Comment l’industrie du jeu vidéo de Montréal évolue pour répondre à la demande de main-d’œuvre

Montréal s’est taillé une place de choix en tant que leader mondial dans le domaine du développement de jeux vidéo. Elle doit maintenant faire face à un nouveau défi : une pénurie de main-d’œuvre.

La ville abrite des leaders de l’industrie tels qu’Ubisoft, Warner Bros. Games et des studios boutiques comme Behaviour Interactive, s’imposant comme une force notable dans le secteur des jeux vidéo depuis près de trois décennies.

Le développement de jeux vidéo emploie 14 000 personnes dans plus de 280 studios différents au Québec, ce qui représente une contribution annuelle de 1,4 milliard de dollars à l’économie du Québec, selon Émilien Roscanu, directeur des communications de l’association industrielle La Guilde du jeu vidéo du Québec, un organisme sans but lucratif qui met en relation les participants du secteur, notamment les développeurs et les entrepreneurs.

Le nombre de studios de jeux vidéo actifs au Canada en 2021 était 35 % plus élevé qu’en 2019, selon l’Association canadienne du logiciel de divertissement.

L’industrie du développement de jeux vidéo de Montréal a parcouru un long chemin. La croissance a vraiment commencé en 1997, lorsqu’Ubisoft a installé un bureau dans le quartier Mile-End de la ville, où elle réside encore aujourd’hui. L’année précédente, le Québec a instauré son crédit d’impôt remboursable pour la production de titres multimédias, dont les jeux vidéo. Les studios affluent à Montréal, car la ville possède désormais la plus forte concentration de sociétés internationales de jeux vidéo au monde, explique M. Roscanu.

Cette croissance s’accompagne d’un nouveau défi : attirer et retenir le personnel. Selon les données du gouvernement fédéral, on prévoit une pénurie continue de développeurs de jeux vidéo au cours des dix prochaines années, en raison de l’expansion de l’industrie et des départs à la retraite.

Le recrutement est essentiel, mais la rétention est depuis longtemps un problème pour le secteur. Réputé pour ses longues heures de travail et son mauvais équilibre entre vie professionnelle et vie privée, le secteur est aux prises avec une main-d’œuvre qui ne reste pas toujours à long terme.

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« Les gens arrivent jeunes, avec beaucoup de passion et d’enthousiasme, et il arrive assez souvent qu’au moment où ils ont des enfants ou qu’ils passent à autre chose, ils changent d’industrie », explique Jonathan Lessard, professeur associé en design et en arts informatiques à l’Université Concordia.

Dans ce que l’industrie appelle le « crunch time » ou « crunch » en abrégé, les développeurs doivent travailler de très longues heures pour respecter les délais des projets. Bien que les conditions aient commencé à s’améliorer, M. Lessard affirme que c’est toujours une réalité et que c’est une partie nécessaire d’un projet à certains moments.

Lorsqu’il se souvient de son rôle de débutant chez Electronic Arts Inc. au début des années 2000, Chris Ferriera déclare : « Je vivais littéralement sous mon bureau. »

« C’était une époque où je pouvais, et j’ai aimé ça », dit l’actuel vice-président des studios de création chez Behaviour Interactive.

Selon Harry Marshall, étudiant en conception de jeux au Collège LaSalle, les étudiants et les nouveaux venus dans l’industrie sont plus exposés aux heures de pointe, car ils sont impatients de montrer ce qu’ils peuvent apporter à une entreprise.

Pourtant, l’industrie semble changer à mesure que la transparence autour des crunchs augmente. Harry Marshall dit qu’on l’a encouragé à poser des questions sur le crunch time pendant l’entretien pour illustrer comment la vision de l’entreprise correspond à ce qu’il recherche.

« Je pense qu’il est vraiment important de traiter les employés correctement lorsqu’il s’agit de périodes critiques, car c’est quelque chose qui peut vous détruire – vous devez être prudent », dit Marshall.

Lessard dit avoir observé une amélioration de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée dans l’industrie depuis la crise dite des RH de 2020, lorsque des accusations de culture de travail toxique et de harcèlement chez Ubisoft ont conduit à un remaniement de ses cadres, y compris du président de la division canadienne de l’entreprise.

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À Montréal spécifiquement, il y a aussi l’obstacle de la loi 96, qui exige que le français soit la langue prédominante parlée dans les lieux de travail québécois.

La pandémie a contribué à l’évolution des exigences de la main-d’œuvre. Selon M. Ferriera, elle a permis de relativiser les choses et de réorienter les priorités vers la vie en dehors du bureau. Le nouvel accent mis sur le travail hybride a également contribué à cet équilibre.

« J’ai pu voir mes enfants grandir », dit Ferriera. « Je peux les voir aller à l’école et les récupérer, donc il y a ce bénéfice personnel ».

Katia Zenava, enseignante à l’école de conception de jeux de LaSalle, dit qu’elle dit toujours à ses étudiants que, quel que soit le marché du travail ou ce que l’on attend d’eux, ils peuvent compter les uns sur les autres.

« Le travail d’équipe dans ce secteur est le facteur le plus important ».

Les entreprises et les écoles ont travaillé pour faciliter cette transition vers le marché du travail. En 2019, Concordia a lancé un programme de développement de jeux avec Ubisoft. Les étudiants peuvent également assister à des événements de réseautage et à des sommets tout au long de l’année pour entrer en contact avec des entreprises.

« Juste entre le Fonds des médias du Canada et Ubisoft qui est une sorte de pivot, Montréal est un très bon endroit pour les petits studios en raison du talent qui est attiré ici », explique Shaheen Dottridge, étudiante à l’école de conception de jeux de LaSalle.

« Montréal est un endroit vraiment solide pour les opportunités ».

Ce reportage de la EssonneInfo a été publié pour la première fois le 21 octobre 2022.

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