MJC en voie de disparition, fin du festival Cinessonne… Alors qu’on s’inquiétait il y a peu sur le devenir de la culture en Essonne, milieu soumis comme tant d’autres aux coupes budgétaires et aux pertes de subventions, le Département semble vouloir donner un coup de fouet à sa politique culturelle. « Une politique culturelle qui n’est ni de droite, ni de gauche », déclare Aurélie Gros, vice-présidente déléguée à la Culture, en défendant devant l’Assemblée son rapport sur la nouvelle politique d’action culturelle à donner au département.

Le projet se veut ambitieux, partenaire des autres collectivités et de l’Etat. Avec entre autres, de nouveaux moyens pour « valoriser le patrimoine de l’Essonne » et pour une « ouverture [de la culture] à tous les Essonniens ». Dans les faits, cette politique « s’inscrit dans la continuité de ce que l’ancienne majorité faisait, notamment avec la délibération prise en 2013 », fait remarquer Stéphane Raffalli, conseiller départemental d’opposition, prédécesseur d’Aurélie Gros et par ailleurs maire de Ris-Orangis. Cette délibération aura, en tout cas, permis de mettre l’accent sur un point, sur lequel les deux parties s’accordent. L’Essonne est un territoire culturel riche, avec beaucoup à offrir. Mais l’ensemble reste en grande partie à configurer, et les financements doivent suivre. La majorité n’exclut pas pour mener à bien l’ensemble de ses mesures des fonds issus de mécénats ou de partenaires privés.

L’Essonne, un territoire plein de potentiel

Les domaines de Méréville et de Chamarande, le Musée français de la photographie, le Théâtre de l’Agora, le site archéologique d’Etiolles… Les équipements de la culture et du patrimoine essonniens ne manquent pas. La majorité a détaillé ce lundi ses idées de revalorisation de son territoire. Avec, comme projet phare notamment, la reconfiguration de la maison-atelier du peintre franco-japonais Foujita à Villiers-le-Bâcle. « Avec l’appui de partenaires publics et privés, de nouveaux espaces permettront d’améliorer les conditions d’accueil du public, l’organisation d’actions éducatives, et la présentation des chefs d’œuvre de Foujita en partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Reims », détaille la majorité dans son rapport. Les œuvres phares de cet artiste sont aujourd’hui exposées à Reims, et le remodelage de l’équipement de sa maison-atelier est estimé à 3 millions d’euros.

Le Département entend aussi mettre en avant le Musée de la photo de Bièvres, un de ses équipements culturels majeurs, avec le projet Photopolis. « Inscrit au contrat de plan Etat-Région (CPER), [Photopolis] vise à doter le musée de nouveaux équipements et à mettre sa collection à disposition des publics », explique le rapport.

Enfin, un festival de musique à portée internationale sur le domaine de Chamarande est l’un des autres projets d’envergure souhaités par la majorité. Sans plus de détails, Aurélie Gros précise qu’il s’agirait d’un festival de « musiques actuelles », et que le Département n’organisera ni ne financera l’événement. « Il se contentera de mettre à disposition le domaine de Chamarande. »

Plus de projets pour le Sud-Essonne

Pour lutter contre les disparités numériques, le Conseil départemental souhaite mettre en place dans le sud du département des fab lab, en lien avec la bibliothèque départementale de l’Essonne (BDE). Les fablab (contraction de « fabrication laboratory »), prendraient la forme d’espaces itinérants (il s’agirait des médiabus de la BDE) avec des ordinateurs et des outils numériques – en l’occurrence des tablettes).

« Avec le projet Photopolis du musée français de la Photographie, il permettra de sensibiliser aux usages de la 3D et des nouvelles technologies les plus innovantes, de développer l’innovation ouverte et collaborative, ainsi que les arts numériques. Il s’adressera au grand public, aux entreprises, aux artisans, aux étudiants, aux scolaires… auxquels il proposera un accès aux technologies de prototypage rapide et de la fabrication numérique (découpeuse laser, imprimante 3D, scanner 3D, découpeuse vinyle, kits d’initiation à l’électronique… », précise le rapport.

« Il y aura également un fonds numérique, alloué par la BDE, mis à disposition des bibliothèques et des médiathèques de tout le département », complète Aurélie Gros.

L’accès à la culture pour tous ?

Outre les actions culturelles dans les collèges et les Maisons des solidarités, comme l’exposition d’art contemporain, c’est avec des dispositifs comme Démos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale, né en 2010) que le Département entend faciliter l’accès des jeunes essonniens à la culture.

En partenariat avec la Philarmonique de Paris, Démos est un projet de démocratisation culturelle qui a l’habitude de travailler avec les collectivités territoriales sur la question de l’accès à musique classique dans les quartiers difficiles. « Le problème de Démos, qui par ailleurs marche très bien, c’est que très peu d’enfants vont en bénéficier », relève lors du débat Marjolaine Rauze, conseillère départementale d’opposition et maire (PCF) de Morsang-sur-Orge.

Stéphane Raffalli s’inscrit dans la même réflexion : « L’Essonne doit être un territoire de création, la culture ici ne s’adresse qu’à quelques-uns. Le Département doit être à nouveau un aménageur culturel ». « Quand on parle de culture, il faut être dans une démarche d’ouverture, rebondit Marjolaine Rauze lors de son intervention. Pourquoi ne pas s’ouvrir à des artistes autres qu’Essonniens ? ». Jérôme Guedj, quant à lui, se fait modéré sur la question épineuse du financement. « Il faudrait qu’on en sache un peu plus. D’autre part, le tissu associatif ne doit pas se sentir pénalisé ! »

Aurélie Gros, en tout cas assure le soutien du Département aux structures les plus fragilisées : « les MJC vont être réintégrées dans la politique culturelle du département, où c’est leur place. Les artistes essonniens et les plus petites associations sont bien soutenues par le Département. Mais les autres collectivités, comme les agglos doivent prendre leur part de responsabilité. »