Les habitations inondées se font de moins en moins rares dans la région, puisque l’Essonne est un des départements les plus touchés, notamment par la rivière qui porte son nom. Cette rivière, habituellement « calme et paisible  » est depuis quelques jours sortie de son lit (lire notre article). Elle cause depuis de nombreux dégâts.

Dans les communes qui longent cette rivière, les habitants sont impressionnés de voir de telles inondations venir jusqu’à eux. « Tout le monde pensait que ça n’allait pas déborder  » nous annonce une habitante d’Itteville, en regardant la maison de son fils sinistrée. Pour tout le monde, une telle catastrophe n’était jamais arrivée, ainsi l’étonnement et l’incompréhension sont les maîtres mots de ces derniers jours.

Quand l’Essonne fait des dégâts

 

Ballancourt, Itteville, Baulne ou encore la Ferté-Alais, aucune ville où passe l’Essonne n’a été épargnée. Dans la commune de Ballancourt, le maire, Jacques Mione, est fier d’annoncer que « l’on ne s’en est pas trop mal sorti », seule une maison a été sinistrée gravement, sinon les maisons ayant subies des inondations sont celles qui longent les berges de l’Essonne « celles-ci sont aménagées pour, nous confie le maire, elles sont rehaussées pour faire en sorte que l’eau envahissent seulement les jardins  ».

C’est le cas pour Denise, un petit bout de femme complètement bouleversée par la situation, « je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé, après les orages nous n’avions pas d’eau, et puis tout à coup le jardin en était rempli  ». Garage, potager, jardin et cave, tout a été ravagé par les eaux. « On aurait dit une maison sur l’eau », relate Denise constatant les dégâts, « j’ai même deux poules qui se sont noyées  ».

Ahurie par la situation, et piégée par l’eau qui l’entoure, elle décide de sortir sa barque qui traînait dans le garage « au moins c’est une bonne occasion de la nettoyer  », lance-t-elle. Evacuée par la mairie, les gendarmes et les pompiers, cette dernière a dormi deux jours chez une voisine, en attendant que l’eau descende un peu.

Pressée, dans une des rues de Ballancourt, une femme se plaint de ne pas arriver à rentrer chez elle, à Itteville, à cause des routes barrées. En effet, cette commune de 6 000 habitants a été lourdement touchée avec plus de 150 habitations impactées. «  Nous avons connu deux épisodes de crue, avec la Juine et l’Essonne  » nous informe le maire, Alexandre Spada, ce qui a inondé deux zones de la ville : près de la Rue de la Gare, et le secteur de la D74 et du Camping.

Dans la Grande Rue, Annie veille sur la maison de son fils qui a subi une inondation avec plus de 60 cm d’eau sur 40 m2« Cela faisait comme un torrent qui se jetait dans la rue, c’était affolant ! ». Les sapeurs pompiers, venus pomper l’eau du sous-sol, continuent sur un rythme effréné : « on n’arrête pas de la journée, et je pense que ça n’est pas terminé malheureusement  ». Depuis les inondations débutées lundi, la rue a rouvert, mais certaines flaques d’eau impressionnantes restent tout de même bien visibles.

Un peu plus loin, à la Ferté-Alais cette fois, plusieurs routes sont barrées, à l’image de la D449, où une fleuriste a été gravement inondée. « Dimanche j’avais 60 cm d’eau dans la boutique, confie la propriétaire, tout est foutu. On a dû batailler pour que les pompiers viennent. Ils sont arrivés seulement après un appel de la Maire (Ndlr : Marie-Annick Pière) ». Épuisée par les nombreuses nuits blanches passées, elle refuse d’évacuer « je ne vais pas quitter ce qu’on a mis 30 ans à construire  » alors, elle a sauvé ce qu’elle pouvait en surélevant le mobilier, et en mettant de la mousse dans les prises électriques, mais rien n’y fait, les dégâts sont importants : « Je perds environ 5 à 10 000 euros de chiffre d’affaires, sans compter la marchandise et le stockage qui s’élève à 50 000 euros de perte nette ». Heureusement, la gérante peut compter sur le soutien de la mairie, et des amis aux alentours qui viennent tour à tour aider à l’évacuation de la boutique. Par ailleurs, elle nous fait par de ses inquiétudes quant aux fuites d’essence suite à l’inondation de la station service voisine « ce matin nous avions des auréoles de fioul dans le jardin ».

Même si les dégâts commencent a devenir élevés, les habitants restent optimistes et pensent que le pire est déjà derrière eux. Après le pic à 1,1 mètre lundi midi au niveau de Ballancourt, le niveau de l’eau s’est stabilisé et était légèrement descendu mardi soir (1,03m).

Rodanet menacerait-elle de polluer les eaux ?

Usine abandonnée depuis 1992 et située dans le quartier du Petit Saussay, l’ancienne entreprise, Rodanet, traitait des dérivés de produits pétroliers. Suite à un grand incendie, l’entreprise a fermé ses portes, laissant sur place de nombreux déchets tels que des solvants, des PCB et du pétrole, qui se sont enfouis dans le sol. Depuis, celle-ci est entre les mains de l’Etat, et plus précisément de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qui a confiné la zone, et donc les déchets toxiques, avec des palplanches.

Seulement, après les inondations des derniers jours, l’entreprise désormais à l’abandon refait parler d’elle, et pose la question de la sécurité des palplanches si inondation il y a. Le Siarce alerte ces jours-ci sur les risques liés « à l’étanchéité » du rideau de palplanches qui a vieilli, un cadre du syndicat des eaux ajoutant : « avec le phénomène de crue ça ne va pas s’arranger ». La situation de l’usine désaffectée entre Itteville et Ballancourt oblige les deux maires à se concerter, et chacun confirme pour l’instant « qu’il n’y a aucun risque majeur » puisque le site n’a pas été envahi par les eaux à l’heure actuelle. Mais ces derniers ne peuvent pas laisser cette question de côté, car le risque n’est pas zéro, et que les conséquences seraient « dramatiques » en cas de fuite, parce qu’il y a « plus de 500 tonnes de déchets enfouis, ensevelit dans du béton », dévoile Jacques Mione.

Alors qu’à la suite de l’incendie, des travaux devaient être menés, ceux-ci n’ont pas pu aboutir. « Il aurait fallu creuser à 20 mètres de profondeur sur environ un hectare, c’était impossible  », commente l’élu. Pour autant, des piézomètres ont été installés sur 4 sites autour de la zone, ils permettent un contrôle, en pompant dans la nappe phréatique afin de vérifier la teneur en solvant de l’eau, et depuis quelques mois, le maire de la commune de Ballancourt nous affirme avoir signé un contrat pour faire installer un peu plus de dix autres appareils de mesures.

De l’autre côté, le maire d’Itteville, Alexandre Spada, précise que suite à une réunion avec la préfète Josiane Chevalier, la récolte de fonds afin de pomper et siphonner une partie des produits, est aujourd’hui attestée. « La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal m’a appelé pour me confirmer que 4 millions 700 000 euros ont été débloqués ».

Même si les avis divergent entre les deux maires aux philosophies différentes, les travaux afin de sécuriser cette entreprise, devraient commencer dans 15 jours, leur a annoncé la préfète. Des mesures à mettre en œuvre rapidement qui semblent plus que nécessaires pour lutter contre le risque de pollution des eaux, des milieux naturels de la basse vallée de l’Essonne et des gros secteurs urbains en aval.

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