Retour en 1960, où deux passionnés de la photographie, Jean et André Fage, fondent une association, qui sera à l’initiative de deux événements marquant pour la ville de Bièvres : le musée et la foire de la photo. Ces deux initiatives sont mêlées. Le musée a ainsi ouvert pour la première fois, lors du lancement de la foire. Aujourd’hui encore, la tradition se perpétue, car après plusieurs mois de travaux, le musée a rouvert le dimanche 5 juin, en même temps que la foire de la photo.

En tout, le musée rassemble plusieurs centaines de milliers de pièces, rassemblées par les deux fondateurs, ou acquises par le Département, qui administre le lieu depuis 1984. Environ 900 000 images, 25 000 appareils et 30 à 50 000 imprimés (livres, revues…) sont conservés ici. Des chiffres approximatifs car, comme l’explique le directeur-adjoint Laurent Laliberté, « nous n’avons récolé que 16% des collections, ainsi nous découvrons chaque jour de nouveaux trésors  ». C’est aussi pour cela qu’il existe un paradoxe entre la petitesse de l’exposition, où « les sujets sont effleurés » par manque de place, et la gigantesque collection, avec une réserve de 800 m2.

Des prémices de la photo à sa popularisation

« Tous photographes  » est une exposition complète relatant les différents tournants majeurs que prend la photographie, au fil des années. Et la visite débute par un petit récapitulatif, dès l’entrée, des raisons principales de faire de la photo, du selfie où l’on se met en scène, au témoignage des moments historiques, en passant par la volonté de voir l’infiniment grand et l’infiniment petit.

Lumière assez atténuée afin de ne pas abimés les photos, la visite se poursuit en commençant par l’ancêtre de la photographie : le daguerréotype. Ce système est une révolution dans les trente premières années du XIXème siècle, car celui-ci est le seul à dépasser le stade de l’expérimentation. Les gens se ruent donc pour aller se « faire tirer le portrait  », mais les problèmes sont encore trop nombreux, notamment avec un temps de pose très long, et une image unique. Pour vous faire comprendre les difficultés de ce système, une chaise daguerrienne vous attend… Serez-vous capable de faire une photo nette ?

Plus de 900 000 images, 25 000 appareils et 30 à 50 000 imprimés (JP/EI)

Plus de 900 000 images, 25 000 appareils et 30 à 50 000 imprimés conservé ici (JP/EI)

Plus la visite avance, plus les innovations se succèdent : les années 1860 sont marquées par les portraits cartes de visites que l’on se donne à tout va, « à cette époque c’est entre 200 et 300 millions de cartes de visites vendues par an » relate le directeur-adjoint, puis c’est au tour de la simplification de la méthode, avec l’invention du négatif sur plaque sèche, vendu directement en supermarché. De quoi rendre « techniquement la photo accessible à tous  » car avant il fallait être chimiste avant d’être photographe, mais aussi l’amélioration des objectifs et des obturateurs.

« Les conditions sont alors posées pour que la photo soit accessible à tous » mais celui qui va devenir un véritable acteur de cette révolution, est Georges Eastman, le fondateur de la marque Kodak. Il s’est rendu compte que la photographie pouvait devenir un grand marché, alors il simplifie tout : les appareils deviennent de plus en plus minces, et les systèmes de récupération des photos plus simples, « il suffisait, une fois la pellicule terminée, de l’envoyer aux entreprises Kodak, qui vous sortait vos photos  » développe Laurent Laliberté. Visionnaire ? Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, même après les méthodes et un matériel des plus aboutis, le slogan des grandes marques de photographie base leur argumentation sur quelques points tels que « ce n’est pas cher, c’est facile, et ça ne prend pas de place », exactement les mêmes qu’il y a 130 ans.

Un site complètement réaménagé

 

Depuis juin dernier, le musée situé à Bièvres a effectué de nombreux travaux, avec un budget de 1 millions d’euros ; sa réouverture est donc le moyen de constater les changements et les améliorations. À la base du projet, une raison principale, la volonté de mieux accueillir les groupes, notamment scolaires qui sont un des piliers des activités du musée. Le gros du travail a été d’enlever cinq bâtiments « vétustes », afin d’en construire un nouveau plus adapté.

Un tout nouveau laboratoire a donc vu le jour, et remplace l’ancien qui se situait dans une pièce de 7m2 où les 5 ou 6 invités prestigieux étaient invités à bien se serrer. Celui-ci est maintenant homologué pour accueillir l’équivalent de deux classes, et est équipé de projecteurs ce qui permet la diffusion de diaporamas montrant la collection : « aujourd’hui nous profitons de la grande salle, afin de faire de grandes projections, ce qui complète bien la visite du musée  ».

Les changements se font aussi à l’extérieur avec un parc totalement repensé, et pas encore tout à fait terminé. Ce dernier permet désormais de bénéficier d’une vue dégagée sur son ensemble, de nouvelles plantations ont été réalisées, « nous allons planter une trentaine d’arbres en octobre  » complète le directeur-adjoint, et pour terminer, une aire de pique-nique, et une passerelle en bois permettront de profiter pleinement de l’ensemble des extérieurs.