Dans six mois tout juste, le plus grand bailleur social d’Île-de-France avec pas moins de 50 000 logements à son actif va s’éteindre. Celui-ci, c’est l’Opievoy. En effet, cette structure interdépartementale conjointement gérée par l’Essonne, le Val-d’Oise et les Yvelines est actuellement sur le point de fermer boutique après 96 ans d’existence. La raison de cette extinction brutale ? L’existence de la fameuse loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, plus communément appelée loi ALUR. Celle-ci prévoit notamment le démantèlement des structures interdépartementales de ce type.

Les jours de cette structure sont donc comptés. Le 1er janvier 2017, elle aura officiellement disparu, et le parc de 50 000 logements se retrouvera sans gestionnaire. « Mais le but n’est pas d’en arriver là. Il nous reste quelques mois pour trouver une solution pour ce patrimoine avant le démantèlement de l’Opievoy », annonçait en février dernier le président du Conseil départemental de l’Essonne François Durovray, plutôt confiant sur le sujet. Quatre mois plus tard, et surtout à six de l’échéance finale, où en est-on à propos de ce parc de 50 000 logements, au sein duquel on dénombre près de 12 000 logements présents sur le sol essonnien ?

Statu quo autour de l’avenir des 12 000 logements

Justement, bien malin qui peut dire aujourd’hui ce que vont devenir les 11 765 logements du parc essonnien. La situation en cette fin juin est proche de celle de ces derniers mois. À quelques points près. Le département du Val d’Oise a décidé de procéder à un transfert du patrimoine et des activités de l’Opievoy localisés sur son territoire à l’office public de l’habitat départemental, Val d’Oise Habitat. L’ensemble des logements dans ce département reste donc dans le giron du public. Tout l’inverse de l’Essonne. « Dans les autres départements, des solutions sont en passe d’être trouvées. Ces logements seront repris au sein d’un office public départemental, reprend François Durovray. Or, les finances de notre département ne nous permettent pas de nous lancer dans une opération comme celle-ci ».

C’est pourquoi la majorité a présenté une délibération débattue lors de la séance publique de ce lundi 27 juin. Cette dernière actant la renonciation du département à créer un office public pour les raisons évoquées plus haut. Cette délibération a finalement été approuvée par la majorité, sans les voix de l’opposition de gauche. « Tout ceci donne l’impression d’un désengagement du Département. Notre idée était de s’inscrire dans la logique de l’étape précédente avec la création d’un office public », assure David Ros, le chef de l’opposition. Faute de pouvoir créer cette structure, celui qui est également maire d’Orsay regrette le manque d’information autour de l’avenir de ces logements. « Si dans la délibération, il y avait eu une solution déjà proposée, ça aurait été différent, cela aurait pu changer notre vote. Or, on nous donne le cadre sans savoir qu’elle va être la suite. C’était un quitus trop lourd pour pouvoir voter cette délibération », précise ainsi David Ros. « Une prochaine délibération devra par ailleurs acter des modalités de dissolution de l’Opievoy et du transfert de son patrimoine à la structure ou aux structures repreneuses », a souhaité à rassurer François Durovray. « On restera attentif par rapport à la suite », a confirmé pour sa part David Ros.

L’inquiétude gagne les locataires

Malgré cette délibération votée le 27 juin, l’avenir des 12 000 logements est toujours aussi opaque. Une situation qui, plus le temps passe, commence à en préoccuper certains. Car aujourd’hui, l’inquiétude a tendance à gagner les locataires qui ont été avertis de ce démantèlement il y a peu. Plusieurs dizaines d’entre eux s’étaient d’ailleurs retrouvés devant les portes de la Cité administrative d’Évry, ce samedi 25 juin, dans le but d’alerter les pouvoirs publics sur leur situation. Armés de quelques banderoles, les manifestants sont venus de Grigny, Briis-sous-Forges, Athis-Mons, Boussy-Saint-Antoine, Massy, Yerres ou encore de Dourdan. « Lors d’une réunion que l’on a eu avec l’Opievoy vendredi dernier (Ndlr : le 24 juin), on nous a appris la dissolution du bailleur, mais on ne nous a pas dit ce qu’on allait devenir. Qui va nous reprendre ? », lance incrédule, un locataire inquiet quant à l’avenir de son logement. « On veut défendre notre logement. Moi-même, j’ai attendu six ans avant d’avoir le mien », reprend Marie-Claude, une locataire installée à Dourdan.

3 200 logements de la Grande Borne sont concernés (TG/EI)

3 200 logements de la Grande Borne sont concernés (TG/EI)

D’autres sont tracassés par les modalités de reprise des logements. « On ne veut pas être locataire d’un office privé, ça changerait tout, s’exclame un locataire habitant lui aussi Dourdan. Les charges vont forcément croître », continue ce dernier. « Il faut que l’Etat impose un cahier des charges au repreneur, quel qu’il soit pour ne pas que les loyers augmentent », lâche Claude Vazquez, ancien maire (PCF) de Grigny également présent auprès des manifestants. Sa commune possède plus du quart du patrimoine de l’Opievoy en Essonne sur son territoire, avec pas moins de 3 200 logements répartis sur le quartier de la Grande Borne. « Face à la grande pénurie de logements HLM en Île-de-France, il faut préserver le secteur public. On s’attend à ce que des sociétés anonymes privées reprennent le secteur, et s’entendent sur d’éventuelles « ventes à la découpe », craint Claude Vazquez. C’est pourquoi il faut bien border les choses avec les repreneurs, d’autant plus que cela va se faire avec en toile de fond, le programme de rénovation urbaine ».

Une délégation d’élus a notamment été reçue par la préfète de l’Essonne samedi 25 juin à cet effet. Reste maintenant à savoir à quelle vitesse vont évoluer les choses.