Quel Essonnien ne connaît pas la Tour de Montlhéry et l’importance qu’elle a eue au Moyen-Age ? La ville avait, en effet, une place prépondérante à l’époque médiévale et était destinée à protéger l’accès sud de Paris. Alors, lorsque le passé porte préjudice au présent, que peut-on faire ? C’est une impasse pour le maire de Montlhéry, Claude Pons. Depuis plusieurs mois, celui-ci est confronté à de grandes difficultés pour la construction de nouveaux logements sociaux. Des fouilles archéologiques préventives bloquent ce projet depuis l’année dernière et les finances de la commune pourraient être en péril.

« Nous voulons être aux normes par rapport à la loi SRU » explique Claude Pons. En effet, depuis 2013, toutes les communes de plus de 1 500 habitants se doivent de disposer d’au moins 25% de logements sociaux. Actuellement, la ville n’en compte que 10%. Pour parrer à ce manque, le maire a donc monté deux projets d’aménagement qui permettraient d’être en règle par rapport à cette loi. Le premier site doit compter 66 logements dont 21 sociaux. Le deuxième, lui, prévoit 99 logements dont 35 seront sociaux. Bien que le premier ne pose pas de problème, c’est le second, se situant rue de la Chapelle, qui connaît des difficultés.

Le promoteur ICADE menace d'abandonner le chantier (FB/EI)

Le promoteur ICADE menace d’abandonner le chantier (FB/EI)

Un maire inquiet

Ce site avait déjà connu des difficultés à voir le jour. Dans une ville telle que Monthléry, il n’y a que très peu de place pour construire des logements. Le choix est donc restreint et tout espace se doit d’être optimisé au maximum. Dans le projet de base, il devait se construire 160 logements, dont 48 sociaux. Après de multiples débats avec différents ateliers d’architecture et un abandon de projet par le promoteur, c’est le groupe immobilier ICADE qui se propose pour cet aménagement. Le permis de construire est finalement délivré le 8 juin 2015 et donne lieu à un arrêté prescrivant un diagnostic archéologique.

« Ce terrain, sur lequel se trouvait une ancienne école, nous l’avons vendu pour 800 000 euros. Dans le contrat, il était prévu que la destruction de celle-ci soit à la charge du promoteur pour la somme de 200 000 euros. Si le promoteur se retirait, ce serait une catastrophe pour les finances de la ville  », s’inquiète Claude Pons. Ainsi, si ICADE décidait de se retirer à cause des fouilles archéologiques qui durent depuis plus d’un an et qui sont à la charge du promoteur, la ville se retrouverait dans une situation complexe. « De plus, nous prenons du retard sur ce projet et sur ce que prévoit la loi SRU. Donc, je veux construire mais je suis bloqué, alors je dois payer une amende car il n’y a pas assez de logements sociaux  ». Un vrai casse-tête, selon le maire. 

Le taux d’impôts a déjà été augmenté lors d’un conseil municipal en prenant en compte une estimation budgétaire équilibrée, notamment avec la recette de la vente de ce terrain indique la mairie. Si la commune devait renoncer à ces 800 000 euros de vente, elle devrait, en plus, rembourser les 200 000 euros de démolition de l’école au promoteur. « C’est une perte sèche d’un million d’euros », précise Claude Pons. Une perspective effrayante.

Les travaux n'avancent plus. (FB/EI)

Les travaux n’avancent plus. (FB/EI)

Un terrain complexe

Pour éviter cela, le maire assure faire « tout ce qui est en son pouvoir » pour faire avancer les fouilles au plus vite. « J’ai écrit au Premier ministre, j’en ai déjà parlé à la sous-préfète et j’attends que la Drac me réponde  ». La Direction régionale des affaires culturelles (Drac) se charge de conduire la politique culturelle, notamment dans le domaine de la conservation du patrimoine. Le maire de Montlhéry l’a donc alertée afin de trouver une solution. Bien que la Drac assure et contrôle le bon déroulement des fouilles, c’est l’Institut national des recherches archéologiques préventives (Inrap) qui se charge des diagnostics archéologiques et des fouilles.

Ainsi, lorsqu’un terrain est en voie de construction, un diagnostic archéologique préventif se doit d’être effectué. Et c’est là qu’apparaissent les premières surprises. Durant la première phase du diagnostic, les fouilles ont révélé des vestiges de constructions contemporaines rares de la Guerre de Cent Ans. Et c’est donc la deuxième phase qui présente des difficultés. « Le problème de Montlhéry, c’est qu’il s’agit d’une zone dense archéologiquement parlant  », affirme Jean-Pascal Lanuit, directeur régional adjoint des Affaires culturelles d’Ile-de-France. «  A l’issue de ce diagnostic, on peut émettre un deuxième arrêté si ce qui a été trouvé durant ces fouilles préventives mérite d’être approfondi ». Mais le retard s’est accumulé. « Pour poursuivre, il a fallu attendre que le terrain soit mis à disposition convenablement et ainsi attendre que la destruction de l’école soit effectuée ». Les fouilles s’étendent donc et le projet immobilier se trouve bloqué. La sous-préfète a, quant à elle, écrit à la directrice régionale des Affaires culturelles pour faire avancer les fouilles et trouver une solution afin de débloquer la situation. Pour l’heure, le chantier reste en suspens. Un casse-tête encore non résolu.