Ça y est. C’est désormais à son tour de déborder dans les communes qu’elle traverse. Depuis plusieurs heures maintenant, la Seine est en crue. À l’inverse de l’Yvette ou encore de l’École, celle-ci est en phase ascendante et devrait connaître un pic de crue dans les prochaines heures. Mais avant d’enregistrer ce pic que beaucoup craignent, celle-ci est déjà sortie de son lit, provoquant des inondations dans quelques communes. Conséquences directes de ces débordements, l’accès aux quais pour les véhicules est souvent restreint. Pire encore, il a été parfois nécessaire d’évacuer des quartiers entiers par sécurité.

À Corbeil-Essonnes, les commerçants redoutent le pire

Drôle d’atmosphère donc ce jeudi après-midi dans les rues de Corbeil-Essonnes, l’une des communes du département traversées par le fleuve. Alors que son niveau ne cesse d’augmenter, les habitants s’arrêtent sur les ponts, appareils photo en main : « Il ne faut pas que ça monte plus haut », s’inquiète Maria, observant le débit impressionnant du fleuve. Un peu plus loin, rue Saint-Spire en centre-ville, les commerçants redoutent les heures à venir : « Il va falloir protéger Paris, imagine l’un d’eux, ils vont sûrement devoir délester ».

A deux pas de là, au café Saint-Spire, l’optimisme n’est pas non plus de sortie. Sylvie, la propriétaire, est toujours en attente de consignes de la part de la mairie. « On ne sait rien, on redoute tout. En 20 ans, c’est la première fois que je vois ça. La Seine a pris 50 cm depuis ce matin, c’est la même chose pour l’Essonne en 24h. Il va bien falloir que l’eau passe quelque part », redoute-t-elle. Accoudé au bar, Samuel confirme. « Ça fait cinq ans qu’on nous dit que Corbeil va être inondée. Même lorsque j’étais à l’école, on nous le disait. Il fallait bien que ça arrive un jour ».

Dans la rue, plusieurs policiers stationnent, en retrait. Puis aux alentours de 16h30, l’ordre est donné de fermer boutique. « Ils font le tour des commerces et des habitations de la rue, confie Sylvie, ils nous demandent de tout surélever, il paraît qu’à Montargis (Loiret), un barrage aurait lâché… ». « Depuis mardi 31 mai, nous faisons face aux montées combinées de l’Essonne et de la Seine, ce qui complique les choses près du centre-ville où les deux cours d’eau se rejoignent. Nous avons donc fermé les voies sur berges et demandé aux habitants et aux commerçants concernés de se préparer », renseigne ainsi la municipalité. Pour suivre l’évolution de la situation, contactez le 01 60 89 71 79 ou rendez-vous sur le site de la commune.

A Juvisy et Viry, on inspecte le niveau de l’eau

Plus en aval du fleuve, les riverains de Juvisy-sur-Orge sont venus sur les quais pour constater par eux-mêmes le niveau de la Seine. « C’est la quatrième fois que je viens depuis ce midi, rapporte Claude, 66 ans, habitante d’une maison à proximité des berges. J’essaie de me faire des repères pour évaluer à quelle vitesse montent les eaux », explique-t-elle en scrutant un arbre à moitié immergé. Une méthode que beaucoup reprennent. « J’habite une maison à quelques mètres d’ici. Je m’organise en conséquence du niveau de l’eau, affirme une Juvisienne. Pour le moment, ma cave est encore sèche. Il ne faudrait pas que ça augmente ».

Dans la commune voisine de Viry-Châtillon, une partie des quais est déjà submergée. Deux péniches sont comme littéralement soulevées, et sont à deux doigts de basculer sur les quais. « Un bateau plus chargé est venu s’intercaler entre les deux péniches et le quai. Ils ont fait ça pour éviter que cela bascule », témoigne Bénédicte, habitant juste de l’autre côté de la rue.

À 18h30 ce jeudi 2 juin, seule la largeur de la chaussée séparait sa maison des eaux. « Habituellement, elle est au moins deux mètres plus bas », assure-t-elle. Bénédicte et sa famille se sont préparées au pire. « On n’a pas le choix, poursuit Bénédicte sur un ton résigné. Au final l’inondation de la maison, on y croit sans y croire ». Cette dernière a ainsi calfeutré les entrées de sa maison avec ce qu’elle avait à portée de main. « On a aussi monté des affaires à l’étage », relate Bénédicte qui se prépare à quitter sa maison pour « laisser passer le pic de crue ». « On nous a annoncé qu’il fallait évacuer notre secteur. Nous nous apprêtons à partir chez un ami pour y passer la nuit ».

D’autres immortalisent le moment

Outre les riverains directement concernés par cette montée subite des eaux, d’autres personnes sont venues en nombre sur les quais entre Viry-Châtillon et Juvisy pour voir ce que certains n’hésitent pas à appeler « le spectacle ». C’est le cas de Jean-Marc, un Juvisien venant du quartier de la mairie. « Je suis arrivé ici en 2002, et c’est la première fois que je vois un évènement pareil, prêt à dégainer son appareil photo à tout moment. Il y a une telle puissance, c’est impressionnant ».

Des personnes comme Jean-Marc, il y en a des dizaines sur les quais abandonnés aux piétons depuis ce jeudi. « Je profite de ce moment pour montrer la Seine à mes deux filles. Si elles ne vont pas à l’école demain, c’est à cause d’elle », raconte une jeune maman de Viry-Châtillon, les écoles étant fermées ce vendredi suite aux risques d’inondations. « On en profite temps qu’on peut encore marcher sur les quais », raconte un couple.

La Seine n’a pas encore fini de grossir en ce vendredi. À 0h30 ce jour, le niveau du fleuve était établi à 4,63m à Corbeil-Essonnes, alors que le 31 mai, celui-ci n’était que de 2,37m. Il ne reste ainsi plus que 48 cm à cette dernière pour atteindre son record de la crue de 1982 (5,11m). S’il est atteint, dépassé ou ne serait-ce qu’approché, beaucoup d’Essonniens auront déjà les pieds dans l’eau.

A Corbeil-Essonnes ce vendredi, on s’attend à être inondés (lire notre article)

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