Élevée à Guibeville avec ses trois frères et sœurs, elle décide rapidement de faire de la photo, un mode de vie. Jamais sans son appareil, cette néo Corbeil-Essonnoise travaille sans relâche afin d’aiguiser son objectif. Après une scolarité tumultueuse, elle s’accroche avant de se lancer dans des études de photo. Si elle vit là l’une des plus belles années de sa vie, le monde de la photo finit par la faire redescendre sur terre, parfois même à la dégoûter. Devenue l’une des références du département, cette talentueuse photographe aussi aventurière que passionnée garde pourtant un avenir pour le moins incertain.

Essonne Info : Quand t’es venue cette passion pour la photo ?

Leslie : J’ai toujours tout regardé, tout observé. J’ai eu mon premier appareil photo, c’était un APS, un argentique. C’est un truc tout nul aujourd’hui, mais moi j’avais ça, je faisais des photos en vacances avec mes frères et sœurs. Depuis que je suis toute petite, je dis que je veux faire de la photo. D’ailleurs, j’ai des amis d’enfance que je recroise aujourd’hui et que je n’ai pas revu depuis 15 ans, qui me disent « c’est dingue que t’aies tenu cette passion tout ce temps et que tu veuilles encore en faire ton métier ». Je ne pourrais même pas expliquer d’où me vient cette passion. Je suis tombée dedans.

Qu’as-tu fais comme études pour en arriver là ?

J’ai eu un parcours difficile, avec une scolarité très compliquée. Et j’ai commencé à pratiquer un peu plus la photo au collège Galilée, dans un club photo dirigé par Thierry Gentil. J’ai été dans le vif du sujet à partir de ce moment-là. Après un Bac L, j’ai commencé une licence d’histoire. J’ai arrêté au bout d’un an, j’ai bossé un peu, notamment dans le sud tous les étés, à faire des photos sur la plage pendant 3 ans pour une boîte. C’est très ingrat mais c’était un très bon exercice. Je me suis rendue compte qu’à part la photo, je n’avais rien envie de faire, du coup j’ai postulé à une école de photos publique à Paris (Brassaï), et seulement à cette école. Si je ne faisais pas ça, je ne faisais rien d’autre, et la sélection était juste horrifiante.

Le miracle est arrivé, comment s’est passée ton année ?

Je partais pour un an, j’ai fait un bac pro. Comme j’avais déjà un bac littéraire je ne passais que les matières professionnelles sur un an, au lieu de trois. Et là, ça a été la révélation. J’ai toujours aimé travailler en argentique, avec le même boitier. A l’école j’ai en plus découvert la chambre photographique, et c’est tout simplement magique pour un photographe. J’ai adoré faire ça. J’avais plein de matériel à portée de main, un studio, un labo… Avant j’avais un petit appareil, et là j’avais des profs avec des connaissances de fou. J’ai profité de cette année-là pour prendre tout ce que je pouvais prendre. C’était juste un rêve, la révélation. Je me suis dit « c’est ça que je veux faire, pas autre chose ».

Parlons de ton examen final, qu’est-ce que tu as présenté ?

Il fallait préparer 4 sujets dont 2 qu’il fallait aboutir. Le thème c’était sur l’identité culturelle. On devait faire de l’argentique, et du numérique. Ça m’embêtait de faire du numérique, mais c’était obligatoire. J’ai beaucoup travaillé dans les labos. J’ai un camarade de classe qui venait en labo juste pour me regarder travailler. J’ai tout développé moi-même, j’ai fait ma propre chimie, mon propre tirage… On pouvait « tout faire faire », mais moi je n’avais pas envie de présenter un truc tout fait, c’était limite trop facile. Pour moi le résultat final d’une image, c’est le tirage, et même l’encadrement puisque j’en fais maintenant. Mon projet m’a pris des heures et des heures, et même des nuits de travail. Puis j’ai présenté tout ça et ça s’est super bien passé.

Sur mon dernier bulletin, mon prof de photo m’avait mis en commentaire « je n’ai pas à noter Leslie, Leslie est une vraie photographe », et ça c’est le meilleur compliment que j’ai eu. Ensuite sur mes deux sujets aboutis, j’ai bossé sur des trucs super personnels. Et quand j’ai présenté mon projet, avec l’émotion et le stress, je me suis effondrée. L’une des photographes dans le jury s’est elle aussi mise à pleurer, puis j’ai eu un super retour. Ils m’ont demandé si j’avais tout fait toute seule, et ils étaient sur le cul parce que j’étais la seule à avoir fait ça.

Première expérience professionnelle au sortir de l’école, qu’en as-tu retenu ? Le rêve s’est-il poursuivi ?

Ensuite j’ai été assistante photographe dans un studio photo pendant un an. Un studio qui faisait des produits de pub. Ça allait aussi bien du bijou bas de gamme au mannequinat. Moi, je sortais de mon école, avec des rêves plein la tête. Je me disais que ça allait être génial et j’arrive là-bas, tu n’es même pas respectée. Tu fais des heures supplémentaires et tu n’es même pas remerciée. Tu descends de ton nuage. En plus tu fais des photos, tu les travailles, tu passes des heures à les retoucher, et après c’est envoyé en Thaïlande pour 30 centimes à des personnes qui travaillent de nuit, qui retouchent tout ça pour des résultats horribles. Et là tu te dis, « c’est ça le monde de la photo ! ». Et donc j’ai décidé d’arrêter la photo professionnelle.

Avec la personne avec qui je travaillais là-bas, on a décidé de faire nos sacs à dos et de partir 6 mois. On voulait partir à l’étranger, puis on s’est dit qu’on allait d’abord découvrir notre pays. On voulait faire un reportage photographique sur le monde artisanal en France. On est partie sans trajet précis. On a toqué chez des gens pour dormir ou pour planter nos tentes. On a jamais abouti le projet, mais ça été la meilleure expérience de ma vie. Cette expérience m’a énormément enrichie, mais j’étais partie pour vraiment arrêter la photo professionnelle. 

Mais finalement ta passion t’a rattrapé, tu travailles de nouveau dans la photo ?

Oui, en revenant j’ai bossé dans la restauration, puis quelques temps plus tard, j’ai reçu un appel de mon patron actuel pour que je vienne bosser. Je me suis dit, pourquoi ne pas remettre un pied dans la photo. Mais j’y allais en me disant que ce n’était pas le bon plan. J’allais faire un truc que je n’avais pas envie de faire de base. Pour moi j’allais faire de la photo de merde, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas le cas. J’ai énormément appris, j’ai même été responsable là-bas. J’ai vraiment appris à gérer une boutique et j’ai eu beaucoup de retours bienveillants. Beaucoup de photographes veulent que je tire leurs photos. C’est ma récompense à moi.

Et qu’en est-il de tes photos personnelles ?

Mes photos, entre la sortie de l’école et il y a quelques mois en arrière, étaient dans une boîte, dans un carton, chez moi. C’est resté là, j’avais complètement mis ça de côté. Je ne faisais plus de photos perso et je ne voulais pas prendre mon appareil photo le week-end, ça me saoulait. C’était devenu un boulot, j’ai arrêté de faire de la photo pour moi. Et c’est mon conjoint qui m’a encouragé à en faire quelque chose. Je ne me sentais pas légitime à la base. C’est grâce à lui que ça a commencé. Il s’est arrangé avec Olivier Perrin, un autre photographe essonnien,  pour que j’expose là, au restaurant Al Tannour.

Entre temps il y avait un concours photo, c’était le grand prix photographique et je me suis dit pourquoi pas. Mais avec le boulot, j’ai des très grosses périodes de travail dans l’année et ça tombait sur cette grosse période, donc je n’avais pas le temps de bosser des trucs perso. La date limite est arrivée pour envoyer les dossiers, et je n’avais pas de projet, pas de photo. Mon conjoint était déçu que je n’envoie pas de dossier. Il fallait envoyer le dossier le 30 novembre dernier délai, et le 30 novembre je me suis dit « allez, je le fais ». Et j’envoie ma série de photos que j’avais faite à Roissy une fois lorsque j’étais allée chercher une amie. Quelques jours après je reçois un mail qui me dit « vous êtes finaliste pour le prix photo ». Il y avait eu 530 candidatures, et j’étais dans les 9 finalistes. C’était énorme.

D’autres projets sont en cours ?

Après ça, Franck Senaud qui m’a proposé d’exposer à Vert-le-Grand. On était 6 femmes photographes, et le thème c’était « Regards en noir et blanc ». Je voulais bosser sur une série sur le corps et le sentiment, une idée que j’avais depuis mon bac pro. Et l’occasion s’est présentée puisqu’il y a une personne qui est venue et qui m’a dit qu’elle voulait faire des nus. Les photos étaient superbes et je lui ai demandé si je pouvais les présenter à Vert-le-Grand. Elles ont eu un franc succès.

Un photographe a ensuite parlé de moi au GNPP (Ndlr : Groupement National des Photographes Professionnels), et comme via mon travail je suis photographe du GNPP, ils m’ont appelé pour me dire qu’il y avait une expo photo et me demander si je n’avais pas des photos à présenter. Le thème c’était sur l’instinct et ça pouvait être l’instinct de grâce. Du coup je leur ai envoyé mes photos de nu, et deux de mes photos ont été exposées à Paris à l’UPP (Ndlr : Union des Photographes Professionnels).

Tu vas exposer à Paris, est-ce qu’exposer pour vivre est devenu un objectif pour toi ?

Mes projets photos que j’avais en tête, je veux les reprendre, je veux passer du temps à les bosser, à les présenter, et à essayer de les développer. Mais non, je ne me fixe pas cet objectif. Ça serait merveilleux, je ne cracherais pas dessus, mais je me dis que si déjà je fais quelques expos et que ça peut juste arrondir mes fins de mois, ça serait merveilleux.

As-tu encore un rêve en rapport avec la photo ?

Oui j’ai un rêve, je veux exposer au Grand Palais. J’adore le Grand Palais et je me suis toujours dit que si un jour j’ai mes photos dans ce lieu, j’aurai réussi ma vie. Après je n’ai pas d’objectif à atteindre. Tant que je fais ce qui me plaît, ça me va. Et à la limite, vues mes expériences dans le milieu professionnel de la photographie, je me dis que moins j’en vis mieux c’est. Parce qu’en fait, là où je m’épanouis le plus, c’est quand il n’y a pas à gagner sa vie derrière. Il n’y a pas la pression de me dire qu’il faut que je paie mon loyer avec ça. Mais quand j’étais plus jeune, mon objectif c’était de bosser pour une agence comme Magnum. C’était ça mon rêve d’enfant.

Vice-présidente du collectif de photographes « Perspective[s] », créé il y a peu, Leslie devrait exposer et pourquoi pas vendre trois de ses photos en octobre prochain (du 8 au 15). Après ses expositions au restaurant libanais « Al Tannour » à Evry (mois de mars), au château de la Saussaye (9 et 10 avril), et à l’UPP (du 10 au 30 juin), la jeune essonnienne sera cette fois dans la maison des artistes de Châtillon (du 8 au 15 octobre). De quoi se montrer encore un peu plus au grand public.

Site internet : lesliecavarroc.com