à pied », coupe Christine Geffroy.

Au moment de la descente du vélo, Vincent Luis prend les devants et ressort du paddock avec les deux frères Brownlee. « Ça sent la médaille ! », laissent échapper certains, des étincelles dans les yeux. Mais après quelques hectomètres passés en compagnie des Anglais, l’Essonnien va peu à peu perdre du terrain. Pire encore, il va craquer et voir revenir sur lui le Sud-Africain Schoeman. Les espoirs de médaille tant espérés – aucun triathlète français n’en a décroché aux JO – commencent à s’évaporer. L’ambiance dans la salle baisse également, avant qu’elle ne soit définitivement refroidie quelques instants plus tard. Car le Français ne va pas réussir à revenir dans le jeu pour la médaille, vu que d’autres concurrents vont revenir sur lui et le dépasser. Finalement, il termine l’épreuve loin derrière Alistair Brownlee, nouveau champion olympique, à une minute et onze secondes, en septième position.

 

« Il n’est pas à sa place »

« C’est vraiment décevant, c’est un jeune homme tellement gentil et professionnel. Il n’est pas à sa place », déplore Dominique dans le public. Même constat pour Christine Geffroy, particulièrement émue à la fin de la course. « Je suis très déçue pour lui, souffle-t-elle. Ça doit être horrible pour lui, il a mis toute sa vie de côté pour ces JO. Je vais essayer de l’appeler pour le réconforter, mais ce n’est pas sûr qu’il me réponde », assure cette dernière pourtant « très fière » de son protégé. Ce sentiment habite la quasitotalité de la salle. Soudain, la voix de Vincent Luis retentit dans le hall. Interrogé par la télévision, celui-ci revient sur sa course. « Je suis déçu, mais je n’ai pas de regret, indique-t-il. C’est vraiment dommage, car je m’entraîne 7 à 8h par jour. Ça fait quatre ans que je n’ai pas pris de vacances. En gros, je suis fatigué depuis quatre ans, ironise-t-il. Il est temps que je prenne des vacances désormais ».

Sur la suite à donner à sa carrière, rien n’est encore sûr, mais le jeune homme de 27 ans pourrait bien poursuivre jusqu’aux JO de Tokyo en 2020. Après une 11e place à Londres, une 7e aujourd’hui à Rio, sa marge de progression voudrait qu’il décroche la médaille dans quatre ans…