Vous les aurez sans doute remarqués. Il faut dire qu’ils ne passent pas forcément inaperçus. Depuis ce lundi 18 juillet, de nombreux avions empruntent des couloirs aériens qu’ils n’avaient pas pour habitude de prendre jusque-là dans leur approche de l’aéroport d’Orly. La raison de cette modification d’itinéraire est toute simple : l’une des pistes du deuxième plus grand aéroport de France en termes de trafic après celui de Roissy fait l’objet de travaux. Leur durée est estimée à six semaines, soit jusqu’au 28 août inclus. Aéroport de Paris (ADP), qui exploite le site, profite ainsi de cette période estivale pour réaliser ces travaux. Une politique qu’une partie des riverains de l’aéroport ne comprennent pas. Ces derniers étant impactés du fait des modifications de couloirs aériens engendrées par ces travaux.

Des travaux sur la piste la plus utilisée

Depuis plusieurs mois, pelleteuses, bulldozers et grues ont pris place dans le décor de l’aéroport qui effectue un lifting sans précédent. Avec un programme évalué à un milliard et demi d’euros, l’aéroport d’Orly cherche à s’installer durablement dans la hiérarchie des meilleurs aéroports d’Europe. Plusieurs bâtiments doivent être conçus pour permettre à cette plateforme de flirter avec la barre des 33 millions de passagers par an (Ndlr : actuellement à près de 29 millions) d’ici les années 2020. Un pôle intermodal doit ainsi voir le jour, permettant aux voyageurs une fois descendus de l’avion de pouvoir rejoindre la ligne de tramway T7 ou encore le métro 14 qui pourrait arriver jusqu’à l’aéroport à l’horizon 2024. Toutefois, ces travaux n’ont aucune incidence sur la modification du trafic aérien remarquée depuis ce lundi 18 juillet et qui se poursuivra jusqu’au 28 août.

En effet, le Groupe ADP (Aéroport de Paris) qui exploite le site procède à la réfection d’une de ses pistes. « Nous refaisons la surface de roulement de la piste 4, confirme-t-on du côté du complexe d’Orly. Celle-ci avait fait l’objet d’une rénovation en 2006 puis d’une intervention sur la chaussée aéronautique en 2011. À ce jour, elle nécessite de reprendre son revêtement de chaussée pour la remettre dans un état de fonctionnement optimal ». En plus de cette réfection de la piste 4, le système de balisage sera aussi revu, tandis que le seuil de piste 4 et de ses instruments de radio navigation seront mis en conformité. Bref, des opérations courantes pour un aéroport.

Des riverains excédés par les travaux

Si les travaux concernant l’extension de la plateforme aéroportuaire n’ont aucun impact sur le trafic aérien, la rénovation de la piste 4 en a. D’autant plus qu’il s’agit « de la piste la plus utilisée habituellement avec la piste 3 », assure-t-on du côté d’ADP. Totalement neutralisée jusqu’à la fin des travaux, la piste 4 n’accueillera plus d’avions jusqu’à la fin août. Pour pallier à cela, le gestionnaire de l’aéroport d’Orly a fait le choix de reporter les vols qui devaient transiter par celle-ci sur la piste 3. « Cette dernière ne pouvant accueillir tout le trafic, la piste 2 a aussi été ouverte », poursuit le gestionnaire du site. En tout, ce sont plus de 2 000 décollages et atterrissages qui ont été décalés ou supprimés par les compagnies aériennes, sur une base volontaire.

Seulement, la parade trouvée par l’aéroport pour transvaser les vols d’une piste vers l’autre entraîne un changement de la fréquentation des couloirs aériens. Ainsi, des zones peu survolées habituellement se retrouvent aujourd’hui à absorber une partie du trafic aérien. Si pour les communes qui sont situées sous le couloir aérien qui mène à la piste 3, la situation reste globalement la même, cela est tout autre pour les communes localisées sous le couloir conduisant à la piste 2. Ces dernières sont ainsi regroupées sur un axe nord-sud allant de Paray-Vieille-Poste à Brétigny, en passant par le Val d’Orge ou encore Juvisy-sur-Orge. Une situation que ne digèrent pas certains riverains qui voient les avions se multiplier dans le ciel au-dessus de leur maison. « Depuis ce lundi, ça n’arrête pas. On ne peut même plus profiter de son jardin tellement les vols sont nombreux. C’est rageant ! », peste un habitant de Savigny-sur-Orge. « Malgré la chaleur étouffante, nous ne pouvons pas ouvrir nos fenêtres à cause du ballet incessant d’avions devant les habitations de notre rue. Chaque année, ce n’est pas normal de devoir nous priver de nos libertés et de notre tranquillité pour la réfection des pistes. Ça ne s’arrête plus ! », s’insurge quant à elle une habitante de Villemoisson-sur-Orge.

Expliquant que ces travaux d’entretien sont nécessaires pour éviter tout risque d’accident, ADP ne peut apporter de solutions miracles aux riverains excédés. « C’est vrai que cela peut gêner des riverains qui n’ont pas l’habitude d’être survolés, commente la société. La piste 2 est utilisée principalement au moment des pics de trafic. Il y en a un tôt le matin, un en début d’après-midi et un en début de soirée », renseigne cette dernière. Un couvre-feu est également assuré entre 23h30 et 6 heures du matin. « On ne voit pas la différence. Ça continue sur le même rythme toute la journée », lâche Gilbert, un habitant de Sainte-Geneviève-des-Bois. « Nous n’avions pas d’avions quand nous avons acheté il y a 17 ans, mais depuis plus de cinq ans, en juillet-août, c’est infernal », reprend la riveraine installée à Villemoisson. « Il n’y a pas plus de créneaux qui ont été distribués aux compagnies aériennes que pour les autres années. Nous tournons toujours à 250 000 créneaux par an, confirme ADP. Le temps des travaux, les riverains devront s’armer de patience », conclut la société gérante de l’aéroport d’Orly. Voilà qui est dit.