Tout est parti d’une publication Facebook, de celles qu’on croise tous les jours sur le réseau social bleu et blanc. C’est sur le mur du groupe « Tu sais que tu viens d’Evry quand », par ailleurs très animé et sujet à de nombreuses publications pas toujours en rapport avec la vie évryenne, que le montage polémique a été publié le 13 mai dernier (supprimé depuis).

Ce dernier représente Manuel Valls en bien mauvaise posture, devant une voiture en marche, sur le modèle des questions posées lorsque l’on veut obtenir le code de la route. Les questions, elles, sont sans équivoque et plutôt agressives : « je conserve mon allure – a, j’accélère- b, je marque l’arrêt sur sa tête et je fais patiner mes pneus –c, je stoppe et le castre avec un coupe-ongle -d, je le quenellise avec la bande blanche -e ».

La publication a notamment été partagée par Stéphane Le Personnic, élu Les Républicains sur Evry, ce qui l’a rendue visible par tous. Un post diffusé également par un des agents territoriaux de la commune, un animateur du nom de Bob Brahmi. Après quelques heures sur la toile ce montage attire sur lui l’attention du maire d’Evry, Francis Chouat. Ce dernier ne manque pas d’exprimer sa stupéfaction suite à ces publication. Notamment envers l’agent qui travaille pour la commune depuis de nombreuses années. Celui-ci est très rapidement suspendu de ses fonction d’animateur pour « faute grave  ».

« Je trouve ça disproportionné, regrette Stéphane Le Personnic. C’était Manuel Valls, mais ça aurait pu être n’importe qui d’autre, c’est une blague gamine. C’est un non-événement qui a pris des proportions hors-normes », poursuit celui qui a fait l’objet d’un gros rappel à l’ordre en conseil municipal, le 26 mai dernier, de la part du maire, Francis Chouat, surtout suite à une seconde publication de sa part sur les réseaux sociaux. Celui-ci a notamment publié un montage du Premier ministre grimé en Hitler, sur lequel il est écrit « Bossez et fermez vos gueules ». Francis Chouat n’a ainsi pas hésité à parler de son opposant comme d’un « deuil de la République ». « Je l’ai publié juste après avoir appris la nouvelle concernant la mise à pied de Bob, s’est alors expliqué Stéphane Le Personnic. Je voulais simplement faire remarquer que dans cette ville, on n’a plus le droit de rien dire  », assure celui qui s’est excusé publiquement sur son compte Facebook.

Sur demande du Préfet, la justice s’est emparée du dossier et le Procureur de la République d’Evry a ouvert une enquête au sujet de ces partages.

Concernant l’animateur, les conséquences à cette publication ne se limitent pas à une dispute avec l’édile. « Je ne fais pas de politique, Stéphane Le Personnic est simplement un bon copain depuis près de 25 ans, explique à Essonne Info Bob Brahmi, l’agent municipal suspendu. Quand je suis revenu à mon travail, mon Directeur général adjoint m’attendait avec un policier municipal, muni d’un arrêté, pour m’annoncer la perte de mon emploi pour faute grave. J’étais abasourdi. Sur le coup, j’en ai même perdu l’ouïe quelques instants. Je ne pensais pas qu’un geste du doigt, un petit clic, un simple partage, me vaudrait mon emploi.  »

Un conseil de discipline s’est tenu avec des élus d’Evry et des représentants du personnel le 5 juillet dernier. Par 6 voix contre 5, l’assemblée confirme le renvoi de l’homme de 40 ans, présent ce jour-là avec son avocat. « Pendant le conseil de discipline, j’ai enfin pu m’exprimer et présenter mes excuses, raconte Bob Brahmi. Même si ma prise de parole n’a pas été bien longue. Je leur ai expliqué que la photo avait été partagée en dehors des heures de service, et que sur le coup elle m’avait fait rire. Je ne suis même pas à l’origine du montage ! Et je n’ai rien de personnel contre Manuel Valls. »

L’Express, BFM TV, France Soir, Europe 1, Le Parisien… Bob Brahmi, à la suite de son renvoi, fait les gros titres de la presse locale mais aussi nationale.

Un reportage lui est notamment consacré sur la chaîne France 3, lui aussi très partagé sur les réseaux sociaux par ceux qui affichent leur soutien à l’homme de 40 ans. Si ce dernier admet que l’image a « un côté violent » et « un peu beauf », il assure être « un profond non-violent » et trouve la décision de la mairie « invraisemblable ». « Il y avait d’autres sanctions possibles ! Une suspension, qui peut aller jusqu’à deux ans, aurait envoyé un message fort et clair. J’aurais compris. Mais non : j’ai publié une photo anti-Valls, et je n’ai plus de boulot… »

« Cette même liberté d’expression qu’on prône depuis les attentats de Charlie fait qu’on m’accuse, moi, de menaces de mort, poursuit-il. Les couvertures de Charlie Hebdo sont parfois pires. Je ne vais certainement pas m’en prendre au Premier ministre, c’est une folie, et les gens d’Evry le savent. »

Père de cinq enfants, son inquiétude est partagée par de nombreux internautes, qui lui conseillent de ne pas en rester là. A Evry, quelques -uns arborent même une photo de profil qui mentionne « Je suis Bob Brahmi », sur le modèle des célèbres lettres sur fond noir « Je suis Charlie », partagées dans le monde entier après la tuerie de Charlie Hebdo.

Liberté d’expression ou atteinte grave au droit à l’image, le débat fait rage par réseaux sociaux et commentaires interposés.

« Il y a atteinte à l’image d’un élu. Pour Francis Chouat, la question est tranchée. Ce n’est pas juste un photomontage, c’est un appel au meurtre, insiste le maire. Ce n’est en plus pas la première fois que ça arrive. A Montargis, un cas similaire s’est produit, et a fait jurisprudence. De plus, [Bob Brahmi] est un fonctionnaire territorial, qui travaille auprès des enfants. Ce n’est pas un acte anodin. Aujourd’hui, on considère qu’au nom de la liberté d’expression, on ne devrait pas poursuivre ce genre de publication. Non, c’est un acte grave, et c’est inconscient de considérer cela comme des blagues potaches. »

Bob Brahmi a déjà fait appel de la décision auprès du tribunal administratif de Versailles. Son prochain objectif est de lancer sur Internet un financement participatif pour payer ses frais d’avocat. II « se battra jusqu’au bout, même si ça doit aller au Conseil d’Etat ».