Quelques mois après avoir fêté les cinquante ans du département, une commune de l’Essonne se prépare à passer le cap de la quarantaine dès l’année prochaine. Cette dernière, c’est celle des Ulis. Sur de nombreux plans, cette ville est singulière. Sur son histoire, les raisons de sa création, sa population ou encore son urbanisme, cette dernière n’a pas d’égal en Essonne. Et même si certains pourraient la confronter avec la Ville nouvelle d’Évry, construite à la fin des années 1960, « le comparatif ne tient pas debout », lance le tout premier maire des Ulis, Paul Loridant, élu en 1977. « La construction de la Ville nouvelle d’Évry s’est faite autour d’un village qui existait depuis plusieurs siècles. Il y a donc une partie ancienne et une autre plus récente à Évry. Or, aux Ulis, tout a été créé en même temps, dans les années 1960–1970. Avant, ce n’étaient que des champs », se souvient Paul Loridant.

La naissance d’un quartier…

Ne figurant pas dans les programmes de ville nouvelle telle qu’Évry ou Sénart notamment, comment cette ville a donc pu sortir de terre ? Pour trouver des éléments de réponse, il faut se replonger en 1960. À l’époque, le Plateau de Saclay qui fait tant parler aujourd’hui commence son urbanisation. Après l’installation du commissariat à l’énergie atomique (CEA), du campus d’Orsay et de la zone d’activités de Courtabœuf dans les années 1950, la décision est prise en 1960 de créer une ZUP, autrement dit une zone à urbaniser en priorité. L’objectif recherché à l’époque était d’accompagner le développement de la vallée de Chevreuse. Il s’agissait ainsi de bâtir 10 000 logements sur un périmètre de près de 270 hectares. « Ces logements étaient répartis sur deux communes. Sur le quartier des Hautes-Plaines de Bures-sur-Yvette et sur le quartier des Bathes à Orsay », explique Françoise Marhuenda, l’actuelle maire. Pour administrer cette nouvelle zone «  le district urbain de Bures-Orsay (Ndlr : le DUBO), composé notamment d’élus des deux communes fut mis en place », reprend Paul Loridant.

Durant près de dix ans, les grandes plaines de la vallée de Chevreuse vont peu à peu s’urbaniser, laissant place aux grandes tours qui font aujourd’hui encore la particularité de cette commune. « La ville s’est construite sur les concepts de l’architecte Le Corbusier », résume Françoise Marhuenda. Deux architectes proches des travaux du célèbre bâtisseur de la Cité radieuse de Marseille ou encore de la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp vont concevoir les schémas de cette ZUP sur les concepts de leur maître. Il s’agit de Robert Camelot et de François Prieur.

… devenu une ville à part entière

Cependant, ces quartiers de Bures et d’Orsay vont bientôt s’émanciper de leurs communes mères. La scission s’est effectuée il y a tout juste quarante ans en 1976. À cette époque, la ZUP, avec 21 000 habitants, est plus peuplée que les communes de Bures et d’Orsay réunies. C’est pourquoi il est envisagé de créer une nouvelle commune. « C’est surtout pour une raison politique », avance Paul Loridant. En 1976, Giscard d’Estaing était président et la Gauche progressait partout. Les maires de Bures et d’Orsay étaient de sensibilité de droite, alors que le quartier des Ulis était enraciné à gauche. Il y avait donc un risque que Bures et qu’Orsay basculent à gauche si le vote du quartier des Ulis était compté avec ces communes. Le sous-préfet de Palaiseau de l’époque, un gaulliste, a donc proposé au ministère de l’Intérieur de créer une nouvelle commune. C’est à ce moment-là que la population fut concertée ».

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A l’origine, les terrains des Ulis étaient partagés entre Bures et Orsay (JP/EI)

En 1976, le référendum est lancé auprès des habitants des deux communes, qui devaient choisir entre le statu quo, la fusion de Bures et d’Orsay ou la création d’une nouvelle ville. C’est finalement cette dernière possibilité qui a été approuvée. « Quand on analyse les votes, on s’aperçoit que ce sont les habitants de Bures et d’Orsay qui ont choisi de se séparer des grands ensembles des Ulis. Les habitants des Ulis souhaitaient la fusion. De toute façon, on nous a toujours traités comme un village gaulois, on a souvent été montré du doigt », note celui qui a été le premier maire de cette commune, peu de temps après sa création officielle en le 17 février 1977 par arrêté préfectoral. « Ce n’était pas une mince affaire au niveau des élections, se remémore Paul Loridant. Je devais être le candidat socialiste sur Orsay, mais quand il a fallu créer une liste pour cette nouvelle commune, j’ai choisi d’y aller. J’avais alors 28 ans, rappelle l’ancien candidat socialiste. Et j’ai finalement été élu, et les deux autres communes ont également connu la bascule à gauche ».

Les Ulis ? Quésako ?

Cette nouvelle commune est donc née par un jour d’hiver 1977. Elle devient ainsi la 196e commune du département. Pour trouver son nom, les élus ne sont pas allés chercher bien loin. « C’était tout simplement le nom du lieu-dit sur le cadastre de la ville d’Orsay », affirme Paul Loridant. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Non, il n’y a aucun rapport avec le célèbre héros mythologique grec, roi d’Ithaque, prénommé Ulysse. Pour l’ancien maire élu à six reprises, deux histoires pourraient expliquer ce nom curieux, « même si l’une des deux paraît ubuesque », lâche-t-il. Cette première histoire, à laquelle l’ancien édile n’accorde que peu de crédit, trouve ses origines dans un temps très lointain. « Une légende indique que ces terres des Ulis ont été données à un mercenaire de César qui s’appelait Usbo. Il aurait exploité ces terres. Le nom du mercenaire aurait donné le nom de la ville ».

Mais l’hypothèse la plus plausible tire ses origines de la pratique de la technique de l’écobuage, qui consiste à brûler les chaumes après la moisson. C’était une pratique courante dans la vallée. « On appelle ça des brûlis, précise Paul Loridant. Ça donnerait ainsi Les Ulis. Cette histoire est à mon sens plus logique ».

L’heure de la mutation

Après avoir été officiellement créée et baptisée, la commune a poursuivi son développement. Mais là encore, la jeune équipe municipale – près de dix conseillers sur 29 avaient moins de trente ans – s’est heurtée à un problème : combler les espaces vides. « Avant la fusion, Bures et Orsay n’avaient urbanisé que leur côté. Il fallait donc combler le trou qui séparait les deux parties de la commune », rapporte Paul Loridant. Quelques logements et équipements furent ainsi construits comme l’espace Boris Vian par exemple à proximité de la dalle. Un centre-ville qui est aujourd’hui au cœur d’un chantier de rénovation urbaine. « Il n’y a pas que la moyenne d’âge des habitants qui vieillit aux Ulis, les infrastructures de la ville aussi », lance l’ancien maire. « Il faut dire que les concepts d’urbanisme ont aussi évolué », ajoute la maire actuelle.

Les travaux sont toujours d'actualité (JP/EI)

Les travaux sont toujours d’actualité (JP/EI)

Dans le cadre des quarante ans de la commune, celle-ci a notamment mis en marche le projet de « donner aux Ulis un vrai centre-ville, chose qu’elle n’avait pas auparavant », relève Françoise Marhuenda. Des travaux sont actuellement en cours. « L’objectif est de redynamiser le cœur de ville par une meilleure visibilité des commerces et des services depuis la rue », assure celle-ci. L’ancienne salle de concert du Radazik a ainsi été rasée. Idem pour l’ancien centre commercial des Champs Lasniers. Des projets que l’ancienne maire Maud Olivier aujourd’hui députée, ne partage pas forcément. « Depuis quelques mois et ces travaux, il ne se passe plus rien dans la ville. Les associations se plaignent, les fêtes de quartier sont devenues anonymes et le Radazik n’a pas de projet de réouverture. Se dirige-t-on vers une ville sinistrée ? », s’inquiète Maud Olivier.

Outre ce nouveau cœur de ville, la municipalité va organiser tout au long de l’année 2017 des festivités autour des quarante ans de la commune. Des évènements pyrotechniques ou encore des forums d’art et d’architecture se tiendront dans l’année. « C’est un coup de pub, un hymne à Paul Loridant », raille Maud Olivier. « Ce sont juste des moments importants dans la vie d’une commune », conclut l’intéressé.